Inauguration de 2 musées Juifs au Portugal, mais un 3e constesté
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Inauguration de 2 musées Juifs au Portugal, mais un 3e constesté

Les habitants s'opposent ainsi à l'édification d'un musée de quatre étages affirmant que la structure "rompt avec les traditions du quartier"

Une vue du quartier Alfama depuis Miradouro de Santa Luzia. (Crédit : CC BY 2.0 Miguel Vieira/Wikipedia)
Une vue du quartier Alfama depuis Miradouro de Santa Luzia. (Crédit : CC BY 2.0 Miguel Vieira/Wikipedia)

Deux municipalités du Portugal ont ouvert des musées consacrés à leur patrimoine juif dans un contexte de protestations, à Lisbonne, de certains habitants de la capitale contre la construction actuellement en cours d’un troisième musée plus grand que les deux autres dans le quartier d’Alfama.

A Braganca, dans le nord-est du pays, la municipalité a inauguré la semaine dernière un centre interprétatif sépharade de deux étages qui s’intéresse à la vie des Juifs lors des persécutions qui visaient le communauté aux 15e et 16e siècles.

Et jeudi, un centre commémoratif juif de moins grande envergure a ouvert ses portes dans la ville de Vila Cova à Coelheira, à l’est de la ville de Porto, au nord du Portugal.

De plus, l’Association du Patrimoine et la Population a organisé mercredi une conférence de presse pour faire part de son opposition à la construction en cours d’un musée juif de quatre étages dans le quartier Alfama, à Lisbonne.

La construction, dont la façade sera ornée d’une grande étoile de David, « rompt avec la tradition du quartier », aurait indiqué une des porte-paroles de l’association des habitants, Maria de Lurdes Pinheiro, des propos repris par le journal Public dans un article publié le même jour.

Elle a également précisé que les résidents n’avaient pas été consultés sur le projet de l’édification du musée juif de Lisbonne à Alfama. Ce projet signé en 2016 avait mis un terme à des décennies de pressions de la part des juifs portugais pour favoriser la mise en place d’un musée juif à Lisbonne – l’une des quelques capitales européennes actuellement dénuées d’une telle institution.

Elle a insisté sur le fait qu’elle n’était pas opposée à la construction d’un tel musée consacré aux Juifs. « Un musée juif, très certainement. Mais pas sur la place Sao Miguel », a-t-elle ajouté, se référant à l’endroit où est actuellement construit le musée. Elle a également indiqué que le musée prévu n’est pas adapté à « l’ambiance » du quartier, qui est l’un des plus anciens de Lisbonne et qui est considéré comme une attraction touristique pour ses étroites ruelles escarpées, avec de nombreux restaurants et boutiques, qui mènent au Chateau Sao Jorge surplombant le fleuve Tage.

Mais Ester Mucznik, ancienne vice-présidente de la communauté juive de Lisbonne, a déclaré en 2016 qu’Alfama – tout comme la place Sao Miguel – était un choix « symbolique » pour le musée en raison de sa proximité avec le quartier juif historique de la capitale.

L’ouverture, la semaine dernière, du centre interprétatif sépharade à Braganca a été moins controversée. Consacré à l’histoire de ceux qu’on avait appelé « les nouveaux Chrétiens » – ces gens qui avaient été forcés à épouser le Christianisme sous la contrainte au cours de l’Inquisition portugaise, commencée en 1536 – l’inauguration du lieu a été réalisée par le maire et les leaders de la communauté juive portugaise, qui compte environ 1 000 personnes.

Un grand nombre des « nouveaux chrétiens » du Portugal étaient des réfugiés venus d’Espagne, qui avaient fui l’Inquisition espagnole lancée par les autorités et l’église catholique dans ce pays dès 1492. Les persécutions avaient mené à la dépossession et à l’exil de centaines de milliers de Juifs. Un grand nombre de ceux qui étaient restés avaient continué pendant des siècles à vivre leur judaïsme en secret. En hébreu, ceux qui ont été obligés de pratiquer leur foi dans la clandestinité sont appelés des anusim – ceux qui ont été forcés.

Le musée de deux étages de Braganca permet de découvrir des ouvrages d’art sur les anusim et un large monument, qui a la forme d’un olivier, présente sur ses branches les noms des localités où se trouvaient des anusim.

Jaime Ayash, vice-président de la communauté juive de Lisbonne, a expliqué que l’ouverture du centre était la dernière manifestation de l’immunité du Portugal face à l’antisémitisme croissant qui ne cesse de se développer dans toute l’Europe de l’Ouest.

“La culture juive est populaire au Portugal et c’est significatif dans un monde en proie à une vague de haine antisémite », a-t-il dit selon un article publié sur le site internet de la station de radio TDF.

De plus, le maire de la ville de Vila Cova à Coelheira, où un musée commémoratif juif a été ouvert jeudi, a souligné la valeur touristique du nouvel établissement lors du discours prononcé à l’occasion de l’inauguration, selon le site d’information Aveiro.

En Espagne, pendant ce temps, le maire de la ville de Catsrillo Mota de Judios a présenté le mois dernier au leader des communautés juives de Madrid les plans de sa municipalité destinés à ouvrir un musée d’ici 2019 sur son patrimùoine juif.

En 2015, Catsrillo Mota de Judios, ce qui signifie la Colline juive de Castrillo Jewish Hill, avait changé son nom qui était Catsrillo Mata Judios, ce qui veut dire Castrillo tue les Juifs. Les historiens estiment que ce nom était un héritage de la période médiévale.

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