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Guterres: le Hamas n’a pas agi « hors de tout contexte » ; Israël demande sa démission

L'envoyé israélien qualifie les remarques de Guterres au Conseil de sécurité de justification du terrorisme; Eli Cohen annule une rencontre ; Gantz parle d'apologie du terrorisme

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'exprimant lors d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, le 24 octobre 2023. (Crédit : Seth Wenig/AP)
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s'exprimant lors d'une réunion du Conseil de sécurité au siège des Nations unies, le 24 octobre 2023. (Crédit : Seth Wenig/AP)

Des responsables israéliens se sont emportés contre le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, mardi, après qu’il a semblé suggérer que l’attaque dévastatrice du groupe terroriste Hamas contre Israël, le 7 octobre, était due au fait que l’État juif continuait à contrôler les territoires palestiniens et l’ambassadeur d’Israël à l’ONU a été jusqu’à exiger sa démission.

« Il est important de reconnaître que les attaques du Hamas ne se sont pas produites en dehors de tout contexte », a déclaré M. Guterres lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU consacrée à la guerre entre Israël et le Hamas, qui a éclaté lorsque le groupe terroriste a ravagé les communautés frontalières israéliennes, et tué quelque 1 400 personnes, dont une grande majorité de civils.

« Le peuple palestinien subit depuis 56 ans une occupation étouffante. Il a vu sa terre constamment dévorée par les colonies et en proie à la violence, son économie étouffée, sa population déplacée et ses maisons démolies. Leurs espoirs d’une solution politique à leur situation désespérée se sont évanouis », a déclaré M. Guterres.

Israël a évacué toutes les implantations et les forces militaires de la bande de Gaza dans le cadre du désengagement de 2005. Il maintient un blocus strict du territoire depuis que le Hamas en a pris le contrôle en 2007, tout comme l’Égypte, Jérusalem affirmant qu’elle doit le faire pour limiter la capacité du groupe terroriste à s’armer en vue d’attaques. En Cisjordanie, les implantations se sont développées sous les gouvernements successifs, le Premier ministre Benjamin Netanyahu affirmant à plusieurs reprises que l’Autorité palestinienne, reconnue internationalement, n’est pas un partenaire pour la paix et qu’elle a rejeté plusieurs offres dans le passé.

M. Guterres a ajouté que « les griefs du peuple palestinien ne peuvent justifier les attaques épouvantables du Hamas. Et ces attaques épouvantables ne peuvent justifier la punition collective du peuple palestinien », une référence apparente à la campagne israélienne de frappes aériennes contre les infrastructures du Hamas dans la bande de Gaza qui, selon les responsables du groupe terroriste, a tué des milliers de personnes.

Israël a été indigné par les commentaires de M. Guterres. L’envoyé spécial de l’ONU, Gilad Erdan, les a qualifiés de « choquants » et a exigé la démission du secrétaire général. Le ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, a annulé une réunion avec M. Guterres, et le ministre Benny Gantz a accusé le chef de l’ONU de faire « l’apologie du terrorisme » ».

« Le secrétaire général de l’ONU, qui fait preuve de sollicitude à l’égard de la campagne de massacre d’enfants, de femmes et de personnes âgées, n’est pas apte à diriger l’ONU. Je lui demande de démissionner immédiatement », a écrit M. Erdan sur X. « Il n’y a aucune justification ni aucun intérêt à parler à ceux qui font preuve de compassion pour les atrocités les plus terribles commises contre les citoyens d’Israël et le peuple juif. Il n’y a tout simplement pas de mots. »

M. Erdan a déclaré que ces remarques étaient « horribles » et « complètement déconnectées de la réalité de notre région ».

« C’est triste qu’une personne ayant de telles opinions soit à la tête d’une organisation née après la Shoah. C’est vraiment insondable. »

Le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le conflit Israël-Hamas, au siège de l’ONU à New York, le 24 octobre 2023. (Crédit : Timothy A. Clary/AFP)

Le ministre des Affaires étrangères, M. Cohen, qui s’était rendu à New York pour participer aux réunions sur la guerre, a indiqué sur X (anciennement Twitter) qu’il annulait une réunion prévue avec M. Guterres. Après ce qui s’est passé le 7 octobre, a-t-il écrit, « il n’y a pas de place pour une approche impartiale. Le Hamas doit être rayé de la surface de la terre ».

M. Gantz, qui a récemment rejoint le gouvernement en tant que membre du cabinet de guerre restreint chargé de superviser l’effort de guerre, a également eu des mots durs, postés sur X : « Les jours où le secrétaire général des Nations unies approuve le terrorisme sont des jours sombres ».

« Absolument rien ne peut justifier le massacre de civils innocents », a-t-il écrit. « Le moment est venu de se placer du bon côté de l’Histoire, ou d’être jugé par elle. Les apologistes du terrorisme ne peuvent pas parler au nom du monde ».

Le 7 octobre, le Hamas a brusquement fait pleuvoir sur Israël de milliers de roquettes tandis que plus de 2 500 terroristes armés franchissaient la frontière avec la bande de Gaza. Ces terroristes se sont déchaînés dans les régions du sud, massacrant des familles entières dans certaines communautés et tuant 260 personnes lors d’un festival de musique en plein air. Certaines victimes ont été mutilées, violées et torturées. Des dizaines de bébés ont été tués. Plus de 220 personnes de tous âges ont été enlevées et ramenées en captivité à Gaza. Quatre d’entre elles ont été libérées depuis.

Israël a réagi à l’assaut du Hamas en jurant de détruire le groupe terroriste et en lançant des frappes intensives contre ses infrastructures à Gaza, affirmant faire le maximum pour éviter les victimes civiles. Il a demandé à plus d’un million d’habitants de Gaza d’évacuer la partie nord de la bande de Gaza en prévision d’une incursion terrestre.

Des Palestiniens vérifiant le lieu de l’explosion à l’hôpital al-Ahli, dans la ville de Gaza, le 18 octobre 2023. (Crédit : Abed Khaled/AP)

Le ministère de la Santé, contrôlé par le Hamas, affirme que les frappes ont tué plus de 5 700 Palestiniens jusqu’à présent. Ces chiffres ne peuvent être vérifiés de manière indépendante et incluraient des membres du Hamas, ainsi que des civils tués par des roquettes palestiniennes dont la trajectoire a dévié.

La session du Conseil de sécurité a réuni des diplomates de haut rang, dont le secrétaire d’État américain Antony Blinken, qui a déjà rejeté les appels au cessez-le-feu, affirmant que celui-ci ne que bénéfique au Hamas.

M. Guterres s’est déclaré « profondément préoccupé par les violations manifestes du droit international humanitaire auxquelles nous assistons à Gaza. Soyons clairs : aucune partie à un conflit armé n’est au-dessus du droit international humanitaire ».

« Les bombardements incessants de Gaza par les forces israéliennes, le nombre de victimes civiles et la destruction massive de quartiers continuent de s’intensifier et sont profondément alarmants », a-t-il déclaré.

Rappelant qu’il avait déjà « condamné sans équivoque les actes de terrorisme horribles et sans précédent du Hamas », M. Guterres a demandé que tous les otages soient traités avec humanité et « libérés immédiatement et sans conditions ».

Des Israéliens endeuillés se couchent après le déclenchement de sirènes avertissant de l’arrivée de roquettes, lors des funérailles de Tom Godo, tué lors de l’attaque de terroristes palestiniens du Hamas contre le kibboutz Kisuffim la semaine dernière, au kibboutz Naan, près de Tel Aviv, le 13 octobre 2023. (Crédit : GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Parallèlement à sa campagne militaire, Israël a également imposé un blocus quasi-total de Gaza, bien qu’une certaine aide humanitaire ait été autorisée à entrer depuis l’Égypte ces derniers jours dans le cadre d’un accord conclu sous l’égide des États-Unis.

« Mais il s’agit d’une goutte d’eau dans un océan de besoins », a déclaré M. Guterres, avant d’avertir que si la bande de Gaza manquait de carburant, ce serait une « catastrophe ».

Il a averti que le conflit « risque de s’étendre à toute la région » et a appelé à « un cessez-le-feu humanitaire immédiat » tout en préconisant une solution à deux États qui verrait la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël.

Le ministre des affaires étrangères, M. Cohen, a également assisté à la réunion du Conseil de sécurité, accompagné de membres de la famille de certaines des personnes retenues en captivité à Gaza.

S’adressant au forum, il a prévenu que si l’ONU ne soutenait pas la campagne d’éradication du Hamas, elle connaîtrait ses « heures les plus sombres » sous la présidence de M. Guterres.

Parallèlement, l’ONU a appelé mardi à une meilleure coordination entre les groupes humanitaires afin de s’assurer que la petite quantité d’aide actuellement acheminée dans la bande de Gaza ne contienne que les articles les plus nécessaires.

Au cours d’un point presse régulier des Nations unies, une porte-parole de l’UNRWA, Tamara Alrifai, qui s’exprimait d’Amman en visioconférence, a salué l’élan de générosité en Egypte et ailleurs dans le monde pour venir en aide aux Palestiniens. Toutefois, a-t-elle souligné, « nous ne recevons pas vraiment les produits les plus nécessaires pour Gaza ou les plus pertinents ».

Pour éviter que de telles situations ne se répètent, la porte-parole a appelé l’ensemble des organisations humanitaires présentes dans la région à s' »améliorer » en constituant « des listes très claires de ce qui est le plus nécessaire » dans la bande de Gaza.

Un convoi de camions transportant de l’aide humanitaire entre dans la bande de Gaza depuis l’Egypte via le poste frontière de Rafah, le 21 octobre 2023. (Crédit : Eyad BABA / AFP)

Elle a expliqué que ses 2,4 millions d’habitants allaient avoir grandement besoin de matelas et de couvertures à mesure que l’hiver approche, des centaines de milliers de palestiniens ayant trouvé refuge dans les bâtiments de l’UNRWA.

« Dans l’un des envois de ces derniers jours, nous avons reçu des boîtes de riz et de lentilles », a-t-elle déclaré aux journalistes de l’ONU à Genève par liaison vidéo depuis Amman, la capitale jordanienne, où se trouve le siège de l’UNRWA.

« Mais pour faire cuire des lentilles et du riz, il faut de l’eau et du gaz. Par conséquent, ce type de fournitures – bien que très généreuses et bien intentionnées – n’est pas vraiment utilisable en ce moment », a-t-elle déclaré.

Mme Alrifai a ajouté qu’avant le 7 octobre, environ 500 camions par jour entraient dans Gaza en provenance d’Israël et d’Égypte, avec un mélange de marchandises commerciales, de nourriture, d’aide et de carburant.

Mais seules quelques dizaines de camions transportant de la nourriture, des médicaments et de l’eau sont entrés dans la bande de Gaza par la frontière sud avec l’Égypte depuis l’entrée en vigueur d’un accord samedi.

« Nous devrons nous améliorer en tant que consortium d’humanitaires en envoyant des listes très explicites de ce qui est le plus nécessaire », a déclaré M. Alrifai.

Du carburant à des fins humanitaires 

L’ONU appelle en outre Israël à autoriser l’entrée de carburant dans la bande de Gaza dans le cadre de l’aide humanitaire pour faire notamment fonctionner les générateurs des hôpitaux.

« Jusqu’à présent, le carburant n’a pas été autorisé à entrer » dans ce territoire, a affirmé la porte-parole de l’UNRWA.

Israël craint que le Hamas n’utilise le carburant introduit à Gaza pour fabriquer des armes et des explosifs. L’armée israélienne a également déclaré mardi que le Hamas détenait au moins un demi-million de litres de carburant à des fins militaires et qu’il les refusait aux hôpitaux.

Des camions transportant du carburant circulant dans la bande de Gaza le 22 octobre 2023. (Crédit : Mohammed Abed/AFP)

Mme Alrifai a expliqué qu’en temps ordinaire lorsque cette agence reçoit du carburant, elle l’achemine elle-même aux hôpitaux ou à l’Unicef, afin de s’assurer qu’il soit utilisé à des « fins humanitaires ». « Nous sommes tenus de signaler tout mauvais usage » de ce carburant, a-t-elle insisté.

Mme Alrifai a déclaré que l’UNRWA avait mis en place un « système de diligence très solide pour s’assurer que tout ce que nous recevons n’est utilisé qu’à des fins humanitaires ».

Israël a souvent accusé l’UNRWA de ne pas signaler les méfaits du Hamas, permettant ainsi au groupe terroriste d’opérer librement au sein de la population civile de Gaza.

Aide médicale

Dans le même temps, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré qu’elle n’avait pas été en mesure de distribuer aux principaux hôpitaux du nord de la bande de Gaza des fournitures médicales vitales provenant des convois de camions, en raison de l’absence de garanties en matière de sécurité.

Elle a indiqué que l’hôpital principal Al-Shifa, dans le nord, comptait désormais trois patients pour deux lits.

« Outre les hôpitaux qui ont dû fermer en raison des dégâts et des attaques, six hôpitaux de la bande de Gaza ont déjà fermé en raison du manque de carburant », a déclaré l’OMS dans un communiqué.

Des fournitures médicales ont été livrées à quatre hôpitaux du sud de la bande de Gaza et les médecins « ont sorti des caisses de fournitures des camions et sont allés directement dans les salles d’opération, où les médecins ont pratiqué des interventions chirurgicales sans anesthésie ni autres fournitures chirurgicales de base », a déclaré l’agence.

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