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Herzog s’associe à Facebook pour lutter contre le cyber-harcèlement

Le Premier ministre Bennett, des ministres, des députés et des célébrités se joignent à l'appel à "transformer le discours en ligne" sur les réseaux sociaux

Le président Isaac Herzog (au centre) dans une nouvelle campagne de sensibilisation au cyber-harcèlement et aux discours blessants en ligne, aux côtés de la chanteuse Anna Zak (à gauche) et du judoka Peter Paltchik. (Autorisation)
Le président Isaac Herzog (au centre) dans une nouvelle campagne de sensibilisation au cyber-harcèlement et aux discours blessants en ligne, aux côtés de la chanteuse Anna Zak (à gauche) et du judoka Peter Paltchik. (Autorisation)

Le président Isaac Herzog a lancé mardi une nouvelle campagne de sensibilisation, en collaboration avec Meta (Facebook), pour lutter contre le cyber-harcèlement et « changer le discours en ligne » en Israël.

Un certain nombre de ministres et d’hommes politiques israéliens prendront part à cette initiative, baptisée « Think Good » (l’expression en hébreu « Tah’chévou Tov peut signifier « réfléchissez bien » mais aussi « pensez positivement »), dans le cadre de laquelle ils partageront de courtes séquences vidéo dans lesquelles ils liront des commentaires blessants ou insultants à leur égard, les mots offensants étant censurés et remplacés par un langage positif.

Pour quiconque connaît le format « Mean Tweets », rendu populaire par l’animateur de télévision américain Jimmy Kimmel, cette campagne semble être similaire, mais sans l’humour implicite.

Dans le cadre de « Mean Tweets », des célébrités, des sportifs, des politiques et d’autres personnes sont filmés en train de lire des tweets blessants et leurs réactions, qui peuvent varier entre le rire, l’embarras, une réplique cinglante ou le silence.

La campagne israélienne a pour but d’aborder la façon dont le discours sur les réseaux sociaux peut « devenir si violent, si extrême et sans retenue », a écrit Herzog dans une tribune publiée sur la plateforme de blogs anglophone du Times of Israël mardi.

« Comment les réseaux sociaux sont-ils devenus un lieu où rien ne semble être interdit, où les gens se sentent libres de dire du mal des autres, de les humilier, de les dénigrer et de traiter leurs rivaux ou simplement les personnes ayant des opinions différentes comme des ennemis ? », s’est interrogé Herzog.

Le président a écrit que, bien que les réseaux sociaux « aient apporté beaucoup de bien au monde », les limites du discours en ligne « sont trop floues » et « ces merveilleuses plateformes sont également utilisées pour le harcèlement, l’intimidation et la violence. »

A LIRE – Sacha Baron Cohen : Régulons « cette machine à propagande » – les médias sociaux

L’initiative est soutenue par le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked et les députés du Likud Miri Regev et Miki Zohar, tous deux connus pour la virulence de leurs propos lors de leurs interventions télévisées. Un certain nombre de célébrités et de créateurs de contenu participeront également à la campagne, notamment la chanteuse et personnalité en ligne Anna Zak, la star du judo Peter Paltchik et le journaliste arabe israélien Mohammad Magadli, commentateur régulier du journal télévisé le plus populaire d’Israël sur la Douzième chaîne.

Le format vertical des captures d’écran mises à la disposition des médias indique que les vidéos avec les personnalités participantes seront diffusées sur Instagram Stories (Instagram est détenu par Meta/Facebook) et éventuellement Facebook Stories.

Le but de l’initiative, selon le bureau d’Herzog, est d’ « exposer à des millions de followers la difficulté de lire des réponses désagréables, d’encourager les gens à réfléchir à deux fois avant d’utiliser un langage blessant, et à avoir des pensées positives avant de cliquer sur ‘répondre’. »

La campagne cherchera à sensibiliser le public aux conséquences du harcèlement en ligne et à « encourager un discours plus conciliant et inclusif sur les réseaux sociaux au lieu d’une rhétorique blessante », a déclaré le bureau de Herzog.

« Les gens sont devenus des ‘enthousiastes du clavier’, et des lignes rouges sont constamment franchies sur les réseaux sociaux. Je me suis fixé pour mission centrale de modérer les discours blessants et les brimades en ligne, qui nous nuisent quotidiennement en tant qu’individus et en tant que société. Je suis heureux de diriger ce projet très important », a déclaré le président dans un communiqué mardi.

Adi Soffer-Teeni, directrice nationale en Israël pour Meta/Facebook, a déclaré qu’elle était « ravie de collaborer avec le président d’Israël et des dizaines de leaders d’opinion locaux dans le cadre de la campagne ‘Think Good’, qui mettra en lumière les moments les plus difficiles sur les réseaux sociaux afin de susciter une discussion et de faire une déclaration claire contre un phénomène qui n’a pas sa place sur nos plateformes ».

Facebook, récemment rebaptisé Meta pour refléter la croissance et l’orientation de l’entreprise, a eu jusqu’à présent un bilan négatif en matière de traitement des contenus préjudiciables sur ses plateformes, et il n’est souvent pas tout à fait clair quelles attaques personnelles en ligne, le cas échéant, violent ses politiques et méritent d’être supprimées.

Ces derniers mois, l’entreprise a refait la une des journaux à la suite du témoignage d’une dénonciatrice très médiatisée qui a jeté un nouvel éclairage sur ses méfaits présumés, suscitant l’ire des gouvernements et des régulateurs du monde entier.

Le témoignage de Frances Haugen, ancienne chef de produit de Facebook, est intervenu après des semaines de silence de la part de Facebook face à une série d’articles du Wall Street Journal basée sur des documents internes qu’elle a divulgués. Elle a déclaré au Congrès que Facebook privilégie ses propres intérêts, notamment celui de faire toujours plus de profits, au détriment du bien public, qu’il alimente les divisions et nuit aux enfants, et qu’il doit être réglementé.

La cheffe de la coalition, Idit Silman, du parti Yamina, devant le comité de la Chambre de la Knesset, le 25 juillet 2021. (Crédit : Knesset)

Israël étudie également des mesures visant à encadrer les entreprises mondiales de réseaux sociaux, dont Facebook, et éventuellement à les tenir pour responsables des publications sur leur plateforme.

Parallèlement, le discours politique s’est réchauffé au cours des derniers mois. En novembre, Lapid a averti que le discours politique violent dans le pays pourrait aboutir au meurtre d’un politicien et que ce langage définissait la société israélienne dans son ensemble.

Les commentaires de Lapid sont intervenus après que la députée Idit Silman – du parti Yamina de Bennett – a déclaré avoir été physiquement attaquée par un homme dans une station-service un mois auparavant, dans le cadre de la campagne en ligne menée par le Likud pendant des mois contre l’entrée de Yamina dans le gouvernement qui a évincé l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Bennett et Shaked ont tous deux reçu des menaces de mort et leur sécurité a été renforcée.

Mardi, Netanyahu a demandé que la protection de haut niveau des membres de sa famille soit encore étendue, arguant que des acteurs locaux et étrangers pourraient encore les cibler. Netanyahu lui-même a droit à une protection pendant 20 ans après avoir quitté la résidence du Premier ministre.

Il y a deux semaines, un homme âgé a été inculpé pour avoir proféré des menaces en ligne à l’encontre de l’ancien Premier ministre, et cette semaine, un autre homme a été inculpé pour avoir menacé en ligne d’agresser sexuellement la femme de Netanyahu, Sara.

Le mois dernier également, David Amsalem, législateur du Likud, s’est retrouvé dans une situation délicate après une tirade enflammée contre la coalition. La députée du Meretz Michal Rozin a demandé à la commission d’Éthique de la Knesset d’examiner ses déclarations et une femme anonyme a déposé une plainte contre lui auprès de la police.

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