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Irak: pour la postérité, des témoins de l’enfer jihadiste face caméra

A l'été 2014, le groupe E.I s'était emparé de Mossoul et de la province de Ninive, dans le nord, avant d'être vaincu fin 2017 par l'armée irakienne et la coalition internationale

Une femme irakienne déplacée de la communauté Yazidi, qui a fui la violence entre les djihadistes du groupe islamique (EI) et les combattants peshmerga dans la ville de Sinjar, dans le nord du pays, qui se trouve maintenant dans un camp pour les personnes déplacées dans la zone de Sharia, à 15 kilomètres de la ville de Dohuk, le 17 novembre 2016. (Crédit : Safin Hamed/AFP)
Une femme irakienne déplacée de la communauté Yazidi, qui a fui la violence entre les djihadistes du groupe islamique (EI) et les combattants peshmerga dans la ville de Sinjar, dans le nord du pays, qui se trouve maintenant dans un camp pour les personnes déplacées dans la zone de Sharia, à 15 kilomètres de la ville de Dohuk, le 17 novembre 2016. (Crédit : Safin Hamed/AFP)

Devant la caméra, Moslem Hmeid raconte comment à l’été 2014 il a vu défiler les camions des jihadistes enlevant des femmes yazidies. Son témoignage de la terreur sous le joug de l’EI compte parmi d’autres que recueille une ONG irakienne… pour ne pas oublier.

Moslem Hmeid, 27 ans, est l’un des quelque 70 témoins à avoir accepté de revivre leur quotidien sous la férule du groupe Etat islamique (EI).

A l’été 2014, le groupe ultra-radical s’était emparé de Mossoul et de la province de Ninive, dans le nord de l’Irak, avant d’être vaincu fin 2017 par l’armée irakienne et une coalition internationale.

Mais dans les esprits, les traumatismes restent vivaces. En témoignent les entretiens qu’enregistre l’ONG Mosul Eye jusqu’à fin avril. Conservés à l’université de Mossoul, ils seront accessibles aux chercheurs et aux générations futures.

L’EI déferle en août 2014 au Sinjar et Moslem Hmeid et sa famille — des arabes sunnites — endurent cinq mois durant le joug jihadiste avant de s’enfuir. Cette région est le foyer historique de la minorité yazidie, adepte d’une religion ésotérique monothéiste considérée comme « hérétique » par l’EI.

L’étudiant en droit se souvient d’une « première semaine sanglante, impossible à effacer des mémoires ». « Une fois j’ai vu deux ou trois camions, remplis de femmes. Quelques hommes, mais principalement des jeunes femmes, âgées de 17 à 30 ans, peut-être », confie-t-il à l’AFP.

Les villages yazidis sont vidés. Les femmes sont kidnappées et réduites à l’esclavage sexuel, les hommes tués et « ceux qui le pouvaient s’enfuient vers les montagnes », poursuit ce père de deux enfants.

Illustration : une famille irakienne Yazidi qui a fui la violence dans la ville irakienne du nord de Sinjar, dans une école où elle a trouvé refuge dans la ville kurde de Dohouk dans la région autonome du Kurdistan irakien, le 5 août 2014. (Crédit : AFP / SAFIN HAMED)

« Rouvrir les blessures »

Les habitants qui ne sont pas yazidis assistent impuissants au drame. « Voir une telle catastrophe arriver à ton voisin et ne pas pouvoir l’aider… On avait le coeur brisé. Psychologiquement, on était effondré », lâche M. Hmeid.

Avec trois frères militaires recherchés par les jihadistes, sa famille fuit en Turquie.

Depuis lors, l’ONU et plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont reconnu que les crimes de l’EI à l’encontre des Yazidis constituaient un « génocide ».

« En abordant ces sujets, nous allons rouvrir des blessures », admet M. Hmeid. Mais « les prochaines générations doivent savoir très exactement ce qui s’est passé. »

Mossoul, Sinjar, les villages chrétiens de Hamdaniya ou Baachiqa: les récits de vie glanés à travers Ninive brossent un portrait multidimensionnel des exactions jihadistes. Mais aussi de la vie d’avant et d’après.

Les plus jeunes témoins ont 10 ans à peine, d’autres sont octogénaires. Il y a même le doyen de Baachiqa, 104 ans: « on lui a parlé, mais c’était difficile à cet âge », dit à l’AFP le responsable communication de Mosul Eye, Mohannad Ammar.

Finalisés fin avril, les entretiens, dont la longueur varie d’une heure à une heure et demie, seront déposés à la bibliothèque de l’université de Mossoul. Des copies seront conservées dans les locaux de Mosul Eye et à l’université américaine George-Washington.

« Nous avons voulu montrer au monde comment les habitants de Mossoul ont surmonté cette expérience », avance M. Ammar.

Une photo prise le 17 aopût 2015 montre une vue générale de la ville de Sinjar, dans le nord de l’Irak, à l’ouest de Mossoul (Crédit : SAFIN HAMED/AFP PHOTO)

« Désespoir, soulagement »

Grâce à des financements de l’Agence américaine de développement USAID, Mosul Eye a appris à dix étudiants à filmer et mener les entretiens.

L’essentiel du travail se concentre à Mossoul, mais quelques témoignages proviennent d’autres provinces, comme Bassora (sud) ou Al-Anbar (ouest).

Le projet fait écho au militantisme de Mosul Eye. Quand Mossoul était aux mains des jihadistes, le compte Twitter du fondateur Omar Mohammed était pour le monde extérieur une lucarne sur le quotidien dans la ville.

Oum Mohamed, 55 ans, a elle aussi témoigné.

Une nuit de 2015, les jihadistes ont arrêté son fils Ahmed, ouvrier en bâtiment, 27 ans. Mohamed, de dix ans son cadet, rallie les rangs de l’EI pour retrouver son frère.

« Je lui ai dit: +mon fils, ne les rejoins pas+. Il a dit: +ça ne vous regarde pas, je vais aller chercher mon frère, entrer dans les prisons+ », raconte-t-elle à l’AFP.

Ahmed est mort, Mohamed est parti « et n’est jamais revenu », déplore la quinquagénaire, foulard sombre sur les cheveux. « Ils ont senti qu’il n’était pas un des leurs, ils ont dû croire que c’était un espion ».

Aujourd’hui prendre la parole a un effet cathartique.

« J’avais un volcan en moi », confie-t-elle. « Quand j’ai parlé, j’ai ressenti de la joie, de la tristesse, du désespoir, du soulagement. »

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