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Iran : Le fondateur des Gardiens de la Révolution, exilé aux US, dénonce une « machine à tuer »

Selon Mohsen Sazegara, cette force créée pour répondre à des menaces sécuritaires majeures, a été dévoyée et utilisée pour réprimer et tuer le peuple

Le journaliste et dissident iranien Mohsen Sazegara s'adresse à la presse à Téhéran le 6 octobre 2003. Libéré de prison après une grève de la faim qui avait suscité une vive inquiétude quant à son état de santé, il a été libéré sous caution de six milliards de rials (750 000 dollars), a indiqué un membre de sa famille à l'AFP. (Crédit : HENGHAMEH FAHIMI / AFP
Le journaliste et dissident iranien Mohsen Sazegara s'adresse à la presse à Téhéran le 6 octobre 2003. Libéré de prison après une grève de la faim qui avait suscité une vive inquiétude quant à son état de santé, il a été libéré sous caution de six milliards de rials (750 000 dollars), a indiqué un membre de sa famille à l'AFP. (Crédit : HENGHAMEH FAHIMI / AFP

Mohsen Sazegara, l’un des fondateurs du corps des Gardiens de la révolution islamique en 1979 et ancien proche de l’ayatollah Khomeyni, affirme avoir créé « un monstre dressé contre le peuple » iranien, accusant cette force d’être au cœur de la répression meurtrière menée par le régime, dans un récent entretien au Figaro Magazine.

Selon Mohsen Sazegara, aujourd’hui exilé aux États-Unis, le corps des Gardiens de la révolution, initialement conçu comme une force populaire destinée à défendre l’Iran après la révolution islamique, s’est transformé en « machine à tuer » dirigée contre la population. « Cette organisation aurait pu être celle du peuple, pour le peuple et par le peuple », déclare-t-il. « Elle est devenue un monstre qui s’oppose au peuple. »

Depuis le début des manifestations en Iran fin décembre, cette milice idéologique, considérée comme l’un des principaux instruments de répression du régime, est accusée par plusieurs ONG de crimes contre l’humanité, notamment d’exécutions sommaires, de tortures, de viols et de disparitions forcées.

Ancien compagnon de route de l’ayatollah Khomeyni, Mohsen Sazegara décrit le fondateur de la République islamique comme un dirigeant « partisan de la mise en œuvre sans compromis de la charia », dont la pensée s’inscrivait, selon lui, dans une idéologie proche de celle des Frères musulmans. Il lui reproche également d’avoir renié les engagements pris durant son exil en France avant la révolution de 1979.

Le dissident explique que les Gardiens de la révolution ont été créés pour répondre à des menaces sécuritaires majeures, notamment la crainte d’un coup d’État militaire et d’une attaque étrangère, une analyse qu’il jugeait alors confirmée par l’invasion de l’Iran par l’Irak en 1980. Selon lui, cette force a ensuite été dévoyée et utilisée pour réprimer et tuer la population.

Il affirme que la répression actuelle s’appuie sur un ensemble de forces comprenant les Gardiens de la révolution, la milice Basij, la force al-Qods, ainsi que des combattants étrangers aguerris par la guerre en Syrie. Il avance des estimations allant de plusieurs milliers à plusieurs dizaines de milliers de morts lors des récentes manifestations, tout en soulignant que les coupures de communication rendent toute évaluation précise difficile.

Mohsen Sazegara estime aujourd’hui à environ 180 000 le nombre de membres des Gardiens de la révolution, une organisation qu’il décrit comme « un dragon à plusieurs têtes », mêlant appareil sécuritaire, renseignement, forces militaires spécialisées et vaste empire économique. Il affirme que seule une minorité de membres, « environ 10 % », se trouve aux sommets de la hiérarchie, est « corrompue, impliquée dans les tueries et sert directement le Guide suprême ».

Pour l’ancien dirigeant révolutionnaire, « ce qui s’est passé [ces dernières semaines] en Iran, depuis le début des massacres de civils, constitue un crime contre l’humanité ». Il soutient les initiatives visant à documenter les violations et à poursuivre les responsables devant une juridiction internationale, tout en plaidant pour une justice transitionnelle inspirée du modèle sud-africain afin d’éviter de nouvelles violences.

Il estime enfin que la République islamique a « perdu toute légitimité », minée par une crise économique profonde, une corruption généralisée et le rejet populaire du système du « velayat-e faqih », la gouvernance par le Guide suprême. Selon lui, l’unité des forces d’opposition autour de la démocratie, de la laïcité et des droits humains est possible et constitue la condition d’un changement durable dans le pays.

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