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Hommages dans le monde aux 11 juifs tués dans une synagogue de Pittsburgh

"L'antisémitisme, la haine du Juif n'est pas un souvenir lointain... ou un chapitre dans les livres d'histoire, mais une menace réelle," a déclaré Naftali Bennett

Les gens se tiennent devant le Soldiers & Sailors Memorial Hall & Museum. Le musée n'étant pas suffisamment grand, les citoyens écoutent la cérémonie via des orateurs, le dimanche 28 octobre 2018 à Pittsburgh, suite à la fusillade mortelle qui a eu lieu à la synagogue de l'arbre de vie un jour plus tôt. (Crédit : AP / Matt Rourke)
Les gens se tiennent devant le Soldiers & Sailors Memorial Hall & Museum. Le musée n'étant pas suffisamment grand, les citoyens écoutent la cérémonie via des orateurs, le dimanche 28 octobre 2018 à Pittsburgh, suite à la fusillade mortelle qui a eu lieu à la synagogue de l'arbre de vie un jour plus tôt. (Crédit : AP / Matt Rourke)

« L’amour est plus fort que la haine » : des milliers de personnes, toutes confessions confondues, se sont réunies dimanche pour lancer ce message de paix à Pittsburgh, endeuillée par l’attaque antisémite la plus meurtrière de l’histoire récente des Etats-Unis.

L’auditorium du centre de Pittsburgh débordait de monde dimanche soir pour l’évènement oecuménique de 90 minutes, qui a débuté par un chant d’un choeur africain-américain.

Des organisations musulmanes ont levé des dizaines de milliers de dollars pour aider les survivants et les familles des victimes. La communauté juive des Etats-Unis – la plus importante en dehors d’Israël – a reçu le soutien du pape et de dirigeants européens.

Des milliers d’autres personnes s’étaient rassemblées dehors sous la pluie pour écouter l’évènement retransmis par des haut-parleurs.

Une femme clerc a chanté a capella l’hymne national américain et un chanteur a entonné la Hatikvah, l’hymne national israélien.

Plus tôt, les Américains avaient découvert l’identité des onze fidèles abattus la veille dans la synagogue Tree of Life, dont une femme de 97 ans, un couple d’octogénaires et deux frères.

Neuf d’entre eux avaient 65 ans ou plus et certains étaient assez âgés pour avoir été enfants lors de la montée du nazisme, comme Rose Mallinger, 97 ans, et le couple formé par Sylvan et Bernice Simon, tous deux octogénaires.

Des étoiles de David portant les noms des personnes tuées dans une fusillade mortelle dans la synagogue de l’Arbre de vie placés devant la synagogue de Pittsburgh, le dimanche 28 octobre 2018. (Crédit : AP / Matt Rourke)

« Les mots de haine ne sont pas les bienvenus à Pittsburgh », a dit le rabbin Myers, ovationné par le public, avant d’adresser un messages aux leaders politiques.

« Mesdames et messieurs, cela doit commencer avec vous, nos dirigeants, » a-t-il déclaré sous des applaudissements prolongés. « Arrêtez les messages de haine. » « Sept membres de ma congrégation sont morts dans mon sanctuaire. Ce lieu saint a été souillé », a-t-il dit.

« Cessez le langage de la haine… Mesdames et messieurs, cela doit commencer par chacun d’entre vous et par nos leaders », a-t-il plaidé, disant ne pas vouloir viser un ou des personnes en particulier. « Mes mots s’adressent à tous ».

Le rabbin, qui a aidé des personnes à sortir de la synagogue après les coups de feu, a récité une prière du souvenir en hébreu, essuyant ses larmes avec un mouchoir.

Le gouverneur de la Pennsylvanie, Tom Wolff, des membres du Congrès américain et Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial, ont assisté à cette cérémonie en hommage aux victimes.

La foule endeuillée a chanté les hymnes nationaux américain et israélien, ainsi que le « God Bless America » d’Irving Berlin, avec une chorale afro-américaine sur la scène.

La cérémonie s’est terminée par la prestation d’un quatuor de musiciens l’Orchestre de Pittsburgh qui a interprété deux oeuvres, dont l’une écrite par un survivant de la Shoah dont la famille a péri lors de la « Nuit de Cristal », un pogrom anti-juif mené en novembre 1938 par les nazis.

« J’ai le coeur brisé », raconte Aylia Paulding, 37 ans.

Agé de 90 ans, E. Joseph Charny a raconté au Washington Post qu’il priait dans une salle avec d’autres fidèles, quand il a vu un homme apparaître dans l’embrasure de la porte et a entendu des tirs.

« J’ai levé les yeux et j’ai vu tous ces cadavres, » a raconté M. Charny, un psychiatre à la retraite qui fréquente la synagogue Tree of Life depuis 1995.

Le président américain Donald Trump répond à une question sur les gens qui se sont moqués de lui la veille à l’Assemblée générale des Nations Unies lors d’une conférence de presse tenue à New York, le 26 septembre 2018. (John Moore/Getty Images/AFP)

Le président Donald Trump a dénoncé solennellement l’attaque. « Le fléau de l’antisémitisme ne peut être ni ignoré, ni toléré, ni permis de continuer. »

Dimanche, il a comme souvent accusé les médias d’attiser les tensions : « Les Fausses Nouvelles font tout ce qu’elles ont en leur pouvoir pour blâmer les Républicains, les Conservateurs et moi-même pour la division et la haine qui se perpétuent depuis si longtemps dans notre Pays! »

« En réalité, ce sont leurs reportages Faux et Malhonnêtes qui entraînent des problèmes bien plus importants qu’ils ne peuvent le comprendre », a-t-il déclaré.

Trump a indiqué qu’il se rendrait à Pittsburgh pour présenter ses condoléances. Mais certaines familles de victimes n’ont que peu envie de rencontrer un président qu’elles accusent d’attiser la haine.

Naftali Bennett rendant hommage aux victimes de la synagogue de Pittsburgh (Crédit : Alexi Rosenfeld)

Le ministre israélien de l’Education Naftali Bennett, qui avait pris un vol de nuit pour assister à l’hommage aux victimes de Pittsburgh, a dénoncé l’attaque antisémite la plus meurtrière de l’histoire des Etats-Unis.

« Près de 80 ans après la Nuit de Cristal, lorsque les Juifs d’Europe ont péri dans les flammes de leurs sanctuaires, une chose est claire », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « L’antisémitisme, la haine du Juif n’est pas un souvenir lointain… ou un chapitre dans les livres d’histoire, mais une menace réelle ».

« Nous ne resterons pas silencieux. Nous allons le surmonter. L’unité vaincra la division. L’amour triomphera de la haine. La lumière vaincra les ténèbres ».

A l’extérieur, des milliers de personnes ont bravé le froid et la pluie pour écouter la retransmission sur des haut-parleurs de cet hommage de 90 minutes, selon les responsables.

Les gens se tiennent devant le Soldiers & Sailors Memorial Hall & Museum. Le musée n’étant pas suffisamment grand, les citoyens écoutent la cérémonie via des orateurs, le dimanche 28 octobre 2018 à Pittsburgh, suite à la fusillade mortelle qui a eu lieu à la synagogue de l’arbre de vie un jour plus tôt. (Crédit : AP / Matt Rourke)

« C’était beau, c’était triste, c’était plein d’espoir et ça reflétait vraiment Pittsburgh », a confié sur place Mark Dixon, un cinéaste de 42 ans, grelottant à l’extérieur. « J’adore cette ville et cela me fait mal de la voir brisée, même par un moment de haine, alors je me suis dit que je devais être présent à cette cérémonie qui rejette la haine ».

D’autres veillées d’hommage ont eu lieu à travers les Etats-Unis, au Canada et à Paris.

« Nous sommes tous Pittsburgh » : une centaine de personnes se sont réunies dimanche soir devant l’ambassade des Etats-Unis à Paris pour rendre hommage aux victimes de l’attaque antisémite de Pittsburgh, la pire de l’histoire des Etats-Unis.

Devant l’ambassade, des Parisiens emmitouflés se sont succédé pour allumer une bougie. D’autres pour se recueillir devant des feuilles de papiers scotchées à des barrières métalliques où étaient inscrits les noms et âges des onze personnes tuées dans la synagogue.

« C’est effroyable ce qui s’est passé » samedi, dit Claire Weber, 55 ans, la voix emplie d’émotion. « Je suis juive, et chaque fois que dans le monde il y a un attentat antisémite, cela m’affecte profondément ».

Plus loin, des hommes portant la kippa ont entamé une prière en hommage aux victimes.

« Ça s’est passé aux Etats-Unis, mais il n’y a pas très longtemps cela s’est passé en France », souligne Yohan Chiche, un étudiant de 22 ans venu avec deux amis, en référence à l’attaque du magasin casher de la Porte de Vincennes à Paris en 2015.

« Nous sommes tous Pittsburgh. Il faut que cette folie meurtrière cesse », souffle Julie Marin, étudiante de 24 ans après avoir observé une minute de silence avec l’ensemble des personnes présentes.

Ce rassemblement était organisé notamment par l’Union de étudiants juifs de France (UEJF), auquel se sont jointes des associations comme SOS Racisme et la Licra.

Outre l’hommage aux victimes, ce rassemblement visait à « faire front contre la banalisation des discours haineux dans l’espace public, qu’ils soient antisémites ou racistes », a expliqué Sacha Ghozlan, président de l’UEFJ.

Robert Bowers, le tueur de Pittsburgh qui a perpétré la tuerie en hurlant son « désir de tuer des juifs », avait l’habitude de poster des messages antisémites sur internet.

« Il y a aujourd’hui une banalisation de propos antisémites aux Etats-Unis comme en France », a ajouté Sacha Ghozlan. « De la parole à l’acte, il n’y qu’un pas ».

« Les mots ne sont jamais neutres. La propagation de la haine dans les discours politiques peut pousser certains à passer à l’acte », a abondé Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

La Tour Eiffel était éteinte dimanche soir à minuit « en hommage aux victimes de l’attentat antisémite » survenu à Pittsburgh, dans le nord-est des Etats-Unis, a annoncé la maire de Paris Anne Hidalgo sur Twitter.

« J’adresse tout mon soutien à la communauté juive et à l’ensemble des habitants de #Pittsburgh », écrit-elle.

Plus d’une centaine de personnes, bravant la pluie, se sont rassemblées dimanche après-midi pour se recueillir et manifester contre l’antisémitisme devant le musée de l’Holocauste à Montréal, où la sécurité avait été renforcée.

Les organisateurs ont lu les noms des victimes de la synagogue de Pittsburgh.

« Nous assistons à une recrudescence des actes antisémites à travers la planète. Aux Etats-Unis seulement, il y a eu une augmentation des incidents antisémites de 50% au cours de la dernière année », a déclaré Jacques Saada, président de la communauté séfarade unifiée de Québec, cité par Radio Canada.

Les fédérations juives du Canada et le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA) ont indiqué dans un communiqué avoir reçu des assurances que la présence ou les patrouilles policières avaient été renforcées près des lieux de culte ou institutions juives dans le pays, « bien qu’il n’y ait pas d’informations faisant craindre un accroissement de la menace pour les communautés juives au Canada ».

« Nous continuons à rappeler aux leaders de nos communautés qu’il faut rester vigilants », a ajouté le CIJA en soulignant que « la montée de l’antisémitisme, la plus ancienne forme de haine dans le monde, demeure une grave préoccupation ».

La police de Toronto n’a pas donné de précisions sur ses mesures de précaution, mais son chef Mark Saunders a indiqué dans un tweet avoir procédé à « des ajustements sur la sécurité locale », après la fusillade de Pittsburgh.

Des rassemblements ou veillées de solidarité étaient également prévus notamment à Ottawa, Halifax (est) et Vancouver (ouest).

« Nous devons faire front commun contre toute cette haine, cette intolérance, cet antisémitisme et cette violence, » avait déclaré la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland.

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