Israël à l’Eurovision : l’échec du groupe Ping Pong en 2000
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Israël à l’Eurovision : l’échec du groupe Ping Pong en 2000

Les artistes, non professionnels, ont terminé à la 22e place sur 24 et provoqué en Israël un large scandale politique, au point d'être désavoués par le pays la veille de la finale

Dans une série de cinq articles publiés tout au long de la semaine dernière, le site du journal 20 Minutes proposait à ses lecteurs de se plonger dans les archives de l’Eurovision « pour évoquer les chansons marquantes du pays organisateur de l’édition 2019, Israël ».

Dans son quatrième article, publié jeudi, 20 Minutes est revenu sur l’édition 2000, organisée à Stockholm (Suède), lors de laquelle Israël a subi un échec cuisant et terminé à la 22e place sur 24, malgré l’espoir de paix que pouvait symboliser la chanson présentée.

Cette année-là, Israël était représenté par le groupe Ping Pong et sa chanson « Sameyakh » (« Quel pied ! »). Un plantage « polémique, politique et poétique », affirme le journal.

Le morceau choisi par le comité israélien parmi 83 autres propositions évoque une jeune femme israélienne qui, depuis son kibboutz, pense et fantasme sur son amant syrien. Le manque est tel que la femme en vient à « vouloir un concombre », selon la chanson.

Ainsi, sur scène, le soir de la finale, les quatre artistes s’amusent avec… des concombres, mais surtout, en plus des drapeaux israéliens, des drapeaux syriens. Cela fut perçu par la délégation israélienne comme une provocation dès les répétitions. Les deux hommes ont également échangé un baiser homosexuel sur scène.

Selon Alon Amir, ancien responsable presse de la délégation israélienne à l’Eurovision, interrogé par 20 Minutes, « le message de leur chanson était clair, mais ils chantaient en hébreu. Ils n’ont pas réussi à transmettre le message, mais surtout, ils chantaient très mal ».

La déconvenue s’explique : les artistes, deux hommes et deux femmes, ne sont pas professionnels et n’ont jamais pris au sérieux le concours.

Dans le clip de leur morceau, du réalisateur Eytan Fox, passé inaperçu avant le concours, le quatuor s’amusaient déjà avec des concombres, arboraient un keffieh et s’embrassaient sur la bouche. Pour eux, les drapeaux syriens sur scène comme le keffieh dans le clip étaient symboles de paix.

« La chanson parle d’amour et de paix, alors on pensait que ce serait une bonne idée d’utiliser les drapeaux de la Syrie et d’Israël parce qu’on souhaite la réconciliation avec les pays arabes », avait déclaré Eytan Fox au Guardian.

Suite à la polémique après les répétitions, Israël demande au groupe de ne pas agiter de drapeaux syriens lors de la finale. Ordre auquel le groupe n’a pas l’intention d’obéir. La veille de la finale 2000, Gil Samnsonov, président de l’Autorité de radiodiffusion israélienne (IBA), déclare ainsi officiellement : « Ils participeront, mais pas au nom de l’IBA, ni des Israéliens. Ils ne représenteront qu’eux-mêmes. (…) Cela a commencé par de la provocation sexuelle et cela a tourné à la provocation politique. Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? Tout le monde sait que les Israéliens veulent la paix avec la Syrie. »

Plus tard, au sujet des drapeaux, Roy Arad, l’un des chanteurs, déclarera dans le documentaire « The Loser Takes It All » consacré à l’affaire : « C’est la chose dont je suis le plus fier de toute ma vie. »

Suite au scandale provoqué, leur maison de disques rompt le contrat avec le groupe et cesse la commercialisation de leur album. Avant l’Eurovision, la chanson « Sameyakh » s’était pourtant classée en tête des ventes.

« Quand ils sont rentrés en Israël, [les artistes] n’étaient pas aimés. Ils avaient fait un mauvais résultat et personne n’a plus vraiment entendu parler d’eux », explique Alon Amir. « Aujourd’hui, quand les gens entendent cette chanson, ça leur donne le sourire. »

Le coup d’envoi du concours de l’Eurovision 2019, d’une durée de cinq jours, sera donné demain mardi 14 mai à Tel Aviv, avec 41 pays participants. La finale aura lieu le 18 mai. Israël a remporté l’édition 2018 de l’Eurovision grâce à la chanson « Toy » de Netta Barzilai. Suite à cette victoire, le pays accueille le concours cette année, pour la troisième fois de l’histoire de l’Eurovision.

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