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Guerre au Soudan: les forêts ravagées par les coupes sauvages

Amputé depuis 1960 de près de la moitié de ses surfaces forestières avec le développement agricole, la collecte du bois de chauffe et le surpâturage, le Soudan figurait déjà en 2015 parmi les pays les moins boisés d'Afrique

Un Soudanais assis à côté d'un tas de bois de chauffage ramassé dans ce qui reste de la forêt de Sunt, une forêt urbaine composée principalement d'acacias, dans l'un des plus anciens espaces verts de la capitale Khartoum, ravagée par la guerre, le 7 février 2026. (Crédit:  Ebrahim Hamid / AFP)
Un Soudanais assis à côté d'un tas de bois de chauffage ramassé dans ce qui reste de la forêt de Sunt, une forêt urbaine composée principalement d'acacias, dans l'un des plus anciens espaces verts de la capitale Khartoum, ravagée par la guerre, le 7 février 2026. (Crédit: Ebrahim Hamid / AFP)

De l’immense forêt d’acacias de Sunut, il ne reste qu’un champ désolé de troncs: au sud de la capitale Khartoum, comme dans d’autres zones forestières du Soudan, la guerre qui ravage le pays depuis près de trois ans a favorisé les coupes sauvages.

Sanctuaire pour les oiseaux migrateurs, rempart végétal contre les crues, la réserve naturelle de 1 500 hectares de Sunut « a été entièrement rasée », déplore Bouchra Hamed, responsable de l’environnement dans l’Etat de Khartoum.

Celui-ci « a perdu 60% de son couvert forestier. Des arbres, certains centenaires, ont été abattus à la tronçonneuse à des fins commerciales, pour la fabrication de charbon de bois ou la vente de bois », explique-t-elle.

Pas d’images, pas de témoignages, les auteurs sont inconnus et aucune enquête n’a été ouverte par les autorités.

Les arbres qui dispensaient autrefois une ombre fraîche dans cette zone humide, en amont de la confluence des Nil blanc et bleu, ont disparu. Reste un espace ravagé, sillonné par les ramasseurs de bois.

Selon la Commission nationale des forêts, plusieurs zones forestières du pays, notamment au Darfour, au Kordofan, au Sennar et à Al-Jazirah, ont également été dévastées par des coupes illégales.

Des femmes soudanaises ramassent du bois de chauffage dans ce qui reste de la forêt de Sunt, une forêt urbaine composée principalement d’acacias, dans l’un des plus anciens espaces verts de la capitale Khartoum, le 7 février 2026. (Crédit : Ebrahim HAMID / AFP)


-« Destruction méthodique »

Amputé depuis 1960 de près de la moitié de ses surfaces forestières avec le développement agricole, la collecte du bois de chauffe et le surpâturage, le Soudan figurait déjà en 2015 parmi les pays les moins boisés d’Afrique, avec 18,73 millions d’hectares, soit 10% de sa superficie, selon une étude de l’African Forest Forum.

Publiée en 2019, cette étude préconisait des programmes de reforestation et de gestion durable pour éviter toute dégradation supplémentaire.

Avec la guerre, c’est l’inverse qui s’est produit.

Pour la forêt de Sunut, Bouchra Hamed évoque « une destruction méthodique ».

Aboubakr Al-Tayeb, en charge de l’administration des forêts de l’Etat de Khartoum, déplore « des impacts environnementaux non seulement sur Khartoum, mais aussi sur le Soudan et le continent africain » car cette forêt « abritait de nombreux oiseaux migrateurs venant d’Europe ».

Canards, oies, sternes, ibis, pique-bœufs, canards, goélands fluviaux, hérons, spatule blanche et noire, vautours, cailles, faucons, aigles des steppes… plus d’une centaine d’espèces d’oiseaux avaient été recensées dans la forêt d’acacias.

Selon Aboubakr Al-Tayeb, la forêt protégeait aussi Khartoum des crues du Nil, fleuve craint pour ses débordements saisonniers.

« Je suis très inquiet pour la prochaine saison des crues » car « la forêt servait de rempart contre le danger des inondations », explique Al-Nazir Ali Babiker, un ingénieur agronome consulté par l’AFP.

– Ramasseurs de bois –

La forêt de Sunut était aussi un lieu de détente pour les habitants de la capitale voisine, en ruine depuis les combats qui y ont opposé l’armée et les paramilitaires jusqu’au printemps 2025: « nous venions en groupe pour étudier et passer un bon moment », se souvient Adam Hafiz Ibrahim, un étudiant de l’Université islamique d’Omdurman.

Aujourd’hui, les ramasseurs de bois ont remplacé les promeneurs: indifférents aux panneaux d’avertissement posés par l’armée pour signaler la présence de mines, des hommes et des femmes sillonnent les zones d’herbes sèches.

« Nous ne coupons pas les arbres, nous ne faisons que ramasser le bois tombé pour faire du feu », assure Nafisa, une femme d’une quarantaine d’années aux traits tirés, venue ramasser du petit bois.

« Nous avons trouvé les arbres coupés; nous ramassons le bois pour le vendre aux fours (des boulangeries) et aux particuliers », relate Mohamed Zakaria, un maçon qui a perdu son emploi à cause de la guerre.

Selon des experts, les difficultés économiques liées au conflit, ajoutées à l’absence de contrôle sur le terrain, ont favorisé les coupes illégales.

« Le secteur forestier a été très fortement affecté et les coupes se poursuivent, car les responsables de la protection des forêts ne peuvent pas accéder à de nombreuses zones », affirme Moussa Elsofori, le chef de la Commission nationale des forêts.

« Restaurer ce couvert forestier demandera beaucoup de temps et représente un coût financier élevé », dit-il, en soulignant que « certaines de ces forêts sont vieilles de plusieurs siècles ».

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