Haïfa: Netanyahu contre la nomination d’un adjoint au maire arabe controversé
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Haïfa: Netanyahu contre la nomination d’un adjoint au maire arabe controversé

Einat Kalisch-Rotem a déclaré qu'elle n'annulerait pas la nomination de Raja Zaatara, décrié car il nie le caractère terroriste du Hezbollah et du Hamas

Le conseiller municipal de Haïfa Raja Zaatara, de la Liste arabe unie. (Capture d'écran YouTube)
Le conseiller municipal de Haïfa Raja Zaatara, de la Liste arabe unie. (Capture d'écran YouTube)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé dimanche la maire récemment élue de Haïfa Einat Kalisch Rotem, à abandonner le projet de nomination d’un adjoint qui avait fait part de son soutien aux organisations terroristes du Hamas et du Hezbollah, soutenu le mouvement BDS et affirmé que le sionisme a inspiré la création du groupe terroriste Etat islamique.

Un scandale a émergé la semaine dernière, après les rumeurs portant sur la nomination du conseiller municipal Raja Zaatara (Liste arabe unie), membre du Parti communiste d’Israël, qui a été décrié comme étant partisan du régime de Bashar el-Assad et des ses alliés dans la guerre civile syrienne.

Au début de la réunion hebdomadaire du cabinet, dimanche, Netanyahu a déclaré : « ce matin, avant la réunion, j’ai demandé à Einat Kalisch Rotem, maire de Haïfa, d’annuler la nomination du maire adjoint qui soutient le Hamas et et le Hezbollah, qui proclame leur intention de détruire l’Etat d’Israël. J’espère que cette demande sera entendue. »

Les médias ont rapporté des propos tenus par Za’atar, 40 ans, qui fait partie du paysage politique depuis son plus jeune âge.

Membre du parti politique Hadash et de la Haute-Commission de suivi des citoyens arabes en Israël, il a été en tête de liste de l’alliance des partis arabes de la Liste arabe unie, lors des élections de 2015.

Zaatara, qui devrait devenir adjoint au maire lors de la seconde moitié du mandat de la maire élue, avait, dans une interview, laissé entendre que l’Etat islamique s’était inspiré des actes des « Sionistes ». Il avait également clamé, lorsqu’il était chef des relations publiques de la Liste arabe unie, pendant la campagne électorale de 2015, que le Hamas n’était pas une organisation terroriste.

En 2016, Zaatar avait défendu le Hezbollah après que la Ligue arabe l’avait classé « groupe terroriste ». Il avait déclaré que l’organisation jihadiste libanaise n’était pas un groupe terroriste mais un « mouvement de résistance qui avait réussi à expulser l’occupant » durant la Seconde guerre du Liban en 2006.

En 2012, il avait fondé une organisation de soutien au mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions, (BDS) destiné à promouvoir l’idée d’un boycott de l’Etat hébreu par les Arabes israéliens.

Zaatara avait aussi, dans le passé, exprimé son soutien au président syrien Bashar Assad et au secrétaire-général du Hezbollah Hassan Nasrallah, selon Haaretz.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a expliqué dimanche qu’il examinerait la possibilité d’empêcher le chef de la banche du parti Hadash à Haïfa d’accéder au poste.

Le législateur du Likud Yoav Kisch avait écrit jeudi à Deri, lui demandant d’empêcher la désignation de Zaatara au poste.

Hadash, un parti conjoint judéo-arabe, est membre de la formation cadre de la Liste arabe unie.

“Raja Zaatara, membre du conseil municipal de Haïfa, a exprimé son soutien au Hezbollah et au Hamas, a soutenu le boycott d’Israël et soutenu également les activités contre Israël en tant qu’Etat juif et démocratique », a écrit Deri sur Twitter.

« Un tel personnage ne peut pas être désigné adjoint au maire comme le réclame la municipalité de Haïfa », a-t-il ajouté.

L’équipe juridique du conseiller municipal a déclaré samedi soir que Zaatar démentait les allégations portées contre lui, et Deri a ordonné l’ouverture d’une enquête pour clarifier les faits.

Suite à cette enquête, Deri demandera au procureur général Avichai Mandelblit de décider s’il est habilité à bloquer le salaire que Zaatara touche en tant que fonctionnaire s’il devenait adjoint au maire.

« Je suis heureux que notre collègue Aryeh Deri ait pris en mains cette affaire, et je sais que d’autres se sont exprimés sur le sujet », a déclaré Netanyahu en public, en référence aux politiciens de droite et du centre qui ont fustigé cette nomination.

« C’est inacceptable, et puisque c’est inacceptable, cela ne se produira pas, j’en suis convaincu », a conclu le Premier ministre.

S’exprimant auprès de Haaretz, Zaatara avait expliqué s’inquiéter principalement de pouvoir se mettre au service de ceux qui l’ont élu, ajoutant que ce qui était dit à son encontre résultait de la frustration du Shas et du Likud de ne pas entrer au sein de la coalition municipale à Haïfa.

Le Likud et le Shas, a-t-il ajouté, tentent de montrer « lequel des deux lancera le plus d’incitations contre les Arabes et lequel des deux est le plus patriote ».

La nouvelle maire de Haïfa, Einat Kalisch Rotem, n’a pas répondu au tweet de Deri même si, en début de semaine, elle a écrit sur Facebook qu’elle était déterminée à faire avancer l’égalité et à assurer une représentation équitable de la population arabe de la ville, ajoutant qu’elle maintenait sa décision de s’associer avec Hadash (qui s’est présenté sous le nom de Front de Haïfa dans la ville) au sein de la coalition.

« Haïfa est une ville mélangée, aux facettes multiples, complexe et le secret de sa beauté réside très précisément en cela, en cette mosaïque humaine extraordinaire », a écrit Kalisch Rotem.

La candidate à la mairie de Haïfa Einat Kalisch Rotem met son bulletin dans l’urne dans un bureau de vote dans la matinée des élections municipales à Haïfa, le 30 octobre 2018 (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

« Sur les trois factions de la population arabe qui se sont présentées à la municipalité, Hadash est la seule qui est parvenue à entrer. La population arabe fait partie de notre ville, c’est une partie importante et nous devons respecter la volonté des électeurs », a-t-elle conclu.

Mais ses proches ont fait savoir lundi qu’elle avait rejeté la demande de Netanyahu, affirmant qu’elle n’avait aucunement l’intention de revenir sur son accord de coalition avec le parti de Zaatar, ajoutant qu’il ne devrait devenir maire-adjoint que dans deux ans et demi.

Zaatara a réagi lundi en critiquant Netanyahu et Deri.

« Je ne suis pas membre du Hamas ni du Hezbollah, mais du parti communiste d’Israël et de Hadash, qui soutient, la paix, l’égalité et la fraternité entre les nations », a-t-il dit dans un communiqué. « Netanyahu et son gouvernement corrompu tentent de détourner l’attention du public. »

« Le vrai danger qui pèse sur la nation israélienne n’est pas au conseil de Haïfa, mais au 10 de la rue Balfour, à Jérusalem », a déclaré Zaatar, en référence à l’adresse du bureau du Premier ministre. « Une fois que je serais adjoint, il est possible que Netanyahu et Deri soient déjà en prison. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président du Shas Aryeh Deri pendant une session à la Knesset (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La police a recommandé la mise en examen de Netanyahu et de Deri dans des affaires de corruption distinctes et tous deux attendent que Mandelblit détermine s’il les met en accusation. Il nient tous deux toute malversation.

Le député Yousef Jabareen a accusé Netanyahu de contribuer à une « campagne raciste et violente lancée par l’extrême-droite, qui rappelle dangereusement l’incitation contre les minorités en Europe au 20e siècle. Les Arabes à Haïfa méritent d’être représentés au conseil municipal. Laissez tranquille Haïfa, qui promeut la coexistence ».

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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