Giuliani payé pour défendre un groupe iranien classé terroriste ?
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Giuliani payé pour défendre un groupe iranien classé terroriste ?

L’ancien maire de New York, pressenti pour prendre un poste important dans l’administration Trump, a défendu le groupe MEK, selon le Washington Post

Rudy Giuliani (Crédit : wikimedia commons)
Rudy Giuliani (Crédit : wikimedia commons)

L’ancien maire de New York, Rudolph Giuliani, fervent partisan de Donald Trump, aurait été payé pour défendre une organisation iranienne douteuse, qui s’oppose à l’actuel gouvernement iranien et figure sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères.

Selon un article publié mardi par le Washington Post, Giuliani, pressenti pour occuper le poste de Secrétaire d’État dans la future administration Trump, a donné plusieurs discours au nom de Mujahideen-e Khalq (MEK), une organisation iranienne marxiste qui appelle au renversement de la République islamique et prétend être le vrai gouvernement de l’Iran, avant qu’elle ne soit retirée, en septembre 2012, de la liste des organisations terroristes étrangères du département d’État américain.

MEK avait été ajouté à la liste des organisations terroristes étrangères du département d’État en 1997, principalement pour son rôle dans le meurtre de citoyens américains en Iran dans les années 70.

Selon le Washington Post, Giuliani a prononcé plusieurs discours en 2011 et en 2012 appelant le département d’Etat à retirer le groupe MEK de sa liste, notamment lors d’un évènement à Paris en mars 2012, auquel Maryam Rajavi, dirigeante de MEK, était également présente.

Drapeau du groupe MEK (Crédit : Wikipedia CC BY-SA 4.)
Drapeau du groupe MEK (Crédit : Wikipedia CC BY-SA 4.)

Toujours en mars 2012, six mois avant que le groupe ne soit retiré de la liste, le département du Trésor avait ouvert une enquête sur les politiques américains ayant perçu de l’argent pour défendre le groupe. Selon la loi américaine, il est interdit à tout citoyen américain de s’engager dans des transactions commerciales ou financières avec une organisation figurant sur la liste des organisations terroristes étrangères.

La somme perçue par Giuliani pour défendre le groupe MEK n’est pas connue, tout comme la conclusion de l’enquête du Trésor qui a suivi le retrait de MEK de la liste il y a quatre ans, selon le Post.

Un certain nombre de figures de la sécurité intérieure américaine, elles aussi liées à Donald Trump, ont été citées dans cet article comme ayant travaillé avec MEK, dont l’ancien ambassadeur américain auprès des Nations unies John Bolton, qui, tout comme Giuliani, est considéré comme un candidat potentiel au poste de Secrétaire d’État, ainsi qu’un ancien directeur de la CIA, James Woolsey.

Dénoncé par ses détracteurs, qui le perçoivent comme un culte, l’organisation a traversé plusieurs pays et conclu des alliances changeantes au Moyen Orient au cours de ses 40 années d’existence. MEK a aidé des religieux islamiques à renverser le shah d’Iran, avant de perpétrer une série d’explosions et d’assassinats contre le gouvernement iranien. Il a combattu dans les années 1980 aux côtés des forces de Saddam Hussein dans la guerre Iran-Irak, mais a rendu les armes après l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Il a depuis souffert de violentes récriminations de la part du nouveau gouvernement irakien, dominé par des chiites.

Rudolph Giuliani, la résurrection improbable du « maire de l’Amérique »

Sans mandat politique depuis quinze ans, l’ancien maire de New York Rudolph Giuliani est néanmoins pressenti pour devenir secrétaire d’Etat de Donald Trump, qui récompenserait ainsi sa fidélité et s’appuierait sur son image d’homme à poigne charismatique.

Aux Etats-Unis, comme dans le reste du monde, quinze ans après l’attentat du World Trade Center, Rudolph Giulian, 72 ans, reste le « maire de l’Amérique », l’homme qui a remis New York debout après le 11 septembre.

Cet épisode reste le sommet de la vie publique de cet enfant d’une famille italo-américaine de New York, né le 28 mai 1944 à Brooklyn, qui avait, à l’époque, rassuré une ville en détresse en se démultipliant, infatigable.

Il confortait là son image d’homme à poigne, bâtie en faisant chuter brutalement les chiffres de la délinquance durant ses deux mandats à la mairie de New York (nombre d’homicides divisé par trois).

Discours volontaire, renforcement des effectifs, soutien indéfectible aux forces de police, Rudy Giuliani s’est érigé en héraut de la sécurité, après avoir fait la chasse aux mafieux durant les années 80, en tant que procureur fédéral à New York.

Cet avocat de formation, au débit nerveux avec un léger chuintement, a tenté, en 2007, de faire fructifier ce parcours unique dans le monde de la politique aux Etats-Unis, en se présentant à la primaire républicaine.

Mais après avoir été longtemps en tête des sondages, il a calé juste avant les premiers scrutins et abandonné très tôt.

Ses grandes propositions de l’époque rappellent, pour beaucoup, la plate-forme actuelle de Donald Trump : fin de l’immigration clandestine, identification de tous les non-citoyens vivant aux Etats-Unis, baisse des impôts, réduction du nombre d’avortements, coup de balai à Washington.

Il n’avait pas hésité, à l’époque, à mettre de côté certaines de ses anciennes positions beaucoup moins conservatrices, comme le contrôle des armes individuelles, le droit à l’avortement, l’union homosexuelle ou une certaine souplesse sur l’immigration.

Lorsque le promoteur immobilier lui a demandé de rejoindre sa campagne, Rudolph Giuliani s’est donc assez naturellement engagé en faveur de son ami, New-Yorkais également, présent à son mariage (le troisième) en 2002 comme lui assista au sien en 2005.

Sans mandat politique depuis quinze ans, éloigné des instances nationales du parti républicain, l’ancien maire de New York n’avait pas grand chose à perdre à suivre celui qui est apparu comme un outsider jusqu’au bout.

Durant la campagne, il n’a pas ménagé ses efforts et a fait, dans la lignée de son candidat, une série de déclarations outrancières, en direction principalement des démocrates.

Sa fidélité est aujourd’hui en passe d’être récompensée, avec le poste de secrétaire d’Etat en ligne de mire.

« Ce serait une nomination non conventionnelle, mais le candidat et la campagne ont été aussi non conventionnels », observe Daniel DiSalvo, professeur au City College de New York.

Bien que reconverti dans le conseil en sécurité à l’international depuis quelques années, Rudolph Giuliani n’a pas l’expérience de l’actuel secrétaire d’Etat John Kerry, d’Hillary Clinton, de Condoleezza Rice ou Colin Powell, ses prédécesseurs, relève l’universitaire.

Au cours de la campagne et précédemment, il a exprimé quelques positions en matière de politique étrangère, puisant le plus souvent dans le registre de la fermeté, son crédo de toujours.

Soutien indéfectible à Israël et dureté avec les Palestiniens, fermeté accrue vis-à-vis de la Russie, maintien des troupes américaines en Afghanistan, vigilance avec la Chine, suspecte d’éventuelles visées expansionnistes.

Reste sa principale source de légitimité, la lutte contre le terrorisme, qu’il a inscrit dans les prérogatives du maire de New York, lors de son mandat, ce qui était nouveau à l’époque.

Paradoxalement, l’inexpérience relative de Rudolph Giuliani pourrait avoir joué pour lui.

« Trump, d’une certaine manière, a fait une campagne de révolte, en opposition avec l’establishment de son parti », rappelle Daniel DiSalvo.

« Donc maintenant qu’il s’agit de remplir des postes », dit-il, « il doit chercher ailleurs que chez les gens qui sont proches du pouvoir ».

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