GB: Les Juifs sont le canari dans la mine, selon le conseiller à l’antisémitisme
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GB: Les Juifs sont le canari dans la mine, selon le conseiller à l’antisémitisme

L'élu travailliste John Mann espère que le nouveau Premier ministre le maintiendra dans le rôle que lui a confié Theresa May ; combattre les alliés de Corbyn dans son propre parti

Le député travailliste John Mann avec la chancelière allemande Angela Merkel à l'International Coalition for Combating Antisemitism. (Autorisation)
Le député travailliste John Mann avec la chancelière allemande Angela Merkel à l'International Coalition for Combating Antisemitism. (Autorisation)

LONDRES – Selon le député travailliste britannique John Mann, « quand il s’agit de lutter contre l’antisémitisme, il ne suffit pas que nous soyons aux côtés de la communauté juive, quand les antisémites jettent des pierres, de haine, de rancœur, de bile ». « Nous devons nous tenir devant [les Juifs] dans ce combat. Cela ne doit pas être la seule responsabilité de la communauté juive », a-t-il dit.

Le mardi 23 juillet, dans l’un de ses tout derniers actes en tant que Première ministre, Theresa May a nommé Mann comme conseiller du gouvernement pour l’antisémitisme. Il rejoint Lord Tariq Ahmad en tant que conseiller pour la liberté de religion et de conviction et Lord Eric Pickles en tant qu’envoyé spécial pour les questions post-Shoah. Les trois postes sont attribués à titre gracieux.

Mann, un homme politique de grande taille, en pleine forme et costaud, qui a une réputation bien fondée pour son franc-parler, sait de quoi il parle. Au cours des 15 dernières années, il a dirigé le groupe parlementaire multipartite contre l’antisémitisme (All-Party Parliamentary Group – APPG), dont il a quitté la présidence cette semaine.

Il a cofondé, avec l’ancien ministre de la Justice du Canada Irwin Cotler, la Coalition internationale de lutte contre l’antisémitisme (International Coalition for Combating Antisemitism). Les deux organismes ont toujours produit des rapports de recherche approfondie sur la nature et le niveau de l’antisémitisme, faisant des recommandations aux gouvernements.

Peut-être que ce qui lui a permis de prendre conscience de la réalité nationale, c’est sa confrontation en 2016 avec l’ancien maire de Londres Ken Livingstone, qui venait de déclarer dans une émission de radio qu’Adolf Hitler était au départ un partisan du sionisme. Sans mâcher ses mots, Mann interpela Livingstone dans un immeuble rempli de caméras de télévision, le qualifiant d’“apologiste nazi”. Cela l’a définitivement mis hors-jeu avec de nombreux collègues du cercle restreint du dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, mais Mann s’en fichait.

Dans son bureau – plus spacieux que celui de nombreux députés d’arrière-ban – Mann est détendu et confiant lorsqu’il parle au Times of Israel du contexte de sa nomination, un rôle nouvellement créé dont il espère que le nouveau Premier ministre, Boris Johnson, maintiendra l’autorité.

Mais comment se fait-il que Mann, 59 ans, dont la circonscription minière de Bassetlaw, dans le nord du pays, abrite presque certainement peu ou pas de Juifs, soit devenu un défenseur aussi véhément de la communauté juive ?

La réponse, comme Mann lui-même l’a dit lors d’un dîner de la Community Security Trust (CST) en février, se trouve dans son propre contexte familial. C’est un enfant de parents travaillistes militants, et il a même rencontré sa femme par l’intermédiaire du Parti travailliste.

Le député travailliste John Mann s’exprimant lors du dîner du Community Security Trust en février 2019, après avoir remis des roses rouges à quatre députées juives qui étaient devenues les cibles de violence antisémite. (Autorisation)

Mais ce sont les actions de ses arrière-grands-parents qui ont préparé le terrain pour la famille Mann.

« Mes arrière-grands-parents ont formé le Parti travailliste avec des ouvriers juifs à Leeds en 1906, et à chaque étape de leur histoire, dans leur participation au Parti travailliste, ils se sont tenus aux côtés de la communauté juive et ont défendu la communauté juive », a déclaré Mann devant le CST.

« Quand ma famille a eu des problèmes, quand ma famille a été licenciée pour avoir formé le Parti travailliste à Leeds, la communauté juive, les travailleurs juifs, le mouvement ouvrier juif, ont soutenu ma famille », a-t-il dit.

Mann, qui est député depuis 2001, continue d’en faire les frais dans ce qu’il estime être une question de principe moral.

« Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je souffre, combien j’ai honte, combien j’ai de la colère par rapport à ce qui souille non seulement ma vie, mais aussi l’existence de ma famille. Et l’existence de nombreuses familles au fil des générations », dit Mann. « C’est ce qui est en jeu ici. Nous n’allons pas céder. Nous n’allons pas céder la parole à ces antisémites et à ceux qui les encouragent et se taisent. »

Le député travailliste John Mann en Hongrie. (Autorisation)

Depuis 15 ans à la présidence de l’APPG contre l’antisémitisme, Mann met en garde contre les fléaux de la haine des Juifs, qu’il décrit comme « le pire des racismes ». La genèse de son nouveau rôle, dit-il, découle d’une série de discussions que les dirigeants de la communauté juive ont eues avec Downing Street.

« Ils voulaient une sorte de personne de liaison entre la communauté et le gouvernement », a dit M. Mann.

En Allemagne, le rôle est assumé par un fonctionnaire, tandis que le président américain Donald Trump vient de nommer un nouvel envoyé spécial, Elan Carr. Downing Street, dit Mann, a répondu à la demande de la communauté juive britannique et lui a demandé de prendre le poste.

Bien que le nouvel emploi soit théoriquement un « point de contact entre la communauté juive et le gouvernement », Mann est sur le point d’en faire un peu plus. Il s’intéresse vivement aux conséquences pratiques et souligne la générosité du gouvernement en matière de financement de la sécurité pour les institutions de la communauté juive – y compris les écoles juives – en conséquence directe du travail et des recommandations faites par la commission parlementaire qu’il préside. Le nouveau poste, qui est à durée indéterminée, se traduira, espère-t-il, par des actions encore plus concrètes.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique d’opposition Jeremy Corbyn et l’antisémitisme au sein du Labour, devant les chambres du Parlement dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Sa première cible sera les adolescents juifs âgés de 16 à 19 ans.

« J’ai un objectif primordial, et je dirai ceci au gouvernement : que les adolescents juifs se sentent en sécurité ici, qu’il n’y ait pas d’atteinte à leur capacité d’être eux-mêmes et de vouloir bien faire dans ce pays, et de rester dans ce pays, positivement », a dit Mann. « C’est l’objectif. Mais je ne crois pas pour l’instant que ce soit le cas. »

Les adolescents juifs, dit Mann, devraient pouvoir sentir qu’ils peuvent prospérer – pas nécessairement financièrement, mais socialement et culturellement.

« Une priorité absolue sera de savoir si mes sentiments à ce sujet sont exacts. Mon premier gros travail sera donc d’aller parler à ces jeunes de 16 à 19 ans pour connaître leur point de vue sur la façon dont ils perçoivent leur position dans notre société », a-t-il dit.

De telles informations, estime-t-il, « seront absolument cruciales » dans la formulation des conseils qu’il donnera par la suite au gouvernement.

« Si les adolescents me disent qu’ils ne se sentent pas en sécurité ici, c’est un problème », dit-il.

En 2006, dit Mann, l’APPG a identifié trois courants d’antisémitisme : « L’antisémitisme traditionnel de droite, qui était tout aussi virulent, malgré toute la sensibilisation qui s’est faite – et qui continue de l’être aujourd’hui. L’extrême droite reste donc un problème pour la communauté juive et les jeunes juifs – des néo-fascistes au terrorisme. »

« Puis il y a l’antisémitisme musulman », poursuit-il, dont le comité a dit qu’il n’y avait pas eu de problème dans le passé parce qu’il y avait très peu de musulmans en Grande-Bretagne. « L’antisémitisme musulman est donc un problème plus important – et c’est un fait. Nous avons vu des islamistes commettre des attentats meurtriers contre des communautés juives en France, en Belgique, en Autriche, à Copenhague… » a-t-il dit.

De telles attaques n’ont pas encore eu lieu en Grande-Bretagne, a observé M. Mann, « parce qu’à mon avis, le Royaume-Uni est mieux préparé, grâce au travail du CST – et je suis fier que notre comité [l’APPG] ait joué un rôle important pour renforcer le soutien gouvernemental à la communauté juive ».

Le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn fait campagne pour Lisa Forbes à Peterborough, Angleterre le 1 juin 2019. (Danny Lawson/PA via AP)

Le troisième problème grave, identifié en 2006, est l’antisémitisme d’extrême gauche, que l’on croyait en sommeil mais qui, une fois de plus, est à la hausse. Mann, qui n’est pas un ami de Corbyn, affirme que le dirigeant travailliste est le catalyseur d’une partie de la haine raciale juive, mais il prévient que si Corbyn disparaissait demain, une grande partie de l’antisémitisme subsisterait.

« Le problème est plus profond que Corbyn. Les antisémites au sein du Parti travailliste ont été enhardis et les extrémistes ont été attirés par le Parti travailliste », a-t-il dit.

À sa grande colère et à sa grande déception, Mann a vu et recensé un chevauchement entre les trois courants de l’antisémitisme, avec des groupes de droite et d’extrême gauche utilisant la même imagerie, parfois rejoint par des islamistes. Dans certains cas, dit-il, il est impossible de dire lequel des trois volets est à l’origine de la violence.

« Je ne suis pas juif, mais cela n’a pas empêché les gens de me lancer des insultes antisémites, y compris des menaces violentes. Et certaines des pires choses, pour lesquelles la police a été sollicitée, c’est que je n’ai aucune idée si cela vient de la droite, de la gauche ou des islamistes », a-t-il dit.

Le député travailliste John Mann s’adresse à la presse, s’exprimant au nom du service hospitalier pour enfants dans sa circonscription de Bassetlaw. (Autorisation)

M. Mann affirme que l’utilisation accrue d’Internet et des réseaux sociaux est l’un des principaux facteurs qui ont exacerbé l’antisémitisme, et il prévient que tant la communauté juive que le gouvernement doivent devenir beaucoup plus intelligents et avisés dans leur lutte contre les attaques en ligne.

En prenant ses nouvelles fonctions, il est sûr d’une chose : « Je représente une communauté qui était composée de mineurs de charbon. Des mineurs de charbon qui, quand le pays en avait besoin, ont passé leur vie à extraire du charbon sous terre. Et ce que les ouvriers des mines de charbon de ma région faisaient pour les avertir de l’imminence d’une explosion, c’était d’emmener un petit oiseau dans une cage dans la fosse avec eux. Un canari jaune », dit-il.

« La communauté juive est le canari dans la mine de charbon pour l’humanité et pour la sécurité et l’avenir de mes petits-enfants », a déclaré Mann. « C’est pour cela que nous n’avons pas le choix, que ça nous plaise ou non. »

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