Irak : acculé à Mossoul, l’EI fait diversion en attaquant Kirkouk
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Irak : acculé à Mossoul, l’EI fait diversion en attaquant Kirkouk

Le groupe terroriste a frappé en force et de façon coordonnée derrière la ligne de front, dans un secteur du nord de l'Irak sous contrôle kurde

Un M109 des forces irakiennes tirant vers le village de Tall al-Tibah, à environ 30 kilomètres au sud de Mossoul, le 19 octobre 2016, lors d'une opération contre les djihadistes du groupe Etat islamique pour reprendre la ville. (Crédit : AFP/Ahmad al-Rubaye)
Un M109 des forces irakiennes tirant vers le village de Tall al-Tibah, à environ 30 kilomètres au sud de Mossoul, le 19 octobre 2016, lors d'une opération contre les djihadistes du groupe Etat islamique pour reprendre la ville. (Crédit : AFP/Ahmad al-Rubaye)

Des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) ont attaqué vendredi la ville irakienne de Kirkouk dans une apparente tentative de diversion au moment où les forces de sécurité continuent de progresser vers leur bastion de Mossoul.

Au cinquième jour d’une offensive des forces irakiennes et des combattants kurdes pour reprendre Mossoul, dernier grand bastion irakien de l’EI, le groupe extrémiste a frappé en force et de façon coordonnée derrière la ligne de front, dans un secteur du nord de l’Irak sous contrôle kurde.

Au moins 22 personnes y ont été tuées dans des combats et des attentats suicide, qui ont commencé dans la nuit.

Kirkouk a ainsi été le théâtre de scènes de guérilla urbaine qui ont contraint les responsables locaux à décréter un couvre-feu total dans cette ville multi-ethnique où cohabitent plusieurs communautés religieuses et située à un peu plus de 150 km au sud-est de Mossoul dans une région pétrolière.

Un correspondant de l’AFP a notamment indiqué avoir vu neuf jihadistes, « vêtus à l’Afghane », portant grenades et fusils, dans une rue du quartier d’Adan.

Des témoins ont entendu des explosions et des tirs toute la matinée alors que des télévisions locales ont montré des images d’affrontements dans plusieurs quartiers.

« Au moment de la prière du matin, j’ai vu des jihadistes entrer dans la mosquée Al-Mohammadi », a indiqué à l’AFP Haidar Abdel Hussein, un enseignant qui vit dans le quartier de Tesaeen. Ils ont utilisé les haut-parleurs pour crier ‘Allah Akbar’ (Dieu est le plus grand) et ‘Dawlat al-Islam baqiya’ (L’EI vaincra) », a-t-il ajouté.

Le gouverneur de la province de Kirkouk, Najmeddin Karim, a dit à l’AFP qu’il soupçonnaient que des cellules dormantes de l’EI à Kirkouk avaient été activées.

Les assaillants ne semblaient pas disposer de véhicules ou d’équipements lourds.

« Nous travaillons sans relâche pour éliminer ces cellules terroristes d’ici la fin de la journée », a indiqué à l’AFP le colonel Arkan Hamed, de la police provinciale. « Seule la présence de snipers nous empêchent d’en finir tout de suite ».

4 Iraniens tués

Amaq, l’agence de propagande de l’EI, a de son côté affirmé que des jihadistes « attaquaient Kirkouk à partir de tous les axes et contrôlaient presque la moitié de la ville » mais des témoins et des responsables ont indiqué que ces allégations étaient exagérées.

Dans un communiqué, Amaq a en outre revendiqué une série d’attentats suicide à Kirkouk et dans sa région.

Selon des responsables, au moins cinq kamikazes ont visé dans la nuit plusieurs bâtiments gouvernementaux de Kirkouk, où au moins six policiers irakiens ont été tués. Le quartier général de la police a notamment été visé.

Une centrale électrique en chantier située dans la province du même nom a également été attaquée et au moins 16 personnes y ont perdu la vie.

A l’aube, trois kamikazes ont fait irruption dans cette infrastructure à Dibis, à 40 km au nord-ouest de Kirkouk en allant vers Mossoul, et tué 12 employés irakiens et quatre techniciens iraniens, a indiqué à l’AFP le maire de la localité, Abdallah Noureddine al-Salehi. La police a confirmé ce bilan.

C’est une société iranienne qui menait le chantier sur la centrale. Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a confirmé la mort de quatre de ses ressortissants, selon l’agence de presse officielle Irna.

D’après le maire de Dibis, l’attaque a donné lieu à des affrontements entre les forces de sécurité et les kamikazes, dont un a été tué avant de pouvoir se faire exploser.

Alors que l’EI se prépare à défendre Mossoul, la ville où son chef Abou Bakr al-Baghdadi a déclaré en 2014 un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, il ne semble pas en mesure de lancer des contre-offensives terrestres d’envergure, comme il a pu le faire dans un passé récent.

« Mais ils vont de plus en plus avoir recours aux attaques terroristes et revenir à la tactique d’une organisation purement insurrectionnelle », prévient David Witty, un analyste et ancien officier dans les forces spéciales américaines.

10 000 peshmergas

Au cinquième jour de la grande offensive pour reprendre Mossoul, opération qui implique des milliers de membres des forces de sécurité et qui dispose du soutien de la coalition internationale antijihadistes conduite par Les Etats-Unis, les forces irakiennes continuaient de gagner du terrain.

La ville majoritairement chrétienne de Bartalla, où les forces de sécurité ont gagné du terrain, n’est qu’à une dizaine de km à l’est de Mossoul.

Les forces kurdes, qui contrôlent Kirkouk, jouent un rôle dans cette offensive. « Près de 10 000 peshmergas sont impliqués dans cette opération », a indiqué le commandement des combattants kurdes dans un communiqué.

Au sud, les forces irakiennes remontent par la vallée du Tigre, le grand fleuve qui arrose Mossoul, reprenant village après village sans rencontrer un grand nombre de civils en fuite.

Selon les Nations unies, seulement 5.640 déplacées ont été comptabilisés durant les trois premiers jours de l’offensive sur Mossoul mais l’ONU s’attend à ce que « le nombre de personnes vulnérables tentant de se déplacer vers des zones sûres augmente à mesure que les combats se rapprochent des zones urbaines ».

La communauté internationale s’inquiète notamment du sort des quelque 1,5 million de civils piégés à Mossoul, où entre 3 000 et 4 500 jihadistes seraient retranchés et pourraient s’en servir comme boucliers humains.

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