Guterres, en Israël, critique la réponse de Trump à Charlottesville
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Guterres, en Israël, critique la réponse de Trump à Charlottesville

Le secrétaire général des Nations unies a également affirmé que Jérusalem est sainte pour les trois religions à égalité, et qu'Israël sur-réagissait parfois à la critique

Le secrétaire-général de l'ONU Antonio Guterres dépose une gerbe dans la salle du souvenir du musée de l'Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem, le 28 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le secrétaire-général de l'ONU Antonio Guterres dépose une gerbe dans la salle du souvenir du musée de l'Holocauste de Yad Vashem à Jérusalem, le 28 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, a déclaré lundi que le président américain Donald Trump avait fait une erreur claire de jugement dans sa réponse au rassemblement néo-nazi organisé à Charlottesville.

Le chef de l’ONU, qui se trouve en Israël pour une visite de trois jours, s’exprimait lors d’une interview diffusée par la Deuxième chaîne sur l’importance de l’enseignement de la Shoah dans la lutte contre l’antisémitisme.

« On pourrait penser que l’horreur de la Shoah a suffi pour enterrer l’antisémitisme », a dit Guterres, qui avait visité le musée de Yad Vashem en début de journée. « Mais non. Il est encore vivant et il se porte bien. »

Guterres a indiqué avoir été « très choqué lorsque j’ai vu il y a quelques jours à Charlottesville des gens scander des slogans comme ‘le sang et le sol’ – c’est une déclaration nazie. »

Affrontement entre néonazis et contre-manifestants à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)
Affrontement entre néonazis et contre-manifestants à Charlottesville, en Virginie, le 12 août 2017. (Crédit : Chip Somodevilla/Getty Images/AFP)

Il a été interrogé sur ce qu’il avait pensé de la condamnation par Trump des « deux parties » en réponse au rassemblement du 12 août, lorsque des néo-nazis ont défilé en plein jour à travers les rues brandissant des drapeaux ornés de croix gammées, scandant « les Juifs ne nous remplaceront pas ». Durant cette journée, une femme est morte et quatre personnes ont été blessées lorsqu’un suprématiste blanc a conduit sa voiture sur un groupe de contre-manifestants.

« Je pense que [Trump] n’a pas pris suffisamment conscience du caractère tragique de ce rassemblement, a dit Guterres. Je pense qu’il s’est laissé aller à cette sorte de déclaration politique pour satisfaire une partie de son électorat. Mais c’est une affaire de valeurs fondamentales. »

Interrogé pour savoir s’il a le sentiment qu’Israël est traité équitablement par l’ONU, Guterres est resté évasif, répondant que « de la part du secrétaire-général, et de la part du secrétariat que je dirige, je pense que c’est le cas. »

Davantage sollicité sur le sujet et questionné sur les propos de l’ambassadrice américaine aux Nations unies Nikki Haley, qui a estimé que l’ONU avait pour habitude de harceler Israël, Guterres a admis que c’était parfois le cas.

« Je pense que dans certaines situations, c’est vrai », a-t-il dit. Il a toutefois accusé Israël de sur-réagir par moments, affirmant que toute critique n’est pas une expression d’antisémitisme.

« Je pense que dans d’autres situations, Israël doit comprendre que les gens peuvent être en désaccord avec les politiques menées par son gouvernement. »

Le Président Reuven Rivlin, à droite, et le secrétaire-général Antonio Guterres s'expriment devant les journalistes avant leur rencontre à la résidence du président de Jérusalem, le 28 août 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Le Président Reuven Rivlin, à droite, et le secrétaire-général Antonio Guterres s’expriment devant les journalistes avant leur rencontre à la résidence du président de Jérusalem, le 28 août 2017 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le chef des Nations unies a été également interrogé sur la résolution adoptée au mois de mai par l’UNESCO niant toutes les revendications israéliennes sur Jérusalem.

« Il est très clair en ce qui me concerne que Jérusalem est un lieu saint pour les trois religions, et que la ville doit être respectée en cela », a commenté Guterres.

Les Juifs doivent-ils bénéficier de privilèges à Jérusalem ? Le secrétaire-général a répondu : « Des privilèges pour les Juifs pour leur religion, des privilèges pour les musulmans pour leur religion, des privilèges pour les chrétiens pour leur religion : pour moi, ils sont tous à égalité. »

Guterres a souligné son soutien à la paix dans la région au moyen d’une solution à deux états.

« Je voudrais voir la paix dans cette région, a-t-il expliqué. Je voudrais voir les Palestiniens et les Israéliens en paix. Ma conviction, ma conviction forte, qui est conforme avec les résolutions adoptées par les Nations unies auxquelles je souscris totalement, est que la seule manière de parvenir à la paix est la solution à deux états. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, rencontre le Secrétaire-général des Nations unies António Guterres, au bureau du Premier ministre de Jérusalem le 28 août 2017 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, rencontre le Secrétaire-général des Nations unies António Guterres, au bureau du Premier ministre de Jérusalem le 28 août 2017 (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Il s’est toutefois refusé à désigner un fautif des échecs des négociations de paix.

« Je ne fais de reproches à personne, a-t-il déclaré. Je dis que je pense qu’il est nécessaire d’avancer un processus politique qui mènera à la solution à deux états. »

Alors qu’il a affirmé comprendre les difficultés rencontrées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la réalisation d’un accord de paix, Guterres a également déclaré qu’il pensait qu’un tel accord restait possible si les conditions étaient bonnes.

« Je pense que dans la vie d’un homme d’état, il y a toujours des moments dans lesquels il y a des choix fondamentaux qui détermineront l’héritage que vous laisserez à l’avenir, dans la mesure où vous croyez en eux et dans la mesure où les conditions pour avancer sont favorables, et qui vous feront potentiellement dépasser ce genre de limites », a-t-il estimé.

Le secrétaire général de l’ONU a néanmoins expliqué qu’il ne pouvait faire que peu de choses pour protéger Israël de la menace de l’Iran, de la Syrie et du Liban.

« Il y a de nombreuses choses que je ne peux pas faire, et il y a des choses que je peux faire », a-t-il confié.

Guterres a cependant précisé qu’il œuvrait au renforcement de la force des Nations unies dans le sud du Liban. Selon Haley et des dirigeants israéliens, elles détournent le regard face à l’accumulation d’armements par le Hezbollah.

« L’une des choses que je peux faire, pour faire tout ce qui est possible, c’est de faire en sorte que la FINUL, la force de l’ONU dans le sud du Liban, puisse accomplir pleinement son mandat, a-t-il déclaré. J’ai déjà écrit au Conseil de sécurité pour dire que je voudrais voir des conditions établies pour renforcer les capacités de la FINUL conformément à son mandat, qui est de coopérer avec l’armée libanaise. »

« Je voudrais dire que je pense que la FINUL a mené une mission très importante sous de nombreux aspects. Mais j’ai également donné des instructions à la FINUL pour qu’elle intensifie ses actions. Nous savons tous quelles sont les difficultés d’agir dans ces circonstances. »

Mais finalement, a-t-il été demandé à Guterres, ne peut-il lui-même, ou les Nations unies, faire quelque chose pour protéger Israël ou pour assurer la paix dans la région ?

Pas tant que ça, semble-t-il.

« L’ONU veut aider Israël à vivre en paix dans cette partie du monde, a-t-il répondu. Comme je l’ai dit ce matin, je n’ai pas tant d’influence que ça, mais pour tout ce que je pourrais faire pour aider les parties à trouver un accord, je suis entièrement à leur disposition. »

Guterres a rencontré plus tard le chef des renseignements militaires de l’armée israélienne, le général de division Herzl Halevi, qui lui a expliqué que « la création de bases en Syrie par l’Iran et l’axe chiite et le renforcement du Hezbollah en Syrie sont deux processus qui peuvent potentiellement créer une escalade indésirable au nord de la région. »

Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, deuxième à droite, et l'ambassadeur israélien à l'ONU Danny Danon, deuxième à gauche, rencontrent les familles d'Oron Shaul, d'Avraham Abera Mengistu et de Hisham al-Sayed, actuellement détenus par le Hamas dans la bande de Gaza, le 28 août 2017 (Crédit : Shlomi Amsalem).
Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, deuxième à droite, et l’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon, deuxième à gauche, rencontrent les familles d’Oron Shaul, d’Avraham Abera Mengistu et de Hisham al-Sayed, actuellement détenus par le Hamas dans la bande de Gaza, le 28 août 2017 (Crédit : Shlomi Amsalem).

Plus tôt dans la journée, Guterres avait rencontré les familles du soldat israélien décédé Oron Shaul et des ressortissants israéliens Avraham Abera Mengistu et Hisham al-Sayed, qui sont actuellement détenus en otage par le groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza. Au cours de leur rencontre, les familles ont demandé l’aide du secrétaire général, sollicité pour faciliter le retour de leurs fils respectifs en Israël.

Guterres a également rencontré le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), le général de division Yoav Mordechai, qui lui a donné des informations sur la situation sécuritaire et lui a expliqué les problèmes causés par le Hamas.

Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, à gauche, rencontre le coordinateur des Activités gouvernementales dans les territoires, le général de division Yoav (Poly) Mordechai le 28 août 2017. (Crédit : COGAT).
Le secrétaire-général des Nations unies Antonio Guterres, à gauche, rencontre le coordinateur des Activités gouvernementales dans les territoires, le général de division Yoav (Poly) Mordechai le 28 août 2017. (Crédit : COGAT).

« L’organisation terroriste du Hamas n’hésite pas du tout, et de manière répétée, à exploiter les résidents de Gaza en tentant de profiter de l’aide d’Israël, malgré les grandes difficultés des civils dans la bande de Gaza », a expliqué Mordechai.

« Le Hamas collecte, selon les estimations, la somme de 100 millions de shekels par mois auprès des habitants de Gaza, et le prix de son conflit interne avec l’Autorité palestinienne retombe avant tout sur les épaules des Gazaouis », a-t-il ajouté.

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