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Gaza: Des comptes de journalistes bloqués par WhatsApp dans un groupe du Hamas

Les comptes de 17 correspondants, au sein de l'enclave côtière, ont été concernés, quatre ont été restaurés ; le géant dit "prévenir les atteintes" et respecter la loi applicable

Illustration : Le logo WhatsApp affiché sur un téléphone portable. (Crédit : Patrick Sison/AP)
Illustration : Le logo WhatsApp affiché sur un téléphone portable. (Crédit : Patrick Sison/AP)

Quelques heures après la mise en vigueur du dernier cessez-le-feu vendredi dans la bande de Gaza, un certain nombre de journalistes palestiniens, au sein de l’enclave côtière, ont découvert qu’il leur était dorénavant impossible d’accéder à la messagerie WhatsApp.

L’Associated Press a interrogé 17 journalistes de Gaza qui ont confirmé que leurs comptes avaient été bloqués. Lundi, au milieu de la journée, seulement quatre journalistes – travaillant pour Al-Jazeera – ont confirmé avoir retrouvé leurs comptes.

Douze des dix sept journalistes contactés ont indiqué avoir appartenu à un groupe WhatsApp chargé de disséminer les informations liées aux opérations du Hamas.

Il est difficile de dire pour le moment si les journalistes ont été visés parce qu’ils suivaient les annonces du groupe sur WhatsApp.

Les membres des Brigades Ezzedine Al-Qassam, aile armée du groupe terroriste du Hamas, défilent à Gaza City en date du 22 mai 2021. (Crédit : Emmanuel Dunand/AFP)

Un compte, sur WhatsApp, du ministère de la Santé dirigé par le groupe terroriste du Hamas à Gaza est suivi par plus de 80 personnes, dont de nombreux journalistes. Ce groupe, par exemple, n’a pas été bloqué.

Hassan Slaieh, un journaliste qui se dit indépendant à Gaza et dont le compte WhatsApp a été bloqué, dit penser qu’il a été pris pour cible parce qu’il appartenait à un groupe appelé Hamas Media.

« Ce blocage a affecté mon travail et mon revenu parce que j’ai définitivement perdu les contenus de conversations avec des sources et des personnes », déplore-t-il.

Le principal correspondant d’Al Jazeera à Gaza, Wael al-Dahdouh, a dit qu’il n’était plus parvenu à accéder à WhatsApp à partir de vendredi à l’aube – avant de récupérer son compte dans la journée de lundi. Il a noté que les journalistes n’intégraient les groupes du Hamas que dans le but d’obtenir les informations nécessaires à leur travail.

Un porte-parole de WhatsApp a fait savoir que la compagnie avait bloqué les comptes pour se conformer à ses politiques « visant à prévenir les atteintes » et pour respecter les lois en vigueur. Le géant de la messagerie internet a indiqué avoir été en contact avec les médias, au cours de la semaine passée, pour expliquer ses pratiques.

« Nous allons débloquer les journalistes s’ils ont été impactés », a ajouté la firme.

Al Jazeera a expliqué avoir réclamé des informations concernant les quatre journalistes qui, à Gaza, avaient été touchés par ces blocages, et que Facebook leur avait dit que la firme avait bloqué un certain nombre de groupes basés à Gaza – bloquant aussi les numéros de téléphone des journalistes d’Al-Jazeera qui fréquentaient les groupes concernés en conséquence.

Parmi les personnes affectées par le blocage de WhatsApp, deux journalistes de l’AFP. L’agence internationale de presse parisienne a dit à l’AP qu’elle travaillait avec WhatsApp pour comprendre quel était le problème et retrouver les comptes.

Le conflit de 11 jours a entraîné d’importants dégâts dans tout Gaza et 253 Palestiniens, dont 66 mineurs, sont morts dans les combats, a annoncé le ministère de la Santé du Hamas, qui n’a pas fait la distinction, parmi les victimes, entre les membres de groupes terroristes et les civils. L’armée israélienne a expliqué que certains décès avaient été entraînés par des roquettes perdues, qui avaient été tirées depuis la bande et qui n’étaient pas parvenues à franchir la frontière avec l’État juif.

Des roquettes tirées depuis la bande de Gaza vers Israël, le 10 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Khalil Hamra)

Du côté israélien, 12 civils – dont un petit garçon de cinq ans et une adolescente de 16 ans – et un soldat ont été tués par les tirs de roquette du Hamas qui ont fait des centaines de blessés.

Ce n’est pas la première fois que des journalistes sont soudainement bloqués par WhatsApp. En 2019, un certain nombre de journalistes de Gaza n’avaient, sans avertissement préalable, plus eu accès à leurs comptes et sans davantage d’explication. Les comptes de ceux qui travaillaient avec des organisations médiatiques internationales avaient été rétablis après prise de contact avec la compagnie.

Facebook et sa plateforme de partage de vidéos et de photos, Instagram, ont été critiqués, ce mois-ci, pour avoir supprimé des posts et des comptes d’usagers qui publiaient des contenus au sujet des manifestations dénonçant les efforts livrés pour expulser des familles palestiniennes de leurs habitations, dans le quartier Sheikh-Jarrah de Jérusalem-Est. Une lettre ouverte avait été signée par 30 organisations, demandant des explications au sujet de ces suppressions.

WhatsApp déclare ne pas avoir accès aux contenus des groupes de discussion personnels, mais interdire des comptes quand des informations laissent croire qu’un usager pourrait être impliqué dans des « atteintes imminentes ». La firme a dit qu’elle répondait aussi aux « requêtes juridiques valides émanant des forces chargées de l’application de la loi » concernant « les informations limitées dont nous disposons ».

Le Centre arabe pour la promotion des réseaux sociaux – 7amleh – a fait savoir dans un rapport qui a été publié ce mois-ci que Facebook avait accepté 81 % des requêtes soumises par l’unité de cybersécurité israélienne concernant la suppression de contenus palestiniens, l’année dernière. Il a découvert qu’en 2020, Twitter avait suspendu des dizaines de comptes d’usagers palestiniens sur la base d’informations données par le ministère israélien des Affaires stratégiques.

Al-Dahdouh, correspondant d’Al-Jazeera, dit que même s’il avait retrouvé son compte, les contenus de ses discussions et ses messages ont été définitivement effacés.

« J’ai retrouvé les groupes de conversation mais il n’y a plus de contenus, c’est comme si je rejoignais un nouveau groupe ou que je lançais une nouvelle discussion », explique-t-il. « J’ai perdu les informations, les images, les messages et les communications ».

Al-Jazeera a fait remarquer que les comptes de ses journalistes avaient été bloqués sans mise en garde préalable.

Le feu et la fumée montent de la tour Jalaa alors qu’elle est détruite lors d’une frappe aérienne israélienne après que Tsahal a averti les occupants de partir, à Gaza city, le 15 mai 2021 (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

« Al Jazeera veut souligner avec force que ses journalistes continueront à utiliser leurs comptes WhatsApp et d’autres applications avec pour objectif de rassembler l’information et de permettre la communication personnelle », a dit la chaîne à l’AP. « A aucun moment, les journalistes d’Al-Jazeera n’ont utilisé leurs comptes à des desseins autres que personnels ou professionnels ».

Les bureaux de la chaîne du Qatar à Gaza ont été détruits pendant la guerre par des frappes israéliennes qui ont démoli ce bâtiment qui accueillait aussi des appartements et le siège de l’Associated Press. Les militaires, qui ont donné aux occupants de la tour « un temps suffisant » pour évacuer les lieux, ont dit que le groupe terroriste du Hamas avait installé dans l’immeuble une unité de renseignement militaire et de développement d’armes.

Sada Social, un centre qui, en Cisjordanie, enquête sur les violations présumées à l’encontre des contenus palestiniens sur les réseaux sociaux, a déclaré collecter des informations sur le nombre de journalistes de Gaza ayant été impactés par la dernière décision de WhatsApp.

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