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Sharansky : Gorbatchev n’aurait pas libéré les Juifs d’URSS sans pressions mondiales

L'ancien refuznik fait l'éloge du défunt dirigeant soviétique mais affirme que sa politique était motivée par le coût pour l'Union soviétique, et non par la sympathie

Le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, à gauche, et le président américain Ronald Reagan lors d’une réunion à Reykjavik, en Islande, le 11 octobre 1986. (Crédit : AP Photo/Scott Stewart, File)
Le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, à gauche, et le président américain Ronald Reagan lors d’une réunion à Reykjavik, en Islande, le 11 octobre 1986. (Crédit : AP Photo/Scott Stewart, File)

L’ancien refuznik et prisonnier de Sion, Nathan Sharansky, a déclaré mercredi que Mikhail Gorbatchev, ancien dirigeant de l’Union soviétique qui est décédé mardi à l’âge de 91 ans, n’aurait pas libéré les membres de la communauté juive soviétique sans la campagne de pressions internationales qui l’avait sommé à l’époque de le faire.

L’ancien ministre du cabinet israélien qui a aussi été président de l’Agence juive a précisé que le coût élevé payé par l’Union soviétique en raison de ses répressions politiques avait convaincu Gorbatchev d’assouplir ses politiques à l’égard du culte et de l’émigration juive – et non une sympathie particulière qu’il aurait eue à l’égard de la communauté.

Sharansky, qui a passé presque neuf ans dans un camp de travaux forcés, avait été le tout premier prisonnier politique soviétique à avoir été libéré par Gorbatchev quand ce dernier était arrivé à la barre de l’Union soviétique, en 1985.

« Gorbatchev croyait avec force dans le communisme et il croyait que les idées de Marx et de Lénine étaient véritablement les meilleures, mais il avait également réalisé que ce système ne fonctionnait pas pour l’Union soviétique », a confié Sharansky au Times of Israel.

« Il avait compris qu’il était nécessaire d’accorder une certaine liberté au peuple » – et notamment des droits civiques plus importants et de nouvelles opportunités économiques.

Natan Sharansky, militant israélien des droits de l’homme et président du Centre commémoratif de Babyn Yar, à Kiev, en Ukraine, le 6 octobre 2021. (Crédit : Efrem Lukatsky/AP Photo)

« Ce qu’il n’avait pas compris, c’est que si vous accordez un petit peu plus de liberté, alors les gens vont vous en demander beaucoup », continue-t-il.

Sharansky explique que même avant de devenir secrétaire-général du parti Communiste en Union soviétique, en 1985, Gorbatchev avait été frappé par le prix énorme payé par l’URSS en termes de restrictions commerciales et autres sanctions qui avaient été mises en œuvre par l’Occident pour dénoncer sa politique de répression – et notamment à l’encontre des Juifs.

« Lors de son premier voyage en Occident, avant qu’il ne prenne la barre du pays, il avait été interrogé constamment sur la situation des Juifs, sur Sharansky et sur le célèbre dissident soviétique Andrei Sakharov – et il avait répondu qu’il ne savait pas qui étaient ces gens et qu’il ne comprenait pas pourquoi l’Union soviétique payait un prix si élevé pour eux », dit Sharansky.

L’ancien refuznik affirme aussi qu’après les premières libérations de prisonniers politiques par Gorbatchev – il y avait parmi eux des détenus juifs – le leader et les gouvernants communistes s’étaient inquiétés de la possibilité d’une émigration massive et de l’instabilité qui suivrait inévitablement, et qu’ils avaient tenté, une fois encore, de restreindre l’émigration.

Cela n’avait été qu’après la visite faite à Washington par Gorbatchev, en 1987, et après la manifestation du Dimanche de la Liberté qui avait été organisée par les organisations juives américaines et qui avait réuni environ 250 000 personnes, que le leader soviétique avait commencé à assouplir les restrictions posées sur l’immigration, a raconté Sharansky.

Des participants à une manifestation de juifs soviétiques brandissent des pancartes dans une rue de Washington, le 6 décembre 1987 (Crédit : AP Photo/Ira Schwarz)

Il a ajouté que Gorbatchev n’aura jamais eu beaucoup d’interactions avec les Juifs ou avec les organisations juives, et que le peuple juif en général n’avait que peu d’importance à ses yeux.

« Il n’était pas antisémite, il n’avait pas les préjugés des régimes de Staline ou de Brezhnev mais je ne me souviens d’aucune expression particulière de sympathie à l’égard des Juifs de sa part », continue Sharansky.

« Est-ce que cette nouvelle politique a été une bonne chose pour les Juifs d’Union soviétique ? Oui. Mais sans les pressions et sans le combat du monde juif en faveur des Juifs d’URSS, avec le soutien de feu le président Ronald Reagan et d’autres leaders mondiaux, il est probable que Gorbatchev ne l’aurait jamais fait ».

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