Greenblatt au Conseil de sécurité de l’ONU, sans rien dévoiler du plan de paix
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Greenblatt au Conseil de sécurité de l’ONU, sans rien dévoiler du plan de paix

L'instance internationale a évoqué la décision de défalquer les revenus fiscaux de l'AP des salaires versés aux terroristes, mais seul Washington a soutenu Israël

L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, assiste à une conférence de presse concernant l'accord sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne, le 13 juillet 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)
L'envoyé spécial des États-Unis, Jason Greenblatt, assiste à une conférence de presse concernant l'accord sur l'eau entre Israël et l'Autorité palestinienne, le 13 juillet 2017. (Yonatan Sindel/Flash90)

L’envoyé pour le Moyen-Orient du président américain Donald Trump a rencontré vendredi le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le futur plan de paix américain pour le Proche-Orient sera « très détaillé », a assuré vendredi Jason Greenblatt, un conseiller de Donald Trump, lors de cette réunion du Conseil de sécurité au cours de laquelle il n’a paradoxalement rien révélé selon des diplomates.

« Il ne nous a rien appris » tout en demandant d’emblée aux 15 membres du Conseil de ne pas parler du fond des échanges, a ironisé l’un d’eux sous couvert d’anonymat.

« Il n’y a pas eu de détails », a confirmé à des journalistes l’ambassadeur du Koweït, Mansour al-Otaibi, à l’issue de la réunion à huis clos qui s’est tenue au siège de l’ONU après avoir été convoquée sans préavis à la mission américaine. « Il y a eu une discussion sur notre point de vue sur le plan ».

Les Palestiniens refusent tout contact avec l’administration Trump depuis que le président américain a reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël, au mois de décembre 2017.

Ils revendiquent la partie orientale de la ville comme capitale du futur état auquel ils aspirent. Ils estiment que ce qu’ils considèrent comme une partialité pro-israélienne affichée de la part de Washington implique que les Etats-Unis ne pourront plus tenir le rôle d’intermédiaire principal dans les pourparlers de paix.

Jason Greenblatt a confirmé que le plan de paix ne serait rendu public qu’après les élections parlementaires israéliennes du 9 avril et la formation d’un nouveau gouvernement, une procédure qui peut prendre plusieurs mois.

« Cela nous renvoie à l’été », a résumé un diplomate.

Greenblatt, co-auteur du plan de paix américain avec Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman, a insisté sur le fait que le projet entrerait dans les détails dans ses dimensions politique et économique.

« On connaît les aspirations des Palestiniens, des Israéliens, c’est dans ce cadre qu’on travaille », a-t-il répondu, sans s’avancer, à ceux qui lui parlaient de la solution à « deux Etats » défendue par la communauté internationale.

Interrogé par le Koweït sur l’articulation du futur plan américain avec l’initiative arabe de paix de 2002, qui prévoyait une normalisation des relations des pays arabes avec Israël en échange de son acceptation d’une paix sur les paramètres internationalement agréés (capitale, frontières, réfugiés), le responsable a répondu qu’elle « était datée et peu détaillée ».

« Quand notre vision sera rendue publique, nous ne souhaitons pas la mettre en oeuvre tout seuls et il y aura un rôle pour l’ONU, pour le Quartet » (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU), a aussi dit en substance le conseiller américain, cité par un diplomate.

« On propose un plan pour permettre aux Israéliens et Palestiniens de discuter, c’est à eux de savoir s’ils veulent la paix et à eux de résoudre le conflit sans être bloqués par un cadre », a-t-il ajouté.

Autour de la table, plusieurs pays, le Koweït, l’Indonésie et même la Chine, ont déploré de ne pas avoir davantage d’éléments pour nourrir la discussion.

« Vous regrettez que les Palestiniens refusent de vous voir mais les décisions sur Jérusalem capitale d’Israël et la baisse des financements les concernant ne contribuent pas à cela », a fait valoir le Koweït.

Le conseil a également débattu à la demande du Koweït et de l’Indonésie de la décision prise par l’Etat juif de geler le transfert des revenus fiscaux à l’Autorité palestinienne en raison de ses paiements versés aux terroristes emprisonnés pour des attaques contre les Israéliens.

« Ce sont des fonds palestiniens. Ils ne doivent pas être gelés », a dit l’ambassadeur koweïtien.

Selon les diplomates, seuls les Etats-Unis ont défendu Israël lors de cette réunion du conseil à huis-clos. Les pays européens et les autres ont pour leur part réclamé avec force la reprise des transferts.

Au mois de février, le cabinet de sécurité avait approuvé la mise en oeuvre d’une loi prévoyant la déduction d’un demi-milliard de shekels de la somme versée à l’Autorité palestinienne issue des revenus fiscaux, en raison des paiements effectués par cette dernière aux terroristes et à leurs familles.

L’establishment sécuritaire s’était opposé à cette loi, s’inquiétant d’une éventuelle déstabilisation consécutive de la situation en Cisjordanie.

Ori Ansbacher (Crédit : Autorisation)

Mais le gouvernement avait décidé de passer à l’acte suite au meurtre brutal d’une adolescente israélienne, Ori Ansbacher, dans un attentat terroriste.

Un communiqué du cabinet de sécurité avait indiqué que les ministres avaient convenu que le Premier ministre pouvait retenir 502 697 000 shekels sur les revenus fiscaux transférés à l’AP – le montant qui aurait été versé aux attaquants et à leurs familles en 2018, selon les responsables israéliens.

Israël collecte environ 127 millions de dollars par mois en droits de douanes prélevés sur des produits destinés aux marchés palestiniens et qui transitent par les ports israéliens, transférant ensuite l’argent à l’AP.

Greenblatt n’a pas répondu aux questions des journalistes à l’issue de la réunion.

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