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Opinion

Iran – le pari, le péché originel et l’impensable conséquence

Rien, si ce n'est une menace militaire crédible - et certainement pas des négociations avec des Américains désireux de relancer un accord qui a échoué - ne dissuadera les ayatollahs de se doter de la bombe

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Sur cette photo d'archive du 3 février 2007, un technicien travaille à l'installation de conversion d'uranium juste à l'extérieur de la ville d'Ispahan, en Iran. (Crédit : AP Photo / Vahid Salemi, dossier)
Sur cette photo d'archive du 3 février 2007, un technicien travaille à l'installation de conversion d'uranium juste à l'extérieur de la ville d'Ispahan, en Iran. (Crédit : AP Photo / Vahid Salemi, dossier)

Ayant échoué dans ses efforts très médiatisés pour dissuader l’administration Obama de sceller l’accord radicalement mauvais de 2015 avec l’Iran, la stratégie ultérieure du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour contrecarrer la volonté des ayatollahs de se doter de l’arme nucléaire s’est appuyée sur une série de jugements calculés ou, peut-être plus exactement, de paris.

Tout d’abord, Netanyahu a encouragé le retrait de l’administration Trump de l’accord et l’imposition de sanctions de « pression maximale », dans la conviction ou l’espoir qu’une combinaison de pressions économiques, de troubles intérieurs consécutifs et de la menace d’une action militaire dirigée par les États-Unis pourrait contraindre le régime à mettre de côté son désir d’obtenir la bombe.

Deuxièmement, il comptait sur le fait que l’administration Trump serait prête à mener une action militaire, ou à soutenir et à faciliter une action militaire israélienne, si le moment arrivait où rien d’autre ne pourrait arrêter le programme nucléaire militaire de Téhéran – et si, pour reprendre le résumé concis et imagé de feu le chef du Mossad, Meir Dagan, l’épée était sous notre gorge.

Et bien évidemment, par extension, Netanyahu a parié sur le fait que Donald Trump gagnerait un deuxièe mandat, plutôt que de perdre face à un rival démocrate susceptible de chercher à rétablir le JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action / Plan d’action global commun) de 2015.

Inutile de dire que cette stratégie a échoué. Un régime indifférent au bien-être de ses citoyens, tant que son maintien au pouvoir est assuré, a résisté à la pression des sanctions et, comme on pouvait s’y attendre, a commencé à violer ouvertement les paramètres déjà laxistes du JCPOA.

Autorisé, selon les termes de l’accord, à conserver un grand nombre de ses centrifugeuses et à poursuivre ses recherches sur des modèles plus efficaces, le régime a développé et installé certains de ces modèles plus performants et a progressivement enrichi des quantités croissantes d’uranium à des niveaux de plus en plus élevés – désormais à deux doigts de la qualité militaire.

Violant les clauses poreuses de l’accord sur les inspections de l’ONU, Téhéran a également restreint et même expulsé des équipes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) de certaines des installations qui auraient été démantelées dans le cadre d’un accord efficace.

Aujourd’hui, personne ne sait ce que le régime fait dans les installations dont nous avons connaissance, et encore moins quels progrès il peut faire en matière d’armement et de livraison dans les installations dont nous ne savons rien ou presque.

Le président américain Donald Trump, (à gauche), et le Premier ministre Benjamin Netanyahu se rendent à une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (Crédit : AP Photo/ Evan Vucci)

La stratégie à haut risque de Netanyahu était fondée sur la conviction discutable mais pas indéfendable que le mauvais accord de 2015 était pire que pas d’accord du tout.

Ce qui était intenable, mais qui est reconnu aux niveaux les plus élevés de l’establishment sécuritaire israélien, c’est qu’après la signature de l’accord, Israël n’a pas réussi à mettre continuellement à jour sa planification et sa formation pour un éventuel recours à la force.

Pire encore, les dirigeants politiques n’ont pas alloué suffisamment de fonds et l’establishment sécuritaire n’a pas exercé une pression suffisante sur ses maîtres politiques pour s’assurer qu’Israël était aussi prêt et capable que possible de contrer militairement la marche continue de l’Iran vers la bombe après que Trump s’est retiré de l’accord en 2018 et que les Iraniens eurent commencé à en violer ouvertement les termes.

Ainsi, Israël se retrouve aujourd’hui à jouer à un rattrapage militaire frénétique, se précipitant pour développer de nouveaux plans opérationnels pour contrecarrer un Iran qui est largement évalué comme étant capable d’enrichir des quantités suffisantes d’uranium de qualité militaire pour une bombe en l’espace de quelques semaines s’il le souhaite, et dont le calendrier pour finaliser l’armement et la livraison nous reste inconnu.

Le vice-président Joe Biden (à gauche) écoute le discours du président Barack Obama dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 14 juillet 2015, après la conclusion d’un accord nucléaire avec l’Iran. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik, Pool)

Il ne devrait pas y avoir d’oubli : le péché originel, dans la saga lugubre de la marche d’un régime génocidaire vers la bombe et de l’incapacité d’un monde libre à le contrecarrer, a été cet accord de 2015 – dont les dispositions incomplètes et les clauses de caducité n’ont pas permis d’atteindre l’objectif vital : démanteler le programme d’armes nucléaires dévoyé d’un régime prédateur qui cherche ouvertement et sans relâche à éliminer l’État d’Israël et menace le monde libre, et s’assurer que ce programme ne puisse pas être ressuscité.

Par conséquent, le défi consiste maintenant à contrecarrer un Iran enhardi et très avancé, presque au seuil nucléaire, et ce, en partant d’une position de négociation bien moins prometteuse qu’en 2015.

Mais alors que les États-Unis et l’Iran ont repris les négociations indirectes à Vienne cette semaine, rien n’indique que l’administration Biden – qui a indiqué un profond désir de revenir à cet accord défaillant – soit disposée à galvaniser le type de pression qui pourrait faire réfléchir les ayatollahs.

Malgré toutes ses promesses chaleureuses de solidarité avec son grand allié Israël, et l’engagement public de M. Biden devant le Premier ministre Naftali Bennett dans le Bureau ovale en août « de veiller à ce que l’Iran ne développe jamais d’arme nucléaire », le président et son équipe préfèrent ne même pas parler d’une option militaire en cas d’échec de la diplomatie, choisissant plutôt de parler vaguement d’ « autres options ».

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, à gauche, donne son sceau d’approbation officiel au président nouvellement élu Ebrahim Raisi lors d’une cérémonie d’approbation à Téhéran, en Iran, le 3 août 2021. (Crédit : Bureau du guide suprême iranien via AP)

Cela va à la racine du refus des États-Unis d’intérioriser pleinement la nature du régime ennemi de Téhéran et les dangers qu’il représente. Le régime a interrompu une grande partie de son programme nucléaire en 2003, après l’invasion de l’Irak par les États-Unis, de peur d’être la prochaine cible des Américains. Arrêté, et non démantelé, comme l’a souligné l’époustouflant pillage en 2018 par le Mossad de ses archives d’armes nucléaires à Téhéran.

Rien, si ce n’est une menace militaire crédible – pas une pression économique maximale, et certainement pas des négociations indirectes avec une administration américaine qui a à cœur de conclure un accord – ne va dissuader les ayatollahs, idéologiquement et territorialement rapaces, maintenant.

Nous nous rapprochons ainsi de plus en plus de l’impensable dénouement contre lequel Israël tente depuis si longtemps de mettre le monde en
garde : le choix brutal entre un Iran nucléaire et un recours désespéré à la force militaire pour tenter de l’arrêter.

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