Israël a de « formidables opportunités » en matière de technologie médicale
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Israël a de « formidables opportunités » en matière de technologie médicale

Des responsables du secteur de la technologie médicale expliquent pourquoi la Start-up nation peut profiter d’un développement de la médecine numérique et personnalisée

Des chirurgiens dans un bloc opératoire (Crédit : Nati ShohaT/Flash 90)
Des chirurgiens dans un bloc opératoire (Crédit : Nati ShohaT/Flash 90)

La transformation de l’industrie pharmaceutique mondiale, où la médecine devient de plus en plus personnalisée et numérique, représente une formidable opportunité pour Israël. La nation pourrait associer le dynamisme de ses recherches scientifiques médicales avec la puissance de ses technologies numériques et les prouesses en matière d’apprentissage automatique, ont expliqué des chefs d’industrie lors d’un entretien.

« Israël est une mine d’or d’innovation et de talent sur l’ensemble du spectre des sciences de la vie et des technologies informatiques », a déclaré Iris Grossman, responsable du Bureau scientifique en chef de Camp4 Therapeutics, basé à Cambridge dans le Massachussets, qui était auparavant en charge de mettre en place le département de la médecine personnalisée du fabricant israélien de médicaments Teva Industries Pharmaceutiques Ltd.

« Il y a une opportunité unique et formidable d’associer ces deux domaines et l’innovation croissante dans la découverte et le développement de médicaments qui transformeraient les pratiques traditionnelles de recherche et développement », a-t-elle écrit dans un entretien par courriel au Times of Israël.

Le pays, célèbre pour ses technologies de l’information et pour ses prouesses en matière de sécurité informatique, est aussi le foyer de plus de 1 400 entreprises israéliennes dans le domaine des Sciences de la vie.

Iris Grossman, responsable du Bureau scientifique en chef de Camp4 Therapeutics, basé à Cambridge dans le Massachussets ancienmment chargée de l’unité de pharmacologie personnalisée chez Teva. (Autorisation)

Cela comprend 300 entreprises pharmaceutiques, près de 600 entreprises d’appareils médicaux, et 450 entreprises du domaine de la santé numérique qui travaillent à développer des solutions dans les neurosciences, l’oncologie, l’immunologie, la recherches sur les cellules souches, selon les données fournies par l’Autorité de l’innovation d’Isaël, en charge de mettre en place les politiques du pays dans le secteur de la haute technologie.

Et ce n’est pas tout. Le pays dispose d’une véritable mine de données médicales électroniques détaillées qui le placent dans une position unique pour faire avancer la transformation numérique du domaine de la santé. Cette avancée est soutenue par le gouvernement qui a mis en place un plan de Santé numérique national en mars afin de créer une base de données des dossiers médicaux des quelque 9 millions de résidents, afin de les mettre à disposition des chercheurs et des entreprises.

Les dépenses mondiales pour la santé devraient atteindre les 8,3 billions d’euros en 2018, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des géants de la technologie, comme Apple Inc., Intel Corp, Facebook et IBM ont tous commencé à investir dans le domaine, selon l’entreprise spécialisée dans les données CB Insights, qui est basée à New York.

En septembre, Mazor Robotics Ltd., une entreprise israélienne de la biotechnologie qui développe des systèmes robotiques chirurgicaux, a déclaré avoir été achetée par Medtronic, entreprise irlando-américaine d’appareils médicaux, pour la somme de 1,44 milliard d’euros, la plus importante « sortie » pour une entreprise israélienne de la biotechnologie.

En août 2017, Gilead sciences Inc., entreprise américaine biopharmaceutique, a annoncé avoir trouvé un accord pour acheter Pharma Kite, fondée en Israël, pour environ 10,5 milliards d’euros, en argent comptant. La technologie au cœur des thérapies cellulaires de Kite Pharma a été créée par le professeur Zelig Eshhar de l’Institut de la Science Weizman d’Israël.

Un chirurgie examine une modélisation 3D de la colonne vertébrale d’un patient avant une intervention, avec le système Mazor Renaissance (Autorisation)

« Une compréhension scientifique en profondeur est la clef du développement d’une médecine personnalisée », a expliqué par email Gil Granot-Mayer, le PDG de Yeda recherche et développement Co. Ltd, le département de transfert de technologie de l’Institut de la Science Weizmann, qui commercialise des technologies.

« Nos capacités à comprendre les causes personnelles de maladies à un niveau cellulaire et à développer des outils en vue d’un diagnostic préventif et d’un traitement sont toutes basées sur une compréhension en profondeur et des capacités de haut niveau ».

Israël dispose « d’innovations exceptionnelles » dans les technologies de la santé, a déclaré Granot Mayer, mais beacoup ne sont pas développées. « Si l’éco-système n’est pas bien développé, nous continuerons à avoir peu de chances de réussir la commercialisation et à créer de la valeur », a-t-il expliqué.

C’est ici qu’intervient l’organisation à but non-lucratif, le Réseau de Santé 8400, qui vise à créer cet éco-système pour aider Israël à atteindre tout son potentiel dans un domaine qui pourrait de loin être de loin l’un de ses plus puissants moteurs de croissance à l’avenir.

« Notre objectif vise à utiliser les atouts intellectuels et numériques ainsi que le capital humain du pays pour accélérer la mise au point de traitements pour répondre aux défis mondiaux fondamentaux en matière de santé, tout en construisant un moteur puissant de croissance économique pour Israël », a déclaré Dapha Murvitz, PDG et co-fondatrice de l’organisation à but non-lucratif.

Gil Granot-Mayer,PDG de Yeda Research and Development. (Autorisation)

Le réseau 8400, fondé en juin 2017 par le milliardaire Marius Nacht, co-fondateur de l’entreprise de sécurité informatique Check Point Technologies de Logiciels Ltd évaluée à 15 milliards d’euros, a pour objectif de rassembler les cerveaux les plus brillants au croisement du domaine de la santé et de la technologie pour développer le statut d’Israël en tant leader du secteur des sciences de la vie.

Murvitz a co-fondé le réseau 8400 en compagnie de Nacht et de Yair Schindel.

L’idée est mettre en place des programmes de leadership pour créer un réseau de 400 personnes sur huit ans, d’où le nom de l’ONG, 8400 (il fait aussi penser au nom de l’unité d’élite du renseignement militaire 8200, qui a donné naissance à de nombreux entrepreneurs du secteur technologique en Israël).

Le réseau 8400 a déjà recruté son deuxième groupe de 66 membres pour son programme de leadership, a déclaré Murvitz.

Le groupe est composé de professionnels de la technologie médicale, d’entrepreneurs, d’officiels du gouvernement, de membres du monde universitaire, d’hôpitaux locaux et de divisions de transfert technologique d’universités. Ils apporteront leurs talents et participeront au groupe de réflexion sur des projets visant à promouvoir l’industrie et à combler les fossés de l’éco-système dans des domaines comme la régulation, le financement et la collaboration sur les grandes données.

Dapha Murvitz, PDG et cofondatrice du 8400 The Health Network (Autorisation)

« La seule façon de capitaliser sur le potentiel de l’industrie des technologies médicales passe par l’unité des différents acteurs du secteur afin qu’ils puissent apprendre et créer des solutions ensemble pour mieux surmonter ces difficultés », a expliqué Murvitz.

L’idée est de rassembler ces talents et d’apprendre les meilleures pratiques des éco-systèmes de sciences de la vie dans le monde, de prévoir les points de blocages potentiels et de retirer les freins qui empêchent la croissance de l’éco-système », a-t-elle déclaré.

Les nouveaux membres du groupe qui rejoignent le programme de leadership 8400 vont travailler ensemble pendant 18 jours sur huit mois – dont 12 en Israël et les autres jours à l’école de commerce d’Harvard, en participant à un programme de leadership pour cadres, organisé conjointement avec le Groupe d’Investissement Mendham dans le New Jersey.

Ils vont ensuite rejoindre le réseau 8400 comme des membres actifs pour travailler vers un objectif commun.

« Il y a quelque chose dans la mentalité israélienne qui facilite la culture de l’innovation : les systèmes et les organisations sont assez ouverts et flexibles aux changements », a déclaré le docteur Nathalie Bloch, qui préside le Centre d’Innovation Sheba ARC au Centre médical Sheba de Tel Aviv.

Le Centre médical cherche à mettre à jour le système de santé de l’hôpital en associant, investissant et développant de nouvelles technologies, avec une focalisation spécifique sur la santé numérique, et particulièrement dans des domaines comme la médecine de précision, les grandes données, l’analyse prédictive, le télémédecine, et la santé mobile, a-t-elle déclaré dans un email au Times of Israël.

Dr Nathalie Bloch chef de l’ARC-Sheba Innovation Center au centre médical Sheba à Tel Aviv. (Autorisation)

Israël dispose de nombreux avantages par rapport à d’autres pays, a-t-elle souligné. « Nous avons un numéro d’identité pour chaque personne et ce document d’identité permet de suivre en continuation le parcours de santé à travers tout le cycle ».

En outre, a-t-elle remarqué, « nous avons seulement quatre compagnies d’assurance médicale et il y a une loi nationale qui impose de bénéficier d’une couverture santé médicale. Cela signifie que que nous avons tout l’historique médical de chaque personne en Israël. C’est un énorme avantage quand on veut développer une grande base de données et des modèles prédictifs ».

Granot-Mayer, Bloch et Grossman sont aujourd’hui tous membres du réseau 8400.

Il y a pourtant de nombreux défis qui se dressent sur le chemin avant qu’Israël n’atteigne tout son potentiel : des start-ups aux premières étapes du développement ont encore un « énorme problème » pour se financer, a déclaré Granot-Mayer. La nation a aussi besoin de s’assurer qu’elle met en place une réserve de talents qui a la capacité à la fois de créer et de diriger des entreprises israéliennes provenant de ces technologies.

La régulation peut aussi représenter un énorme frein, a déclaré Bloch de Sheba.

« Le fait de devoir constamment protéger nos patients ralentit et complique les choses », a-t-elle noté. Les starts-up ne peuvent pas attendre longtemps – chaque jour leur coûte de l’argent et ils peuvent ‘mourir’ avant d’avoir obtenu toutes les autorisations nécessaires ».

Les hôpitaux doivent aussi recevoir des programmes qui les aident à modifier leurs modèles commerciaux afin de faciliter la mise en place de la bonne infrastructure pour les données et les outils analytiques. Dans le même temps, la régulation, « qui est assez en retard », doit être mise à jour afin de permettre aux hôpitaux de piloter des nouvelles technologies et d’utiliser l’infrastructure cloud, a déclaré Bloch.

« Des partenariats stratégiques avec des grandes organisations pharmaceutiques et informatiques, l’investissement dans l’infrastructure, l’éducation et l’innovation en matière de régulation sont autant de facteurs importants pour concrétiser » le rêve de voir Israël à la pointe de l’industrie de la santé, a expliqué Grossman de Camp4.

« La concrétisation demande de l’application, de la passion et une véritable collaboration à tous les niveaux ».

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