Israël célèbre 40 ans de théâtre alternatif à Akko
Rechercher

Israël célèbre 40 ans de théâtre alternatif à Akko

Créé il y a 40 ans par Oded Kotler, le Akko Fringe Theatre Festival est le plus grand évènement théâtral du pays et avait l’ambition d’accueillir ce mois quelque 120 000 visiteurs

Une représentation a lieu pendant le festival Acre in Hebrew Fringe Theater Festival à Acre, le 16 octobre 2019. (EMMANUEL DUNAND / AFP)
Une représentation a lieu pendant le festival Acre in Hebrew Fringe Theater Festival à Acre, le 16 octobre 2019. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

À pas feutrés, Oded Kotler se fraie un chemin parmi la foule enthousiasmée par le spectacle des saltimbanques invités à se produire au festival d’Akko (Saint-Jean-d’Acre), ville portuaire du nord d’Israël.

Avec son air décontracté, en cette chaude soirée d’automne, l’octogénaire fait figure d’anonyme parmi les baladins en tenues d’acrobates ou de clowns, qui évoluent sous le regard émerveillé des passants.

C’est pourtant lui qui, avec d’autres passionnés, a créé il y a 40 ans ce forum artistique décalé et féérique, devenu le rendez-vous incontournable de la scène alternative et du théâtre de rue en Israël.

Plus grande manifestation théâtrale du pays, il avait l’ambition d’accueillir cette année quelque 120 000 visiteurs.

« Elan créatif »

« J’en avais assez du théâtre institutionnel, je voulais faire quelque chose de plus expérimental », confie-t-il à l’AFP. « Insuffler à la jeune génération un nouvel élan créatif. »

À l’image d’Akko, ville côtière où cohabitent Juifs et Arabes israéliens, les descendants de Palestiniens restés sur leurs terre à la création d’Israël en 1948, ce festival « fringe » détonne dans le pays.

Les artistes du Nurit Katzir Jerusalem Theater Center présentent « Beauty salon » pendant le Akko Fringe Theater Festival à Akko, le 16 octobre 2019. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Il propose des œuvres qui mélangent les genres, les disciplines et « apporte quelque chose de différent », affirme Sophia Nolar, jeune metteuse en scène de 30 ans.

Pendant le festival qui coïncide avec la fête juive de Souccot, la ville d’Akko se pare de mille feux et échafaudages, pour le bonheur de tous comme la famille d’Eyad Tamish, un Arabe israélien.

« On vient chaque année, c’est intéressant, on ne voit pas ça tous les jours », déclare Eyad, 39 ans, accompagné de son jeune fils Ibrahim, juché sur ses épaules, et de sa femme Hana.

Du 14 au 17 octobre, une soixantaine de compagnies israéliennes et étrangères – venues d’Italie, de Chine, d’Inde et des Etats-Unis – ont présenté leurs créations, sur scène mais aussi dans les ruelles de la vieille ville antique.

Oded Kotler, le fondateur de l’Akko Fringe Theatre Festival pose pour une photo pendant le festival à Akko, le 16 octobre 2019. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Les sites archéologiques comme la Forteresse de l’Ordre des Hospitaliers, datant de l’époque des Croisades, ont servi de décor aux représentations colorées, alliant musique, danse et jeu.

Né en 1937 à Tel-Aviv, Oded Kotler a été tour à tour acteur et réalisateur. Pilier de la scène artistique israélienne, il a notamment dirigé le prestigieux festival d’Israël de 1985 à 1990.

« Audacieux »

Souvent, dans ses créations, il évoque la situation politique du pays, notamment le conflit avec les Palestiniens.

Pour la première fois depuis qu’il a créé le festival, Oded Kotler a présenté une pièce. Se basant sur trois mythes anciens, « la malédiction » relate la chute de la dynastie d’Athré dans la Grèce antique mais questionne surtout les atteintes à la démocratie.

« C’est l’histoire d’un pays qui fait quelque chose d’idiot, en l’occurrence se lance dans l’expédition de Troie parce ce que son roi l’a décidé, estimant que le pays lui appartient », dit-il.

Une allusion à peine voilée au pouvoir, et « aux politiciens de droite » qu’il accuse de « tenter d’imposer leurs idées ».

« On ne parle presque plus (…) de réconciliation et de paix » avec les Palestiniens, déplore-t-il.

En attendant la paix, Oded Kotler est optimiste pour l’avenir de son festival, « audacieux » et « irrévérencieux », à son image.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...