Iran : l’AIEA souhaite un accès à tous les sites nucléaires
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Iran : l’AIEA souhaite un accès à tous les sites nucléaires

La question des inspections reste un point de contention dans les négociations en vue d'un accord sur le nucléaire iranien

Yukiya Amano, le  directeur de l'AIEA, à Davos en janvier 2013. (Crédit : GPO/Flash90)
Yukiya Amano, le directeur de l'AIEA, à Davos en janvier 2013. (Crédit : GPO/Flash90)

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui sera chargée de mettre en œuvre un éventuel accord sur le nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances, devrait pouvoir avoir accès à tous les sites, y compris militaires, de ce pays, selon son patron Yukiya Amano.

Les inspections de sites suspects sont possibles au terme du Protocole additionnel du traité de non-prolifération nucléaire (TNP), que Téhéran s’est engagé à mettre en œuvre en cas d’accord international d’ici fin juin sur son programme nucléaire, a précisé Amano, en visite à Paris mardi et mercredi.

La question des inspections, qui visent à contrôler et assurer le caractère pacifique de ce programme, reste un des points les plus délicats des négociations en cours.

La semaine dernière, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a catégoriquement exclu la possibilité pour l’AIEA d’inspecter des sites militaires, tandis qu’un général iranien la qualifiait de « demande officielle d’espionnage ».

« Je me refuse à interpréter ces propos ou à spéculer. L’AIEA est une organisation technique et se concentre sur des faits », a réagi Amano dans un entretien à l’AFP et au quotidien français Le Monde.

Pour les plus de 120 pays mettant en œuvre le Protocole additionnel, qui permet des inspections renforcées, « l’AIEA a le droit de réclamer l’accès à tous les sites, y compris militaires », a souligné le diplomate japonais.

« Pour le moment, l’Iran n’applique pas ce protocole, mais quand ce sera le cas, l’AIEA mettra en pratique ce qu’elle fait pour tous les autres pays », a-t-il ajouté, précisant toutefois que dans la pratique, les inspections prenaient en considération « l’aspect sensible » de certains de ces sites.

‘Des années’ de contrôles nécessaires

Téhéran, dont le programme nucléaire controversé est au cœur de plus d’une décennie de tensions, est engagé dans de délicates tractations avec la communauté internationale d’une part et l’AIEA d’autre part.

L’Iran et le groupe dit « P5+1 » (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, France et Allemagne) sont censés conclure un accord historique d’ici fin juin garantissant la nature exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien, en échange d’une levée des sanctions contre Téhéran.

Par ailleurs, l’AIEA, qui sera chargée de contrôler cet accord s’il est conclu, cherche également à vérifier la possible dimension militaire (PMD) des activités nucléaires de l’Iran avant 2003, voire au-delà. Téhéran a toujours nié avoir voulu ou vouloir se constituer un arsenal militaire nucléaire.

« En ce qui concerne la PMD, plusieurs mois seront nécessaires (pour obtenir des clarifications), cela dépend énormément de la coopération iranienne, mais cela ne sera pas un processus sans fin. Nous pourrons éclaircir cette question dans un délai raisonnable », a jugé Amano.

L’agence réclame par exemple l’accès au site militaire de Parchin, près de Téhéran. Ce site est soupçonné d’avoir abrité des tests d’explosions conventionnelles susceptibles d’être appliquées au nucléaire, ce que l’Iran dément.

En revanche, « obtenir des assurances crédibles sur le fait que toutes les activités nucléaires en Iran sont à but pacifique prendra des années », a souligné le patron de l’AIEA.

Si l’accord international sur le nucléaire iranien est conclu, l’agence sera chargée d’en contrôler la mise en oeuvre et d’en rendre compte devant le Conseil de sécurité des Nations unies. « Il s’agira de la plus importante opération de l’AIEA » et les besoins en hommes, financements et matériels seront conséquents, a averti Amano.

Alors qu’entre 4 et 10 inspecteurs de l’agence sont actuellement sur le terrain iranien quotidiennement, il en faudra au minimum 10 par jour en cas d’accord. « Mais il faudra aussi des caméras, des scellés… »

Amano n’a pas chiffré le montant d’une telle opération mais a rappelé que la mise en œuvre de l’accord intermédiaire conclu en novembre 2013 entre Téhéran et les grandes puissances, qui gèle une partie du programme iranien en échange d’un allègement des sanctions, représentait « un million d’euros additionnel » par mois.

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