Internet est-il la clé pour arrêter les attaques ?
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Internet est-il la clé pour arrêter les attaques ?

La dernière vague d'attaques terroristes en Israël est différente des précédentes et se propage à travers les réseaux sociaux

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Un soldat dans un cours de cybersécurité de l'armée israélienne le 10 juin 2013 (Crédit photo: Porte-parole de Tsahal)
Un soldat dans un cours de cybersécurité de l'armée israélienne le 10 juin 2013 (Crédit photo: Porte-parole de Tsahal)

Plusieurs Palestiniens interrogés au cours des derniers jours pour les attaques au couteau contre des Juifs israéliens ont mis l’accent sur les messages viraux sur les médias sociaux comme source de leur inspiration.

Parallèlement, les autorités israéliennes ont également cité l’incitation à la violence présente sur les médias sociaux, spécifiquement autour de l’idée qu’Israël avait l’intention de mettre en danger le site explosif de la mosquée Al-Aqsa volatile sur le mont du Temple à Jérusalem.

Mais à quels messages font-ils référence ? Et où finit la liberté d’expression et où commence l’incitation à la violence ? En outre, que peuvent faire les forces de sécurité israéliennes pour lutter contre le phénomène ?
 
Selon Adam Hoffman, chercheur à l’Institut d’Israël pour les études de sécurité nationale qui veille les médias sociaux arabes, il existe plusieurs types d’incitation à la violence.

En premier lieu, il y a des appels explicites à poignarder les Juifs, accompagnés des clips explicatifs et des images glorifiant le terrorisme.

Mais il y a aussi des formes plus subtiles d’incitation, ajoute Hoffman.

« Il y a des messages populaires qui donnent une interprétation différente sur des événements. Par exemple, vous pouvez voir une photo montrant une belle photo d’un assaillant souriant « avant » et puis une autre indiquant le « après » qu’ils aient été abattus par la police israélienne après avoir poignardé des civils. Le message suggère qu’ils était innocents et qu’ils ont été assassinés de sang-froid ».

Un tweet qui dit "Le shahid (martyr) Muhammad Ali Saed a combattu cet après-midi les policiers de l'armée d'occupation près des portes de la mosquée al-Aqsa occupée avant qu'il ne soit devenu martyr sous les balles des soldats"
Un tweet qui dit « Le shahid (martyr) Muhammad Ali Saed a combattu cet après-midi les policiers de l’armée d’occupation près des portes de la mosquée al-Aqsa occupée avant qu’il ne soit devenu martyr sous les balles des soldats »

Bien que cela ne soit pas une incitation directe à la violence, Hoffman affirme, qu’il contribue au sentiment des Palestiniens qu’ils doivent agir.

« Si vous ne connaissez pas tout le contexte, il est facile de croire à de telles images. Au lieu de dire que cette personne a poignardé quelques personnes, avant d’être abattue, ils vont dire qu’elle passait juste par là quand elle a été martyrisée par les forces de l’occupation israéliennes ».

La légende sur cette photo, partagée sur Twitter, dit, 'Tel est le chemin, l'Intifada al-Aqsa' (Twitter)
La légende sur cette photo, partagée sur Twitter, dit, ‘Tel est le chemin, l’Intifada al-Aqsa’ (Twitter)

Un autre mème répandu, dit Hoffman, sont des photos de terroristes décédés en les appelant shahid, ou martyre, ainsi que des photos idéalisées d’hommes et de femmes sur leur façon de commettre des attentats.

« Être un agresseur à l’arme blanche fait de vous un héros instantanément », explique Hoffman. « C’estun succès qui vient de bas en haut et il y a un effet de foule. »

Les médias sociaux ont tendance à faire ressortir les voix extrémistes dans de nombreuses situations, dit Hoffman, également en montrant une abondance des messages racistes anti-arabes postés par des Juifs israéliens sur les médias sociaux.

Sur les médias sociaux arabes, la vague actuelle d’attaques contre les Juifs est cependant considérée sous un jour positif. Dans ce narratif, tous les Juifs israéliens, où qu’ils vivent, sont présentés comme des colons qui menacent la mosquée Al-Aqsa et sont donc des cibles légitimes, affirme-t-il.

Par exemple, la vidéo explicite de l’attaque terrorise de mardi rue Malchei Israel à Jérusalem a été publiée par l’agence de presse Shebab à Gaza comme un exemple à suivre, et son auteur décrit comme un « héros » et un « martyre ».

Adam Hoffman (Photo: Facebook)
Adam Hoffman (Photo: Facebook)

« Il n’y a certes pas une seule voix sur les médias sociaux, mais il y a certainement beaucoup de soutien pour les attaques au couteau parmi les Palestiniens et les Arabes israéliens, » dit-il.

Voyez-vous des appels à la coexistence et à résoudre pacifiquement les différends ?

« Oui, il y a de telles voix, mais elles sont minoritaires », selon Hoffman.

Par exemple un post, d’un habitant d’Umm el Fahm dans le nord d’Israël, a déclaré que les terroristes faisaient des choses désagréables pour ceux qui doivent gagner leur vie chez les Juifs.

« Après avoir vu des groupes de Juifs autour des sites et lieux de travail pour les ouviers du bâtiment qui sont obligés de voyager tous les jours vers les villes juives, je dis en toute honnêteté qu’aucun de ceux qui sont assis dans leurs bureaux parlementaires ou des mouvements ou des partis ne ressent le racisme ou le danger , [ou] le sort des gens ordinaires, et l’angoisse /la douleur ne seront que pour nous. Vous devez freiner cette vague, » lit on dans le post.

Un député arabe israélien : l’incitation vient des Juifs

Le député, Youssef Jabareen, de la Liste arabe unie, un résident de la ville israélo-arabe d’Umm el Fahm, est en désaccord avec l’idée que les Palestiniens incitent à la violence.

« [Le Premier ministre Benjamin] Netanyahu ne cesse de dire qu’il y a de l’incitation [à la violence] du Mouvement islamique, des membres arabes de la Knesset, et des dirigeants arabes. En faisant cela, il continue son incitation [à la haine] qui remonte au jour de l’élection, quand il a parlé d’Arabes se précipitant aux urnes pour aller voter. Il étiquette la communauté arabe comme l’ennemi », a-t-il affirmé.

En outre, a ajouté Jabareen, les appels lancés par les politiciens aux Juifs en leur demandant de porter des armes pour se protéger est aussi une forme d’incitation.

Faisant écho à un sentiment largement exprimé sur les médias sociaux arabes, il dit que les Israéliens réagissent trop durement aux attaques au couteau.

« Même dans les cas où il y a une sorte d’attaques par des Palestiniens, cela ne signifie pas nécessairement que les attaquants doivent être tués. Légalement, il y a des règles pour l’utilisation d’armes ; les forces de sécurité sont autorisés à utiliser le tir à balles réelles seulement quand il y a un danger concret et immédiat contre la personne de la sécurité. Il y a des règles aussi que quand il y a une sorte de danger, vous devez d’abord tirer en l’air, puis vous tirez sur les jambes, et seulement si cela ne marche pas, vous êtes autorisé à tirer sur le haut du corps ».

Jabareen dit que de nombreuses vidéos montrent que les attaquants avait été neutralisés et qu’ « il n’y avait pas de danger concret et immédiat venant de cette personne, même s’il avait un couteau dans sa main ».

Il cite les images d’une femme de Nazareth avec couteau à la main et blessée par les forces de sécurité israéliennes à Afula le 9 octobre.

https://www.youtube.com/watch?v=nilgA_vjC3s

« Tout les personnes qui ont regardé la vidéo pouvaient dire qu’il y avait certainement d’autres solutions de rechange que de nécessairement tirer sur elle. Ils auraient pu lui demander de jeter ce qu’elle avait ou d’essayer de la convaincre ou de tirer en l’air au début. Il y a beaucoup de choix avant de tirer sur son corps », a-t-il dénoncé.

Jabareen dit que la raison immédiate de ces attaques est une tentative israélienne de changer le statu quo sur le mont du Temple, « lorsque le gouvernement a autorisé l’accès et les visites massives et les provocateurs dans la zone d’Al-Aqsa ».

Le gouvernement israélien a nié à plusieurs reprises l’intention de modifier le statu quo sur le site, le plus saint dans le judaïsme et le troisième lieu saint de l’islam, où les Juifs sont actuellement autorisés à se rendre mais pas à y prier.

« L’occupation » a causé la violence, a-t-il poursuivi.

Oui, mais pourquoi ne pas manifester pacifiquement ? Pourquoi protester en poignardant les gens ? En outre, les personnes qu’ils poignardent ne sont pas les mêmes personnes qui sont allées sur le mont du Temple. Pourquoi poignarder les gens qui n’ont rien à faire avec ça ?

Le député Youssef Jabareen (Crédit : Facebook)
Le député Youssef Jabareen (Crédit : Facebook)

« Je pense qu’une manifestation pacifique massive pourrait certainement être plus efficace, comme nous le montrent les exemples dans l’histoire. Cependant, vous devez comprendre que les gens à Jérusalem-Est ont été sous occupation pendant près de cinq décennies. Ils croient qu’ils ont le droit de protester contre l’occupation et ont le droit de lutter pour leur auto-détermination. Malheureusement, même quand nous avions une atmosphère paisible encouragée par le président palestinien, il n’y avait pas de progrès dans le processus de paix. C’était tout le contraire. Donc, je pense que les Palestiniens ont aujourd’hui ce sentiment de désespoir. Je crois que la principale source de la violence est fondamentalement l’occupation, l’occupation continue ».

Y a-t-il des leaders dans votre communauté qui disent aux jeunes : « ne pas poignardez les gens, ce n’est pas bien de poignarder une femme, ça n’est pas bien de poignarder une personne qui n’a pas fait quelque chose contre vous ? »

« Tous nos leaders de nos communautés appellent à des manifestations populaires pacifiques ».

Disent-ils : « ne poignardez pas ? »

« Nous disons à notre communauté arabe en Israël que notre manière de protester, que notre lutte est pour la paix et pour l’égalité et que c’est à travers des manifestations pacifiques et populaires ».

Mais est-ce que quelqu’un condamne la violence ?

« La violence contre les citoyens a été toujours condamnée mais nous disons que la violence principale vient de l’occupation. L’occupation elle-même est très violente. Elle est très sévère. Elle opprime fondamentalement les gens. Et cela est en fait la principale violence. Ceci est la principale source de ce qui se passe. Ce ne sont pas les personnes individuelles ici et là qui protestent contre l’occupation. Le principal problème est l’occupation elle-même ».

Pensez-vous que la violence contribue à améliorer la situation des Arabes en Israël ?

« Vous parlez de la violence comme si nous utilisions la violence. Nous ne recourrons pas à la violence. La violence provient essentiellement des forces de sécurité et des agents gouvernementaux ».

Y a-t-il des voix au sein de la communauté qui sont auto-critiques, regardent à l’intérieur en disant : « Nous ne devrions pas faire cela, nous devons faire les choses différemment ? ».

« Nous sommes en discussion continue pour trouver la meilleure façon de gérer notre lutte en tant que minorité exclue. Cependant, nous sommes tous unis pour accuser essentiellement le gouvernement d’être discriminatoire ou d’exclure les citoyens arabes ; de ne pas leur offrir l’égalité des chances ; l’appropriation des terres ; de ne pas attribuer les allocations publiques, les projets publics et les terres publiques. Nous sommes unis pour pointer le doigt vers ces politiques comme la principale source de la tension continue. Quand il s’agit de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, nous signalons à l’occupation continue, l’absence de tout espoir, comme la source principale de la violence en cours ».

Qu’est-ce qui peut être fait à propos de l’incitation à la violence ?

The Times of Israel a contacté la police et l’armée pour demander ce qui a été fait pour répondre à l’incitation à la violence sur Internet. Un porte-parole de la police israélienne a précisé que chaque plainte pour incitation à la violence est transférée au procureur d’État, qui décide de la façon de la gérer.

The Times of Israel a également interviewé Avi Kasztan, le PDG et co-fondateur de la société de cyber-renseignement israélien Sixgill, qui se spécialise dans le web-surveillance et l’analyse automatique sombre. Kasztan a des liens étroits avec l’establishment de la sécurité.

Il dit qu’il a de bonnes raisons de croire que les terroristes, y compris ceux qui poignardent, ne sont pas des loups solitaires influencés par Facebook et Twitter, mais sont organisés et dirigés par le haut.

« Ces gens ne passent pas seulement leur temps sur les médias sociaux. Ils sont aussi dans le web sombre. Et ils ne sont pas stupides. Il y a des gens très intelligents derrière cela ».

Selon Kasztan, un adolescent ne se réveille pas un jour et et ne se dit pas : « aujourd’hui, je veux poignarder quelqu’un ».

Cette image compare un garçon palestinien de 13 ans (à gauche) qui a mené une attaque au couteau à Jérusalem le lundi 12 octobre 2015 et Mohammed al-Dura, dont la mort a été parmi les catalyseurs de la seconde Intifada, et qui est devenu un symbole de la lutte palestinienne (Crédit : Facebook)
Cette image compare un garçon palestinien de 13 ans (à gauche) qui a mené une attaque au couteau à Jérusalem le lundi 12 octobre 2015 et Mohammed al-Dura, dont la mort a été parmi les catalyseurs de la seconde Intifada, et qui est devenu un symbole de la lutte palestinienne (Crédit : Facebook)

« Il y a beaucoup de lavage de cerveau psychologique derrière ça. Ces organisations disent aux gens, ‘Les problèmes que vous avez dans la vie sont tous à cause des soldats et Israël et les Juifs’. Ils entendent cela tous les jours. Vous êtes un enfant et vous n’êtes pas capable de penser ou d’utiliser votre propre jugement. Et vos parents vous disent la même chose. Donc, pourquoi ne pas y croire ? ».

Kasztan dit que le cerveau derrière la vague de violence actuelle est basé en Cisjordanie et à l’étranger, mais il y a des adjoints en Israël. Leur armée de jeunes terroristes au couteau et d’autres terroristes sont des enfants qu’ils ont endoctrinés sur une période de plusieurs années et restent en contact avec eux.

Il est resté volontairement vague sur les noms des groupes mais a précisé qu’ils comprenaient le Hamas et le Jihad islamique. Les adolescents sous leur influence reçoivent de l’argent et le prestige et savent qu’un jour, ils seront appelés à accomplir leur mission.

« La chance que nous avons est que ces groupes ne sont pas d’accord toujours entre eux. Ils ont tous le même objectif, qui est de faire autant de mal que possible mais les discussions qu’ils ont sont sur les meilleures méthodes. Vous et moi pouvont le dire ce qui est mal parce que nous partageons certaines valeurs. Ils ne partagent pas ces valeurs », a-t-il éclairé.

Une photo glorifiant les attaques au couteau (Crédit : Twitter)
Une photo glorifiant les attaques au couteau (Crédit : Twitter)

Kasztan a affirmé que parce que les Israéliens accordent une grande importance à la vie humaine, le terrorisme les rend fou.

« C’est notre point faible et ils le savent donc que c’est sur ça qu’ils essaient de se concentrer. Les discussions qu’ils ont entre eux est ce qui est la meilleure façon de réaliser le terrorisme », dit-il.

Comment peut-on arrêter le terrorisme ?

« Je ne pense pas que quelqu’un a la réponse, a indiqué Kasztan, il aurait été préférable de les arrêter dans les phases de planification, de comprendre le réseau social réel derrière ces attaques, et ce n’est pas Twitter ou Facebook. Si nous pouvons attraper le cerveau derrière ces attaques et exercer une pression, nous pourrions être en mesure de faire des progrès ».

Il dit que de telles actions pourraient aussi aider les terroristes adolescents, qu’il appelle « pauvres enfants » et qu’il décrit comme des victimes d’une forme de sacrifice d’enfant.

« Même si une personne sur 20 enfants est ce pauvre gamin qui va et poignarde un soldat, ces gens détruisent les 20 autres enfants dans le processus. C’est très triste. Ils sont détruits psychologiquement, y compris leur jugement sur la vie et sur ce qui est bon et mauvais ».

Kasztan a expliqué que ces adolescents qui poignardent sont motivés par une soif de reconnaissance de leurs amis, de leurs parents et d’autres modèles adultes. Si ces coups de couteau ont été vus comme une mauvaise chose, a-t-il ajouté, ils ne mèneraient pas ces attaques.

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