Gaza : les ministres raillent le chef d’Etat-major israélien pour sa gestion
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Gaza : les ministres raillent le chef d’Etat-major israélien pour sa gestion

Le ministre de la Défense a critiqué ces moqueries, les qualifiant de "politique mesquine" ; pour l'opposition, les ministres tentent "d'échapper à leurs responsabilités"

Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, pendant la conférence de Herzliya, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)
Gadi Eizenkot, chef d'état-major de l'armée israélienne, pendant la conférence de Herzliya, le 20 juin 2017. (Crédit : Hagai Fried/conférence de Herzliya)

Plusieurs ministres du cabinet ont critiqué le chef d’Etat-major de l’armée israélienne, Gadi Eizenkot, pour ce qu’ils ont qualifié de « politique démesurément complaisante » mise en place par les militaires à Gaza.

Dans des informations qui ont fuité auprès de la chaîne israélienne Hadashot jeudi, suite à une rencontre du cabinet de sécurité pendant la soirée précédente, un ministre – qui n’a pas été nommé – a été cité, disant : « Au bout du compte, la politique mise en oeuvre par Eizenkot dans sa réponse aux violences à Gaza a échoué, et elle a permis aux choses de se détériorer ».

Ces propos reflétaient également le point de vue de plusieurs membres du cabinet de sécurité, formé de dix personnes, selon les médias israéliens. Ils ont suivi une rencontre tendue du cabinet qui a duré cinq heures, pendant laquelle les responsables ont réfléchi à l’intensification de la riposte de l’armée israélienne face aux violences à la frontière avec Gaza, suite à une attaque à la roquette survenue dans la même matinée.

Les ministres ont, durant cette réunion, fustigé le chef d’Etat-major israélien pour avoir permis une « perte de souveraineté » sur la frontière, ainsi que ce qu’ils ont qualifié d’action insuffisante de la part des militaires contre les lanceurs de ballon incendiaires de Gaza.

A la fin de la rencontre, la commission du cabinet a ordonné à l’armée d’intensifier les attaques de représailles si les violences frontalières continuaient, mais également de rester dans l’expectative pour permettre aux efforts de médiation égyptiens de réussir. Les ministres ont noté que l’armée israélienne devait finalement opter pour une politique de tolérance zéro face aux attaques à la roquette, les ballons incendiaires et les émeutes le long de la frontière israélienne, selon des informations parues dans les médias en hébreu.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a défendu Eizenkot pendant la réunion, estimant que les critiques contre le chef d’Etat-major relevaient d’une « politique mesquine ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre), le ministre de la Défense Avigdor Liberman et le chef d’état-major de l’armée, Gadi Eizenkott, assistent à une réunion du cabinet de sécurité au siège de l’armée à Tel Aviv, le 10 février 2018 (Crédit : Ariel Hermony / Ministère de la Défense)

« Il est malheureux et scandaleux que les ministres du cabinet se prêtent à un jeu de politique mesquine au détriment du chef d’Etat-major », a-t-il indiqué dans une déclaration faite aux médias. « Il est ridicule que les membres du cabinet blâment un chef d’Etat-major pour une politique qu’ils ont eux-même décidé. C’est une ligne rouge franchie qui nuit à la sécurité nationale ».

L’opposition s’est jointe jeudi aux critiques de Liberman.

La cheffe de l’opposition, la députée Tzipi Livni (Union sioniste) a déclaré que les propos des ministres du cabinet étaient « honteux, et notre excellent chef d’Etat-major doit prendre place face à eux quotidiennement… [Eizenkot est] une personne responsable qui fait le mieux qu’on puisse faire face à des politiciens irresponsables », a-t-elle accusé. « Ce n’est pas seulement la question d’une fuite irresponsable à un moment extrêmement sensible, c’est la substance-même des propos, la tentative de fuir les responsabilités, l’amateurisme, l’incapacité d’amener une politique, quelle qu’elle soit, sur la table. Ces gens n’ont aucune idée à défendre en termes de sécurité nationale ».

Un sentiment partagé par la députée Merav Michaeli de l’Union sioniste, qui a écrit sur Twitter que « le cabinet qui, depuis un an et demi, a ignoré les propositions du chef d’Etat-major et ses plaidoyers ont maintenant le culot de le blâmer pour leur échec ».

Les manifestants palestiniens pendant la « grande marche du retour » sur la frontière entre Gaza et Israël à Rafah, le 12 octobre 2018 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Les plaintes des ministres concernant le chef d’Etat-major ont suivi des commentaires de même nature faits lundi par un député du Likud, qui est également un fervent soutien du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

David Bitan a clamé lors d’une interview accordée à la radio militaire que le cabinet est dans l’incapacité d’ordonner une réponse plus agressive aux violences à Gaza, en raison du refus de l’armée de coopérer.

Même s’il n’est pas membre du cabinet de sécurité, Bitan a affirmé qu’Eizenkot « ne recommande pas d’opérations », ajoutant que le cabinet lui-même ne pouvait pas ordonner une large action militaire sans le soutien de l’armée.

« L’armée est capable d’offrir une solution opérationnelle mais elle ne veut pas le faire », a dit Bitan. « Les mains du cabinet sont liées. Le Premier ministre s’efforce de mettre en place un arrangement, comme les renseignements égyptiens et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, via des pays tiers, mais il n’y parvient pas et nous devons donc nous y prendre autrement ».

Le député du Likud David Bitan assiste à une réunion du comité à la Knesset le 5 février 2018. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Cela fait plusieurs semaines que l’Egypte oeuvre à conclure un accord qui permette de mettre un terme aux violences, qui durent depuis des mois et qui ont gagné en intensité au cours de ces quinze derniers jours.

Liberman a critiqué Bitan pour ses propos, des déclarations également condamnées par d’autres ministres de droite et par Netanyahu lui-même.

Liberman a qualifié les paroles de Bitan « d’intolérables » et d’ « impensables » et a ajouté qu’elles pouvaient entraîner « un réel préjudice à la sécurité nationale ». Pour sa part, Netanyahu a déclaré : « nous combattons sur plusieurs fronts et nous sommes constamment défiés et actifs. Je veux que vous sachiez que le chef d’Etat-major fait un excellent travail ».

Depuis le mois de mars, le Hamas, un groupe terroriste islamiste qui cherche à détruire Israël, orchestre des manifestations quasi-hebdomadaires à la clôture frontalière avec Gaza. Elles ont été l’occasion d’affrontements violents répétés entre émeutiers palestiniens et soldats de l’armée israélienne, avec de fréquentes brèches dans le périmètre. Environ 155 Palestiniens ont été tués. Le Hamas, qui gouverne de facto Gaza, a reconnu que des douzaines de morts appartenaient à ses rangs.

Les manifestations ont également été marquées par le lancement depuis le côté palestinien, de dispositifs incendiaires accrochés à des ballons et à des cerfs-volants vers le territoire israélien, déclenchant des feux qui ont anéanti plusieurs milliers d’hectares de terres et causé des millions de shekels de dégâts.

Israël et Gaza se préparaient à un possible retour à la violence dans la journée de vendredi, craignant que la reprise des manifestations frontalières puisse ramener la perspective d’une guerre après une flambée de violences survenue il y a quelques jours.

Les forces de sécurité israéliennes inspectent une maison frappée par une roquette lancée depuis la bande de Gaza à Beer Sheva, dans le sud d’Israël, le 17 octobre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les dirigeants du Hamas à Gaza ont demandé jeudi aux dirigeants israéliens de ne pas faire d’erreur tout en ordonnant l’ouverture d’une enquête sur le lancement d’un missile, depuis l’enclave côtière, vers la ville israélienne de Beer Sheva, mercredi.

Le Hamas et le groupe terroriste du Jihad islamique ont nié toute responsabilité dans cette attaque survenue au petit matin, qui a détruit une habitation mais qui n’a pas fait de blessés, disant qu’elle avait eu pour objectif de saboter les négociations de paix.

Israël prétend que les deux groupes sont les seuls capables d’atteindre cette ville du Negev. Une autre roquette s’est abîmée au large de la côte de Tel Aviv.

L’Etat juif a riposté mercredi avec 20 frappes aériennes, menaçant de commettre d’autres attaques en réponse aux violences continues, mais le secteur est depuis resté calme.

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