Hillary Clinton remporte les primaires démocrates
Rechercher

Hillary Clinton remporte les primaires démocrates

Après sa victoire en Californie, la candidate a suffisamment de délégués pour obtenir l'investiture ; elle doit à présent rassembler son camp et affronter Donald Trump

La candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton après sa victoire dans la primaire de l'état de New York, à New York, le 19 avril 2016. (Crédit : AFP/Timothy A. Clary)
La candidate démocrate à la présidentielle Hillary Clinton après sa victoire dans la primaire de l'état de New York, à New York, le 19 avril 2016. (Crédit : AFP/Timothy A. Clary)

La démocrate Hillary Clinton a enjoint les Américains à écrire avec elle une nouvelle page de l’histoire des Etats-Unis en l’élisant à la Maison Blanche en novembre et en rejetant le message de « ressentiment » du républicain Donald Trump.

Huit ans jour pour jour après sa défaite contre Barack Obama, la candidate de 68 ans a revendiqué mardi la victoire dans la laborieuse campagne des primaires contre le sénateur du Vermont Bernie Sanders.

Après une nouvelle série de scrutins, elle a largement assez de délégués pour recevoir l’investiture du parti à la convention de Philadelphie, fin juillet.

Elle a surtout remporté la Californie, gros morceau du dernier « super mardi » des primaires, au terme d’un scrutin serré. Une victoire emblématique qui devrait accentuer la pression sur son rival pour qu’il quitte la course. Avec 94 % des bulletins dépouillés, la candidate obtient 56 % des suffrages, et 257 délégués supplémentaires.

Avant la 57e et dernière primaire démocrate qui aura lieu mardi prochain dans la capitale fédérale, Washington, Hillary Clinton a obtenu 15,9 millions de voix, contre 12,2 pour Sanders, selon le site spécialisé thegreenpapers.com.

En nombre de délégués, la candidate peut compter sur 2 740 voix dont 572 superdélégués, selon CNN. Il en faut 2 383 pour avoir la majorité à la convention d’investiture. Sanders en a lui 1 824 dont 47 superdélégués.

Les « superdélégués » sont les gouverneurs et élus démocrates du Congrès, quelques membres « distingués » comme Barack Obama et Bill Clinton, et les plus de 400 membres des instances nationales du parti démocrate, le comité démocrate national (DNC).

Mais le poing en l’air, Bernie Sanders a juré de poursuivre sa « révolution politique » jusqu’à la dernière primaire, mardi prochain à Washington. S’aménageant peut-être une porte de sortie, il a souligné que sa priorité était la bataille d’idées et d’empêcher Donald Trump d’être élu président.

La démocrate a tendu la main aux millions de partisans du socialiste, plus jeunes que les siens, et a savouré sa revanche lors d’une soirée triomphale à New York. Assumant son statut de pionnière, après 44 présidents masculins, elle s’est inscrite dans la lignée des suffragettes et du mouvement pour l’égalité des sexes et les droits des minorités.

« Ne laissez personne vous dire que l’Amérique n’est pas capable de grandes choses », a-t-elle déclaré.

« Je veux profiter de cette soirée et des prochains jours pour prendre pleinement conscience de l’histoire que nous avons écrite ici », a dit l’ancienne Première dame, près de 16 ans après le départ des Clinton de la Maison Blanche.

La campagne qui s’ouvre est sans précédent. D’abord car elle se joue entre une femme et un homme d’affaires sans expérience politique. Mais aussi car les candidats sont sources de division comme jamais dans l’histoire récente.

Dans ce concours d’impopularité, Hillary Clinton veut imprégner dans l’esprit des Américains l’image d’un homme susceptible, impulsif et sectaire.

« Cette élection ne ressemblera pas aux bonnes vieilles batailles entre républicains et démocrates », a-t-elle dit. « Cette élection est différente. L’identité de notre pays est en jeu ».

‘Combat de boue’

Pour Donald Trump, le point faible de Hillary Clinton est la nébuleuse d’affaires entourant la candidate: l’enquête du FBI sur son usage d’une messagerie privée lorsqu’elle dirigeait la diplomatie (2009-2013), et les financements étrangers de la fondation fondée par Bill.

« Les Clinton sont devenus maîtres dans l’art de l’enrichissement personnel », a-t-il affirmé mardi. « Ils ont gagné des centaines de millions de dollars en vendant accès, faveurs et contrats gouvernementaux ».

Exceptionnellement, le milliardaire a lu un discours sur un prompteur, un texte plus sobre que d’ordinaire, illustrant son désir d’endosser le costume présidentiel alors que son camp est consterné par ses dernières sorties contre un juge d’origine mexicaine.

Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l'Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : AFP / KENA BETANCUR)
Donald Trump pendant une conférence de presse avec les membres de l’Association des anciens combattants de la police à Staten Island, New York, le 17 avril 2016. (Crédit : AFP / KENA BETANCUR)

Mais la préférence de Donald Trump pour les attaques ad hominem plutôt que les débats d’idées présage une campagne d’une violence inédite.

« Clinton a une connaissance intime des dossiers et un programme détaillé, mais comme Trump n’en a pas, personne ne s’intéresse à leurs différences. Et comme les deux candidats suscitent plus de défiance que de confiance, il faut craindre un nivellement pas le bas », prédit Norman Ornstein, politologue de l’American Enterprise Institute, à l’AFP.

La stratégie du camp Clinton consiste à exploiter les polémiques déclenchées par Donald Trump pour valoriser le CV et les valeurs de Hillary Clinton.

« Personne ne peut ‘trumper’ Trump », constate Tim Miller, ancien conseiller presse du républicain Jeb Bush, annihilé aux primaires. « Elle est sûre de perdre si elle se jette dans le combat de boue ».

« Donald Trump doit lui servir de faire-valoir auprès de sa base », pour doper la participation des électeurs noirs, hispaniques et jeunes, dit-il à l’AFP.

Clinton en a donné un aperçu la semaine dernière à San Diego en livrant un réquisitoire mordant et sarcastique sur l’incohérence et les « coups de gueule bizarres » de l’homme d’affaires, promouvant sa propre crédibilité en politique étrangère.

Pour l’instant, la démocrate recueille en moyenne 44% des intentions de vote des Américains, contre 42% pour Donald Trump.

« Si Hillary Clinton continue à faire campagne comme elle l’a fait à San Diego, Trump est cuit », prédit à l’AFP Howard Dean, ancien patron du parti démocrate et candidat aux primaires de 2004.

Le redoutable défi de Clinton : rassembler son camp

Le 7 juin 2008, Hillary Clinton, battue à l’issue de primaires démocrates âprement disputées, cédait la place à Barack Obama. Huit ans plus tard, c’est elle qui doit rassembler son camp après un duel tendu avec Bernie Sanders.

Sur le papier, sa tâche s’annonce infiniment plus aisée que celle de son adversaire républicain Donald Trump dont la candidature et les propos « racistes » (selon nombre d’élus de son propre bord) déchirent le Grand Old Party. Ce dernier apparaît déboussolé à cinq mois de l’élection présidentielle du 8 novembre.

« A ce stade, la primaire n’a plus rien à voir avec l’investiture. Tout est affaire de rapport de force dans les négociations de paix qui vont s’ouvrir », soulignait mardi sur Twitter David Axelrod, qui fut le stratège électoral d’Obama.

Lors de son discours de victoire, à Brooklyn mardi soir, Hillary Clinton n’a pas directement appelé son rival à se retirer, mais tendu la main à ses électeurs.

« La campagne de Bernie Sanders et le débat vigoureux que nous avons eu ont été très bons pour le parti démocrate et l’Amérique », a-t-elle lancé.

« Au moment où nous regardons vers l’avant, rappelons-nous ce qui nous unit », a-t-elle ajouté. « Nous voulons une Amérique où tout le monde est traité avec respect ».

En 2008, elle avait adoubé sans équivoque Barack Obama, appelant à mettre « énergie, passion et forces » pour le faire élire.

Hillary Clinton and Barack Obama (photo credit: Flash90)
Hillary Clinton et Barack Obama (Crédit : Flash90)

Cette fois, le défi est tout autre : elle devra s’assurer que les millions de jeunes Américains captivés par le discours du surprenant Sanders qui leur a promis une « révolution politique », ne restent pas chez eux le 8 novembre.

Principal obstacle: nombre de fans de « Bernie » la voient comme la caricature d’une classe politique enfermée dans la bulle hermétique de Washington, déconnectée de leurs questionnements et de leurs luttes.

« Hillary Clinton n’a pas la capacité de rassembler sans aide », estime Larry Sabato, politologue de l’Université de Virginie. « Une partie non négligeable des troupes de Sanders la méprisent désormais. Sanders devra la soutenir de manière répétée avec enthousiasme ».

Les démocrates se rassurent en soulignant que l’inimitié était nettement plus forte il y a huit ans entre les équipes Obama et Clinton. Et que la victoire fut au bout du chemin.

Ils comptent aussi sur le président, qui devrait rapidement entrer dans la danse, pour jouer le rôle de rassembleur. « Vous pouvez vous attendre à ce que le président joue ce rôle », souligne son porte-parole Josh Earnest.

Obama, qui recevra d’ailleurs Bernie Sanders jeudi à la Maison Blanche, a déjà rodé son message : les deux candidats démocrates, très différents dans le style, « n’ont pas d’énormes différences sur le fond », assurait-il récemment lors d’un déplacement au Japon comme pour préparer la nécessaire phase de réconciliation.

« Le président Obama doit faire entendre raison à l’aile gauche du parti, en utilisant la peur de Trump comme facteur de mobilisation », estime Larry Sabato.

De fait, selon les derniers chiffres de l’institut Gallup, la cote de popularité d’Obama au sein de cette frange du parti atteint des sommets : 92 %.

A huit ans d’écart, Barack Obama et Hillary Clinton ont un atout commun : proposer aux électeurs d’écrire une page d’histoire de la politique américaine avec le premier noir à la Maison Blanche et la première femme à la Maison Blanche.

Quelles que soient les faiblesses d’une candidate qui ne fait pas rêver les foules, les électeurs démocrates pourraient se mobiliser pour faire la démonstration que leur parti est celui qui fait bouger les lignes de la société américaine.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...