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Iran : le chef du nucléaire veut une refonte rapide du réacteur d’Arak

L'Iran a par ailleurs crié victoire samedi au lendemain de son adhésion à l'Organisation de coopération de Shanghai

Réacteur à eau lourde d'Arak en Iran. (Hamid Foroutan/ISNA/AFP)
Réacteur à eau lourde d'Arak en Iran. (Hamid Foroutan/ISNA/AFP)

Le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) a dit vouloir relancer rapidement la refonte du réacteur à eau lourde d’Arak (centre) à des fins de recherche.

« Ce projet doit être reconfiguré et mis en service le plus rapidement possible », a déclaré Mohammad Eslami lors d’une visite jeudi sur le site et dont les propos sont rapportés samedi par la presse. Il n’a toutefois pas donné de date précise.

L’accord international sur le nucléaire iranien, conclu en 2015, prévoit la reconfiguration et la reconstruction du réacteur d’Arak afin de le transformer en un réacteur de recherche, incapable de produire du plutonium à usage militaire que l’eau lourde peut servir à confectionner.

En 2019, les autorités iraniennes avaient annoncé que le circuit secondaire du réacteur, qui « transfère la chaleur générée dans le cœur du réacteur vers des tours de refroidissement », était opérationnel, alors que le circuit primaire, qui contient le cœur du réacteur, était toujours en construction.

Téhéran avait déclaré la même année que le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire l’année précédente avait ralenti la refonte du réacteur d’Arak, menée par la Chine.

Le nouveau président-élu de l’Iran, Ebrahim Raissi, s’exprime lors d’une conférence de presse à Téhéran, en Iran, le lundi 21 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)

Bien décidé à se tourner vers l’Est pour contrer « l’unilatéralisme » de l’Occident, l’Iran a par ailleurs crié victoire samedi au lendemain de son adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), menée par la Russie et la Chine.

« C’est un succès stratégique et diplomatique », s’est félicité samedi à Téhéran le président iranien Ebrahim Raïssi, à son retour de Douchanbé, la capitale du Tadjikistan, où l’adhésion de Téhéran à cette alliance a été approuvée lors d’un sommet.

Journaux conservateurs comme réformateurs ont salué l’adhésion à l’OCS, une organisation qui se veut un pendant à l’influence américaine et représente pour Téhéran un immense marché potentiel.

L’Iran peinait depuis 2008 à obtenir son adhésion à l’alliance car plusieurs pays membres ne souhaitaient pas avoir dans leurs rangs un pays sanctionné par les Etats-Unis et les Nations unies en raison de son programme nucléaire.

Instituée en 2001 par la Chine, l’OCS regroupe la Russie et quatre Etats d’Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. Elle s’est élargie à l’Inde et au Pakistan en 2017.

Elle représente 60 % du continent eurasiatique, 50 % de la population mondiale et plus de 20 % du PIB mondial.

Selon Téhéran, les échanges commerciaux entre l’Iran et l’OCS ont atteint 28 milliards de dollars (près de 24 milliards d’euros) lors de l’année iranienne écoulée (mars 2020 à mars 2021), la Chine étant le principal bénéficiaire avec 18,9 milliards de dollars (plus de 16 milliards d’euros).

Outre les avantages économiques, l’Iran, dirigé depuis août par un gouvernement ultra-conservateur, voit aussi un avantage politique.

« Le monde est entré dans une nouvelle ère. L’hégémonie et l’unilatéralisme ont échoué », a dit M. Raïssi vendredi. Et d’ajouter que le monde se dirigeait désormais « vers le multilatéralisme et la redistribution des pouvoirs vers des pays indépendants ».

Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, s’exprime lors d’une interview à l’AFP à Vienne, le 30 novembre 2020. (Alex Halada/AFP)

L’annonce de la volonté iranienne de reconfigurer le réacteur d’Arak intervient quelques jours après un compromis sur la surveillance du programme nucléaire iranien, survenu lors de la visite à Téhéran du directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) Rafael Grossi.

Au cours de cette visite, les deux parties avaient annoncé que les inspecteurs de l’AIEA allaient « être autorisés à intervenir pour entretenir l’équipement et remplacer les disques durs » des caméras placées par l’agence onusienne dans les installations iraniennes.

Si M. Grossi a estimé que le nouvel accord permettait de « donner du temps à la diplomatie », il a toutefois assuré qu’il ferait preuve de « fermeté » vis-à-vis de l’Iran.

Symbole des tensions qui entourent les négociations, les médias ultra-conservateurs avaient choisi de publier en Une une photo de M. Eslami saluant dimanche dernier, avec un poing fermé, son hôte Rafael Grossi qui lui tendait la main.

De leur côté, face aux négociations qui patinent, les Etats-Unis ont exprimé la semaine dernière leur impatience et se sont dits « proches » d’abandonner leurs efforts pour sauver l’accord.

« Je ne vais pas donner de date, mais nous nous rapprochons du moment où un retour strict au respect du JCPOA (l’accord sur le nucléaire iranien) ne reproduira pas les avantages de cet accord », avait déclaré le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken.

« Parce que plus le temps passe et plus l’Iran continue à faire des progrès dans son programme nucléaire », avait-t-il déploré.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken après une conférence de presse au département d’État à Washington, le 2 août 2021. (Crédit : Brendan Smialowski/Pool via AP)

L’Iran a récemment remplacé son négociateur en chef sur le nucléaire. Appartenant au camp des modérés, Abbas Araghchi, qui dirigeait les négociations sur le nucléaire depuis 2013, a été rétrogradé de vice-ministre des Affaires étrangères à simple conseiller, a annoncé mardi soir la diplomatie iranienne.

Nommé à ce poste par l’ancien président Hassan Rouhani, M. Araghchi avait joué un rôle clé dans l’accord international sur le nucléaire iranien signé en 2015 à Vienne et torpillé trois ans plus tard par la décision des Etats-Unis de s’en retirer.

Il est remplacé comme vice-ministre par Ali Baghéri, un proche du nouveau président ultra-conservateur Ebrahim Raïssi. Le ministère n’a pas précisé si M. Baghéri, connu pour son refus de toute concession aux Occidentaux, devenait également négociateur en chef pour les pourparlers sur le nucléaire.

« La nomination de M. Baghéri doit être considérée comme un avertissement sérieux à l’Occident car il est probable que la nouvelle équipe remettra en question la base du pacte sur le nucléaire et abandonnera tous les engagements de l’Iran si les Américains retardent leur retour à l’accord », a estimé auprès de l’AFP l’analyste Mehdi Zakerian.

« Dans le gouvernement de M. Raïssi, les personnages clé à la table des négociations sont désormais Mohammad Eslami, chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, et Ali Baghéri », selon lui.

Le chef de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran, Mohammad Eslami, au centre, s’exprime lors d’un point de presse conjoint avec le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, (AIEA), Rafael Mariano Grossi, deuxième à droite, à Téhéran, Iran, dimanche 12 septembre 2021. (Crédit : Organisation de l’énergie atomique d’Iran via AP)

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