Haley : Tillerson ne voulait pas du transfert de l’ambassade à Jérusalem
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Haley : Tillerson ne voulait pas du transfert de l’ambassade à Jérusalem

L'ex-envoyée des USA aux Nations unies évoque Israël, la Maison Blanche et ses combats ; elle explique comment elle a tenté de "changer la culture" anti-israélienne de l'ONU

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une réunion avec l'ambassadrice sortante des États-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 9 octobre 2018, à Washington. (AP Photo/Evan Vucci)
Le président américain Donald Trump s'exprime lors d'une réunion avec l'ambassadrice sortante des États-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, dans le bureau ovale de la Maison Blanche, le 9 octobre 2018, à Washington. (AP Photo/Evan Vucci)

WASHINGTON – Les premières années de l’administration Trump ont été troublées par d’intenses divisions internes sur la politique israélo-américaine, écrit dans son nouveau livre Nikki Haley, ancienne ambassadrice américaine aux Nations unies.

De nombreuses décisions majeures du président américain Donald Trump sur la région – déplacement de l’ambassade américaine à Jérusalem, retrait de l’accord nucléaire iranien et cessation des aides versées à l’agence des Nations unies pour les Palestiniens – ont suscité de vives objections de la part du personnel de la Maison Blanche et des tentatives des membres du cabinet et du personnel pour détourner le président de ce qu’il voulait faire.

Dans un nouveau livre intitulé « With All Due Respect« , [Avec tout le respect que je vous dois], Mme Haley dépeint l’ancien secrétaire d’État Rex Tillerson comme son plus grand adversaire dans l’administration.

Alors qu’elle soutenait la relocalisation de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, lui et d’autres membres du Conseil national de sécurité s’y sont opposés avec véhémence.

« J’ai soutenu le déménagement. C’était tout simplement du bon sens », écrit Haley. « Les ambassades sont situées dans les capitales. Dans presque tous les pays du monde, l’ambassade des États-Unis est située dans la capitale du pays hôte. Israël ne devait pas faire exception ».

« Mais d’autres membres du cabinet et de la Maison Blanche n’étaient pas d’accord », poursuit-elle. « Ils ont fait valoir que le déménagement de l’ambassade déclencherait des violences qui nuiraient au processus de paix, de sorte que, à chaque réunion du cabinet du président et des conseillers à la sécurité nationale, une faction semblait penser que c’était à elle, et non au président, de prendre la décision finale en matière de politique ».

Le président Donald Trump prend la parole lors d’une réunion du Cabinet à la Maison-Blanche, le lundi 16 octobre 2017, à Washington, alors que le secrétaire d’État Rex Tillerson écoute. (AP Photo/Evan Vucci)

Ces tentatives pour contrer les souhaits du président, écrit Haley, ont été particulièrement prononcées lorsque Trump s’est demandé s’il fallait ou non déménager l’ambassade.

« Lorsque le Conseil national de sécurité s’est réuni pour envisager de déplacer l’ambassade d’Israël, les membres de cette faction étaient vent debout », dit-elle. « Ils ont laissé entendre que si le président faisait ça, le ciel lui tomberait sur la tête. Ils ont essayé de faire front commun et de convaincre le président. Certains, comme le secrétaire d’État Rex Tillerson, semblaient penser principalement à la façon dont la décision allait affecter leur réputation. Au milieu de la réunion, il a déclaré qu’il voulait qu’on sache qu’il s’opposait au déménagement. »

Steve Mnuchin, secrétaire au Trésor américain, et Ivanka Trump, fille et conseillère du président américain Donald Trump, dévoilent la plaque d’inauguration lors de l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, le 14 mai 2018. (AFP Photo/Menahem Kahana)

En décembre 2017, Trump a officiellement reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et a annoncé le transfert de l’ambassade à Jérusalem, laquelle a ouvert en mai 2018.

Le livre de Haley, publié mardi aux États-Unis, raconte ses trois années passées à Turtle Bay en tant qu’envoyée de Trump. Il comprend une section entière sur Israël intitulée « Changing the Culture » [Changer la culture].

Elle commence par sa première réunion avec le Conseil de sécurité de l’ONU, dans le cadre de sa consultation régulière sur la situation au Moyen-Orient, qu’elle a décrit comme indûment axée sur Israël à l’exclusion d’autres questions régionales plus urgentes.

« Nous avons tous entendu des histoires d’injustice et de dysfonctionnement aux Nations Unies », écrit-elle. « Nous avons entendu parler du parti pris anti-israélien. Je m’y attendais quand je me suis présenté à cette réunion. Je n’étais pas préparée au fait que ce soit si horrible. »

La réunion de février 2017, dit-elle, a ignoré l’utilisation d’armes chimiques par la Syrie, la constitution d’un arsenal d’armes illégales par le Hezbollah et les activités terroristes du Hamas – qu’elle a fini par comprendre que c’était la norme et non l’exception.

« Seuls Israël et les Palestiniens sont à l’ordre du jour », écrit-elle. « Et un seul pays est blâmé : Israël. C’est l’un des symptômes de l’obsession des Nations unies pour le seul Etat juif du monde. »

Une partie de son objectif de « changer la culture » à l’ONU, dit-elle, était de détourner la conversation de la question d’Israël lors de cette réunion régulière.

« Nous parlions parfois d’Israël », écrit-elle. « Israël n’est pas parfait. Mais ça n’a jamais été notre point de focalisation. »

Nikki Haley prend la parole lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Moyen Orient, le 19 novembre 2018. (Autorisation)

« La culture de préjugés anti-israéliens à l’ONU rend la paix moins possible », écrit-elle. « Cela envoie le faux message aux Palestiniens qu’ils peuvent atteindre leurs objectifs en comptant sur l’ONU plutôt que sur des négociations directes avec Israël. Et cela envoie le message précis aux Israéliens qu’ils ne peuvent jamais faire confiance à l’ONU. »

Haley consacre une partie du chapitre à expliquer pourquoi elle a appuyé la décision de l’administration Trump de réduire l’aide à l’UNRWA, l’agence des Nations Unies qui fournit une aide humanitaire aux Palestiniens.

« Au lieu de réduire la dépendance, l’UNRWA encourage la dépendance multigénérationnelle à l’égard de l’aide internationale », écrit-elle. « Les réfugiés palestiniens sont financés à vie par l’UNRWA, sans solution en vue. »

Sur cette question aussi, écrit-elle, Tillerson s’y est fortement opposé.

Haley raconte une rencontre qu’elle a eue avec Trump, Tillerson et l’ancien chef de cabinet du président, John Kelly, au cours de laquelle les deux hommes ont discuté de cette idée.

« Il y aurait des menaces pour Israël (comme s’il n’y en avait pas déjà beaucoup) », écrit Haley, imitant Tillerson. « Surtout, a-t-il dit, nous allons mécontenter les pays arabes qui sont censés être des partenaires essentiels dans le processus de paix. »

L’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations Unies, Nikki Haley, prend la parole lors de la conférence politique de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) à Washington, DC, le 5 mars 2018. (AFP PHOTO / Nicholas Kamm)

D’après Haley, Trump leur a dit de régler leurs désaccords et de lui faire une proposition. Pour sa part, Kelly n’était pas satisfait de toutes les voix concurrentes qui tentaient d’influencer la pensée de Trump en matière de politique étrangère – de Haley et Tillerson à son ancien conseiller en matière de sécurité nationale, H.R. McMaster, en passant par son gendre et conseiller principal Jared Kushner.

« J’ai quatre secrétaires d’État : vous, H.R., Jared et Rex », a dit Kelly à Haley peu après cette réunion, selon le livre. « Je n’en ai besoin que d’un. »

Haley utilise cette partie du livre pour critiquer Tillerson et Kelly pour avoir désobéi à Trump – un acte qu’ils considéraient comme nécessaire pour le bien de la nation. « Kelly et Tillerson m’ont confié que lorsqu’ils ont résisté au président, ils n’étaient pas insubordonnés, ils essayaient de sauver le pays », écrit Haley.

M. Tillerson a autorisé un don de 60 millions de dollars à l’UNRWA – sans la permission du président, dit Haley – avant d’être licencié en mars 2018. Le secrétaire d’État Mike Pompeo, qui lui a succédé, a coupé l’aide de l’UNRWA en août 2018.

« Ce fut un plaisir et un soulagement de travailler avec un secrétaire d’État qui a réellement soutenu le programme du président et qui n’a pas cherché à le miner », écrit-elle.

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