Israël cherche à clarifier l’effet du décret Trump sur certains de ses ressortissants
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Israël cherche à clarifier l’effet du décret Trump sur certains de ses ressortissants

Environ 140 000 Israéliens sont nés dans l'un des 7 pays concernés par le décret ; Un juif iranien et sa mère sont bloqués dans un pays non identifié

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier d'Arnona, à Jérusalem, qui pourrait accueillir la future ambassade américaine en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)
Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier d'Arnona, à Jérusalem, qui pourrait accueillir la future ambassade américaine en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Israël a indiqué lundi qu’il cherchait à clarifier si le décret du président Donald Trump interdisant l’entrée aux Etats-Unis à des personnes originaires de sept pays majoritairement musulmans affectait des dizaines de milliers de juifs israéliens nés à l’étranger.

Signé vendredi, le décret qui a semé la confusion et provoqué la controverse à travers le monde, interdit l’entrée aux Etats-Unis pendant 90 jours aux ressortissants d’Iran, d’Irak, de Libye, de Somalie, de Soudan, de Syrie et du Yémen.

Environ 140.000 personnes nées dans l’un de ces pays vivent actuellement en Israël, dont environ 45.000 Iraniens et 53.000 Irakiens, selon des statistiques officielles israéliennes. La majorité ont plus de 65 ans et nombre d’entre eux ont fui les persécutions. Leur passeport israélien indique leur lieu de naissance.

Interrogé, le consulat américain à Jérusalem a renvoyé les questions au département d’Etat, qui n’avait pas précisé lundi après-midi si le décret s’appliquait aux Israéliens juifs nés dans l’un des sept pays.

Les autorités israéliennes cherchent à clarifier la situation, a dit à l’AFP le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon.

Michael Wildes, un avocat spécialisé dans les lois migratoires aux Etats-Unis, a souligné le flou du décret. Ce dernier parle d’étrangers en provenance de certains pays, mais ne dit pas clairement si le lieu de naissance d’un individu le place dans tous les cas sous le coup du texte, a-t-il dit au téléphone.

« Soit le Congrès (américain) légifère, soit le président clarifie le décret, mais d’ici là, je déconseille à quiconque originaire d’un de ces pays de voyager », a-t-il dit.

Meir Javedanfar, un Israélien né en Iran et professeur spécialisé dans la politique iranienne à l’université israélienne de Herzliya, a indiqué que les Israéliens nés dans les pays listés étaient « inquiets ».

Mark Hetfield, président et directeur exécutif de HIAS. (Crédit : HIAS)
Mark Hetfield, président et directeur exécutif de HIAS. (Crédit : HIAS)

Il a pointé « le chaos et le degré d’impréparation » régnant aux Etats-Unis.

L’interdiction d’entrée sur le territoire américain faite aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans a touché plusieurs familles juives, a annoncé HIAS, une association d’aide de défense et de soutien aux réfugiés.

Le décret exécutif signé vendredi par le président américain Donald Trump a plongé dans l’incertitude les vies d’un Iranien juif âgé d’une vingtaine d’années et de sa mère, qui attendent depuis l’année dernière dans un pays non cité une réponse à leur demande d’asile des Etats-Unis, a annoncé dimanche à JTA Mark Hetfield, directeur exécutif de HIAS.

Citant des raisons de protection de la vie privée et une volonté de ne pas complexifier encore plus le processus de candidature, Hetfield a refusé de nommer les candidats et leur localisation. L’homme et sa mère, a-t-il déclaré, tentent de retrouver deux des filles de la mère qui sont déjà aux Etats-Unis.

L’année dernière, HIAS a remis 159 candidatures de juifs demandant l’asile aux Etats-Unis, dont 89 Iraniens et plusieurs juifs du Yémen.

« Le décret affecte des centaines de nos clients, pour qui cela peut être une question de vie ou de mort », a déclaré Hetfield.

Hetfield a également noté un cas impliquant une famille non juive syrienne demandant l’asile, qui, même si elle a obtenu le 20 janvier des visas pour entrer aux Etats-Unis en tant que réfugiés après l’approbation du département de la Sécurité intérieure, a été renvoyée en Ukraine vers son camp de réfugiés de Jordanie le 27 janvier.

Les responsables de la compagnie aérienne ont cité le décret exécutif de Trump pour expliquer l’annulation du vol de la famille vers les Etats-Unis.

La mère et ses filles, âgées de cinq et huit ans, cherchent à retrouver le père de famille, qui est déjà aux Etats-Unis. Elles ont été autorisées à revenir en Jordanie, « mais dans de tels cas, il existe un risque que les personnes qui partent pour devenir réfugiées aux Etats-Unis ne soient pas à nouveau acceptées, voire pire », a déclaré Hetfield.

L’Irak appelle les Etats-Unis à revoir leur interdiction de voyage

L’Irak, un allié clé des Etats-Unis dans la guerre antijihadistes, a appelé lundi l’administration Trump à revoir sa décision d’interdire aux Irakiens l’entrée sur le sol américain, les députés irakiens menaçant de restrictions réciproques.

La vague de critiques s’est étendue dans le monde après la signature vendredi par le nouveau président Donald Trump d’un décret interdisant l’entrée pendant 90 jours du territoire américain aux ressortissants de sept pays majoritairement musulmans -Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen- afin de stopper selon lui d’éventuels « terroristes islamiques radicaux ».

« Il est nécessaire que la nouvelle administration américaine reconsidère sa décision erronée », ont indiqué les Affaires étrangères dans un communiqué à Bagdad. « Il est malheureux que cette décision ait été prise à l’encontre d’un pays allié, lié aux Etats-Unis par un partenariat stratégique ».

Avec ces mesures, les Etats-Unis pourraient s’aliéner le soutien des citoyens et responsables d’Irak, d’autant que ces derniers avaient très peu apprécié les déclarations de M. Trump affirmant en 2015 que les Etats-Unis auraient dû « prendre le pétrole » irakien avant de retirer leurs troupes en 2011 de ce pays.

Les Etats-Unis comptent plus de 4.800 soldats en Irak et sont les principaux acteurs de la coalition internationale qui soutient les forces irakiennes depuis septembre 2014 face au groupe jihadiste Etat islamique (EI).

L’aviation américaine ainsi que des conseillers militaires américains au sol aident actuellement le pouvoir irakien à reconquérir Mossoul, la deuxième ville d’Irak occupée par l’EI.

Des forces irakiennes avec des masques à gaz pour se protéger de la fumée après la mise en feu par l'Etat islamique d'une usine de sulfure, près de la base de Qayyarah, à 30 km au sud de Mossoul, le 22 octobre 2016. (Crédit : Ahmad Al-Rubaye/AFP)
Des forces irakiennes avec des masques à gaz pour se protéger de la fumée après la mise en feu par l’Etat islamique d’une usine de sulfure, près de la base de Qayyarah, à 30 km au sud de Mossoul, le 22 octobre 2016. (Crédit : Ahmad Al-Rubaye/AFP)

Le décret américain « coïncide avec des victoires accomplies par les courageux combattants (irakiens) et avec le soutien de la coalition internationale » à Mossoul, a encore souligné le ministère irakien.

Pour leur part, les députés irakiens ont voté une motion appelant le gouvernement à appliquer la réciprocité avec les Etats-Unis si Washington ne revenait pas sur son décret controversé.

« Le Parlement a voté à la majorité pour demander au gouvernement et au ministère des Affaires étrangères d’appliquer la réciprocité », a affirmé à l’AFP le député Hakem al-Zamili.

Mais « nous espérons que l’administration américaine reconsidérera sa décision », a indiqué un autre député, Sadeq al-Laban.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi n’avait pas officiellement réagi lundi au décret de M. Trump qui interdit également l’entrée du territoire américain à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (et de façon indéfinie pour les réfugiés syriens).

L’Iran est pour l’instant le seul pays à avoir annoncé le principe de réciprocité aux voyageurs américains.

Dimanche, l’importante coalition paramilitaire du Hach al-Chaabi, dominée par des milices chiites et qui combat les jihadistes auprès des forces irakiennes à Mossoul, a appelé elle aussi à interdire d’entrée les Américains en réaction au décret de M. Trump et « au départ de ceux qui sont déjà présent » en Irak.

Quant à l’influent chef chiite irakien Moqtada Sadr, il a appelé Washington à « retirer ses citoyens » vivant à l’étranger avant de rejeter ceux des autres pays.

« Vous entrez en Irak et dans les autres pays en toute liberté mais vous empêchez (les ressortissants de ces pays) de se rendre dans le vôtre », a-t-il lancé dimanche, en condamnant l' »arrogance » des Etats-Unis.

De nombreux ressortissants des sept pays concernés par le décret ont été retenus dans les aéroports américains à leur arrivée ou empêchés d’embarquer au départ d’autres pays, suscitant de vives protestations internationales et la condamnation des organisations de défense des droits de l’Homme.

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