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Iran: pour la presse, l’exécution d’un trader corrompu est un « message »

Un courtier surnommé "le Prince des pièces d'or" par les médias iraniens et son "complice", ont été pendus moins d'un mois après leur condamnation pour "corruption sur Terre"

Exécution par pendaison en Iran. Illustration. (Crédit : Arash Khamooshi/ISNA/AFP)
Exécution par pendaison en Iran. Illustration. (Crédit : Arash Khamooshi/ISNA/AFP)

La presse iranienne a largement couvert jeudi l’exécution, la veille de deux personnes reconnues coupables de corruption pour leur implication dans un trafic d’or et de devises, voyant dans leur pendaison un « message clair » adressé aux personnes cherchant à « perturber l’économie » iranienne.

Vahid Mazloumine, un courtier surnommé « le Prince des pièces d’or » par les médias iraniens, et Mohammad-Esmaïl Ghassémi, présenté comme son complice, ont été pendus moins d’un mois après leur condamnation pour « corruption sur Terre », l’un des chefs d’accusation les plus graves en Iran, selon Mizan Online, qui dépend de l’Autorité judiciaire.

L’histoire a fait la une de plusieurs journaux ultraconservateurs, qui ont repris des extraits d’une interview avec Mazloumine réalisée en prison par Mizan Online peu avant son exécution.

« L’exécution des corrupteurs de l’économie a commencé avec celle du Prince » des pièces d’or, titre ainsi le quotidien Javan, qui publie en première page une photo en plan rapproché de Mazloumine prise pendant son interview par Mizan et le montrant en train de fumer crânement une cigarette.

La même photographie apparaît sur cinq colonnes à la une de Vatan-é Emrouz, avec le titre : « Le Prince des pièces d’or a été pendu ».

Autre journal ultraconservateur, Keyhan appelle à juger désormais « les responsables du système bancaire […] qui ont trempé dans cette affaire de corruption ».

Pour Jam-é Jam, quotidien édité par la télévision d’État, et qui reproduit en une un dessin réalisé à partir de la photo de Mazloumine fumant, sa pendaison envoie un « message clair » aux autres « corrupteurs de l’économie ».

La presse réformatrice couvre la pendaison de Mazloumine et Ghassémi de manière plus factuelle, plutôt en pages intérieures, certains publiant une photo des deux hommes, poignets et chevilles menottés, prise alors qu’ils semblent se diriger vers l’échafaud.

Après plus de trois ans et demi de relative stabilité sur le marché des changes, le rial iranien s’est effondré depuis l’automne 2017 sur fond de craintes pour l’économie iranienne dans la perspective du retour des sanctions américaines (rétablies depuis août à la suite du retrait des États-Unis de l’accord international sur le nucléaire iranien de 2015).

Le mouvement a été alimenté par des opérations de spéculation et une ruée des Iraniens sur le billet vert et d’autres valeurs refuges comme l’or, par crainte d’un retour d’une très forte inflation.

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