Les Palestiniens fustigent la déclaration de Washington sur les implantations
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Les Palestiniens fustigent la déclaration de Washington sur les implantations

Le porte-parole d'Abbas juge l'annonce "infondée, inacceptable, condamnable" ; le Hamas assure que son "peuple continuera sa lutte jusqu'à ce que les implantations soient balayées"

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors du quatrième Forum national pour la Quatrième révolution industrielle lors de l'ouverture du forum en Cisjordanie dans la ville de Ramallah, le 9 septembre 2019. (Crédit : Nasser Nasser/AP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas s'exprime lors du quatrième Forum national pour la Quatrième révolution industrielle lors de l'ouverture du forum en Cisjordanie dans la ville de Ramallah, le 9 septembre 2019. (Crédit : Nasser Nasser/AP)

Les Palestiniens ont fustigé l’annonce du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo sur la position de Washington assouplissant sa position au sujet des implantations israéliennes en Cisjordanie, qui ne sont plus considérées comme « contraires au droit international ».

« Après avoir examiné soigneusement tous les arguments de ce débat juridique », l’administration de Donald Trump conclut que « l’établissement d’implantations de civils israéliens en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au droit international », a dit Mike Pompeo devant la presse.

« La déclaration du secrétaire d’Etat Pompeo est… infondée, inacceptable, condamnable, et contraire au droit international et aux décisions internationales qui rejettent la construction dans les implantations et particulièrement la résolution 2334 du Conseil de sécurité », a déclaré Nabil Abu Rudeineh, le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbad, au site officiel de l’AP, Wafa.

Washington n’est « pas qualifié ou autorisé à annuler des dispositions de droit international et n’a pas le droit de légaliser des colonies israéliennes », a-t-il ajouté.

L’Autorité palestinienne a également appelé mardi à une réunion ministérielle d’urgence de la Ligue arabe.

Le représentant permanent de l’Autorité palestinienne à la Ligue arabe, basée au Caire, a jugé « illégale », la nouvelle position américaine, selon un communiqué.

Cette réunion pourrait avoir lieu en début de semaine prochaine, selon une source diplomatique.

« Ce développement intervient après une série de positions américaines unilatérales et de résolutions enfreignant la loi internationale », poursuit le document.

Le secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul Gheit a jugé que la décision de Washington « compromettait toute paix juste fondée sur la fin de l’occupation ».

L’implantation de Elazar en Cisjordanie, le 5 février 2019. (Crédit : Gershon Elinson/Flash90)

Les implantations sont jugées illégales par l’ONU et une grande partie de la communauté internationale, et par les Palestiniens. Ils se basent sur la Quatrième convention de Genève, qui interdit à une puissance occupante de transférer sa population civile en territoires occupés.

Cependant, Israël affirme que la Cisjordanie n’est pas un territoire occupé mais un territoire disputé qu’il a capturé à la Jordanie lors de la guerre de 1967.

La résolution 2234 stipule que les implantations n’ont « aucun fondement en droit » et constituent « une violation flagrante du droit international et un obstacle majeur à la réalisation de la solution des deux États et à l’instauration d’une paix globale, juste et durable ».

« Le changement de position d’un Etat ne modifie pas la législation internationale existante, pas plus que son interprétation par la Cour internationale de justice et le Conseil de sécurité », a déclaré Rupert Colville, un porte-parole du Haut Commissariat de l’ONU aux droits de l’Homme.

Le Haut Commissariat va « continuer de suivre la position de longue date des Nations Unies qui est que les implantations israéliennes enfreignent la législation internationale », a-t-il ajouté.

Dans sa déclaration, Pompeo a souligné qu’il ne s’agissait ni d’une ingérence dans la politique israélienne, ni d’un feu vert à l’établissement d’implantations.

Saeb Erekat, le secrétaire-général du comité exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine, a appelé la communauté internationale à rejeter la déclaration de Pompeo.

« Une fois de plus, avec cette annonce, l’administration Trump démontre à quel point elle menace le système international en tentant inlassablement de remplacer le droit international par la ‘loi de la jungle' », a-t-il dit dans un communiqué.

« Par conséquent, la communauté internationale doit prendre les mesures nécessaires pour réagir et dissuader ce comportement américain irresponsable, qui menace la stabilité, la sécurité et la paix dans le monde entier. »

« Nous avons déjà entamé les pourparlers à l’ONU afin de présenter un projet de résolution au Conseil de Sécurité. Nous nous attendons à un veto de Washington, mais nous allons néanmoins aller de l’avant », a déclaré le négociateur en chef des Palestiniens.

« Les Etats-Unis imposeront alors leur veto au droit international », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne. « Ils veulent nous voir sur nos genoux… Mais nous allons nous tenir debout. »

Si les Palestiniens ont toujours dit qu’ils étaient ouverts à l’idée qu’Israël conserve certaines implantations dans le cadre d’un futur accord de paix selon les termes d’un échange de terres, ils affirment tout de même que l’expansion israélienne en Cisjordanie menace la création d’un Etat palestinien viable et indépendant.

Saeb Erekat s’adresse aux journalistes dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 1er septembre 2018. (AFP/Ahmad Gharabli)

Le gouvernement israélien affirme que les implantations ne constituent pas d’obstacle à la paix. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait promis de ne jamais déraciner d’implantations et d’annexer des pans de Cisjordanie s’il restait au pouvoir.

Hazem Qassim, porte-parole du groupe terroriste du Hamas, a déclaré que l’annonce de Pompeo « témoignait de la participation américaine à l’agression contre le peuple palestinien ».

« L’établissement de ces implantations est un véritable crime de guerre. L’occupation a expulsé les propriétaires d’origine de la terre, l’a volé et a construit des implantations dessus », a-t-il dit dans un communiqué publié sur le site du Hamas.

« Ces implantations, comme l’occupation, sont illégitimes et notre peuple continuera sa lutte jusqu’à ce qu’elles soient balayées, que l’occupation soit expulsée et que notre peuple regagne la terre d’où il a été expulsé », a-t-il ajouté.

Depuis la fin de 2017, l’administration Trump a pris plusieurs mesures pour marginaliser les dirigeants palestiniens basés à Ramallah. Elle a notamment reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, déplacé l’ambassade des États-Unis dans l’État juif de Tel Aviv à Jérusalem, coupé des centaines de millions de dollars d’aides aux Palestiniens et à l’agence des Nations unies qui soutient les réfugiés palestiniens, et fermé le bureau de représentation de l’OLP à Washington.

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en conférence au département d’Etat à Washington DC, le 18 novembre 2019. (Crédit : JIM WATSON/AFP)

La Paix maintenant, un groupe d’observation anti-implantations, a également fustigé la déclaration du diplomate américain, affirmant qu’elle servait les intérêts de « l’extrême-droite » israélienne.

« Aucune déclaration ne changera le fait que les implantations ont été construites sur un territoire occupé, enfreignant le droit international, et qu’elles sont un obstacle à la paix », a déclaré le groupe dans un communiqué.

« Trump a été, et reste un négociateur malhonnête qui sert les intérêts de l’extrême-droite aux dépens de la majorité modérée du public israélien », a dit le groupe.

Selon La Paix maintenant, plus de 425 000 Israéliens vivent en Cisjordanie, notamment dans les communautés situées au sein du territoire et adjacentes aux villes et villages palestiniens.

B’Tselem, un groupe de défense de droits de l’Homme orienté à gauche, a qualifié l’annonce américaine de « grotesque ».

« L’administration américaine renvoie le monde 70 ans en arrière, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque le monde n’a pris conscience des conséquences de l’absence de telles protections qu’au lendemain de celle-ci », a dit l’ONG.

À l’étranger, le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a affirmé mardi qu’Israël n’était pas « au-dessus du droit international », en réponse à la décision des Etats-Unis.

« Aucun pays n’est au-dessus de la loi internationale. Les déclarations sous forme de faits accomplis n’ont aucune validité eu égard au droit international », a écrit le ministre sur Twitter.

Les relations entre la Turquie et Israël sont tendues, marquées régulièrement  par des échanges verbaux âpres entre le président Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Ardent défenseur de la cause palestinienne, le président Erdogan s’était posé fin 2017 en héraut de la contestation du transfert de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

L’AFP a contribué à cet article.

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