Israël diffuse la liste des détenus devant être libérés dans le cadre de l’accord
Plusieurs personnalités importantes réclamées par le Hamas, dont Barghouti, ont été omises ; le groupe terroriste aurait déclaré que la liste n'avait pas été approuvée ; 11 condamnés du Fatah ont été échangés à la dernière minute

Israël a diffusé vendredi les noms des 250 prisonniers palestiniens incarcérés pour atteinte à la sécurité nationale que le pays a accepté de relâcher dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu – qui ouvre la porte à la libération des otages à Gaza. De leur côté, les autorités israéliennes ont commencé à informer les familles dont les proches ont été tués et dont les meurtriers sont sur le point d’être libérés.
Le ministère des Prisonniers du Hamas a toutefois fait savoir qu’il n’y avait pas encore d’accord sur l’identité des prisonniers à libérer – et la chaîne qatarie Al Araby TV a cité des sources qui ont affirmé que la liste qui a été rendue publique vendredi par Israël omettait certains noms sur lesquels les médiateurs s’étaient mis d’accord.
La liste, diffusée le lendemain de l’approbation par le cabinet de l’accord de cessez-le-feu soutenu par les États-Unis, comprend des membres du Hamas, du Jihad islamique palestinien, du Fatah et du Front populaire de libération de la Palestine, des groupes terroristes responsables de dizaines d’attentats meurtriers. Elle n’inclut pas certains chefs terroristes de premier plan pourtant réclamés par le Hamas, notamment Marwan Barghouti, figure populaire du Fatah.
Sur les 250 détenus qui doivent être relâchés, 15 seront remis en liberté à Jérusalem-Est, 100 en Cisjordanie et 135, qui ont été condamnés pour meurtre ou fabrication d’armes, devraient être expulsés vers Gaza ou ailleurs, selon la décision du gouvernement qui a été rendue publique vendredi.
Certaines modifications de dernière minute qui ont été apportées à la liste ont été approuvées par le gouvernement lors d’un vote par téléphone, vendredi matin, après que les négociateurs ont accepté de remplacer 11 prisonniers affiliés au Fatah par des prisonniers liés au Hamas, dont neuf purgent des peines à perpétuité et deux purgent des peines de deux ans qui doivent se terminer au mois de juin.
En plus des 250 prisonniers, Israël libérera 1 722 Gazaouis, dont 22 mineurs, qui ont été placés en détention pendant la guerre de Gaza et qui n’étaient pas impliqués dans le pogrom commis par le Hamas qui avait été à l’origine du conflit, le 7 octobre 2023. Sur les 1 722 Gazaouis, 1 411 sont incarcérés par les services pénitentiaires israéliens et 311 par l’armée israélienne, a précisé le gouvernement dans sa décision.
Israël restituera également « les corps de 360 terroristes gazaouis », a noté le gouvernement, sans dire si certains des défunts avaient participé au massacre du 7 octobre. Jeudi, les médias israéliens ont fait savoir qu’Israël avait rejeté la demande du Hamas de rendre les dépouilles de Yahya et Mohammed Sinwar, les frères qui avaient successivement dirigé le Hamas avant d’être tués par Israël au mois d’octobre dernier et au mois de mai dernier, respectivement.
L’État juif relâchera les détenus et restituera les corps immédiatement – et uniquement après que le Hamas aura libéré les 48 otages qui se trouvent encore à Gaza, selon la décision. 20 captifs sont vivants, la mort de 26 a été confirmée. L’état de santé de deux otages suscite de vives inquiétudes.
Parmi les captifs figurent 47 des 251 personnes qui avaient été enlevées lors du pogrom du 7 octobre, ainsi que la dépouille d’un soldat tué au combat lors de la guerre de Gaza en 2014.
Dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu, le Hamas dispose de 72 heures pour libérer les otages une fois que l’armée israélienne aura achevé son retrait initial. L’armée a indiqué qu’elle avait finalisé son retrait vendredi aux environs de midi – ce qui signifie que les otages devront être relâchés lundi à la même heure. Pour leur part, les prisonniers palestiniens recouvreront la liberté peu après, et les corps sans vie seront rendus.
Toutefois, le Hamas a expliqué qu’il lui faudrait plus de 72 heures pour exhumer les restes des otages décédés. Une annexe classifiée à la décision du gouvernement qui a été diffusée vendredi entre dans le détail des mesures qu’Israël pserait susceptible de prendre si le Hamas ne libérait pas les 48 otages à temps.
Parmi les 250 terroristes qui doivent être libérés figure Iyad Abu al-Rub, un commandant du Jihad islamique palestinien dans la région de Jénine, en Cisjordanie. Il avait été responsable de l’orchestration et de la supervision d’un certain nombre d’attentats terroristes, avec notamment un attentat suicide à Shadmot Mechola qui s’était produit au mois de juin 2003. Il avait aussi été le cerveau d’un attentat suicide à Tel Aviv, au mois de février 2004, et d’un attentat suicide à Hadera en 2005. Au total, 13 personnes avaient perdu la vie lors de ces trois attaques.
Muhammad Zakarneh, un membre du Fatah qui avait planifié l’attentat de 2009 au cours duquel un chauffeur de taxi, Grigory Raginovich, avait perdu la vie, et Muhammad Abu al-Rub, qui avait commis un attentat au couteau qui, en 2007, avait entraîné la mort de Reuven Shmerling, doivent également être relâchés.
Mahmoud Qawasmeh, un haut responsable du Hamas qui avait été libéré dans le cadre de l’accord Shalit, expulsé vers Gaza puis arrêté à nouveau pendant la guerre à Gaza de 2024, sera également remis en liberté.
Outre Barghouti – le chef du Tanzim qui avait été emprisonné pour plusieurs meurtres commis pendant la Seconde Intifada de 2000-2005 – des terroristes de premier plan ne devraient pas être non plus libérés, malgré les demandes du Hamas : Ahmad Saadat, le secrétaire général du Front populaire de libération de la Palestine ; Ibrahim Hamed, qui purge 45 peines d’emprisonnement à perpétuité pour avoir orchestré le meurtre de nombreux Israéliens en tant que commandant du Hamas en Cisjordanie pendant la deuxième Intifada ; Abbas al-Sayed, le cerveau de l’attentat à la bombe de 2002 contre l’hôtel Park à Netanya (39 Israéliens ont été tués) ; et Hassan Salameh, membre du Hamas, qui purge 48 peines d’emprisonnement à perpétuité pour plusieurs attentats-suicides.
Les chefs du Hamas ont fait savoir à leurs interlocuteurs en début de semaine que « le sort de Barghouti reste au cœur de ces négociations », a confié une source proche du dossier au Times of Israel.
Âgé de 66 ans, il est considéré comme un successeur potentiel du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas – il bénéficie d’une grande popularité auprès d’une large partie de la population palestinienne, tout en continuant à soutenir la solution à deux États.
Parmi les 11 prisonniers affiliés au Hamas qui ont été ajoutés à la liste des libérations de dernière minute figurent Mahmoud Issa, emprisonné depuis 1993 pour son implication dans l’enlèvement et le meurtre de Nissim Toledano l’année précédente, et Raed Sheikh, emprisonné pour son implication dans le lynchage de Ramallah en 2002. A cette occasion, une foule palestinienne avait tué deux soldats de l’armée israélienne qui étaient malencontreusement entrés dans cette ville de Cisjordanie.
Les familles des victimes du terrorisme qui ont été tuées par les prisonniers qui doivent être libérés en seront informées par l’Institut national d’assurance. Les familles des soldats, policiers et membres d’autres organismes de sécurité tombés au combat seront informées par l’armée israélienne, la police israélienne ou d’autres agences de sécurité.
Le ministère de la Défense a déclaré qu’il « coordonne et supervise les activités entre les différentes instances ».
Dani Dagan, dont le père Yossi Avrahami avait été assassiné lors du lynchage de Ramallah en 2022, a déclaré devant les caméras de la chaîne N12 qu’elle a des « sentiments très mitigés » concernant la libération des prisonniers.
« Mais en ce qui me concerne, il ne fait aucun doute que tout le monde doit rentrer chez soi : les [otages] vivants auprès de leurs familles, de leurs enfants, de leurs parents, et les morts pour recevoir une sépulture digne », a-t-elle ajouté.
« C’est vrai, nous payons un prix très lourd », a-t-elle expliqué. « Je pense que cet accord aurait dû être signé et mis en œuvre il y a longtemps, mais je suis très, très heureuse qu’il se concrétise enfin ».







