Israël durcit l’encadrement des employés palestiniens
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Israël durcit l’encadrement des employés palestiniens

Les Palestiniens travaillant dans certains secteurs essentiels seront autorisés à entrer en Israël et devront y rester pendant un mois ou plus, selon le ministère de la Défense

Un employé des services sanitaires palestiniens pulvérise du désinfectant autour du camp de réfugiés d'Aïda près de Bethléem, le 16 mars 2020. (Musa Al SHAER / AFP)
Un employé des services sanitaires palestiniens pulvérise du désinfectant autour du camp de réfugiés d'Aïda près de Bethléem, le 16 mars 2020. (Musa Al SHAER / AFP)

Israël a renforcé mardi les restrictions imposées aux Palestiniens qui entrent dans le pays pour y travailler, le pays ayant largement paralysé son économie pour tenter de stopper la propagation du nouveau coronavirus.

Dans une annonce faite avant l’aube mardi, le ministre de la Défense Naftali Bennett a ordonné que seuls les travailleurs palestiniens de certains secteurs « essentiels » soient autorisés à entrer. Il s’agit notamment des soins de santé, de l’agriculture et de la construction, et pourrait inclure d’autres secteurs au cas par cas.

Il a également annoncé que les Palestiniens ne seraient plus autorisés à faire l’aller-retour entre la Cisjordanie et les lieux de travail, mais qu’ils devraient dormir en Israël, leur employeur leur fournissant un logement. Les travailleurs doivent s’attendre à rester en Israël pendant un à deux mois.

Israël a en grande partie interdit les voyages en provenance de l’extérieur du pays et exigé que toute personne entrant dans le pays se mette en quarantaine pendant 14 jours. Toutefois, la mesure ne s’étendait pas aux Palestiniens de Cisjordanie, qui pouvaient entrer en provenance de Jordanie et n’étaient tenus par les autorités sanitaires palestiniennes de se mettre en quarantaine que s’ils venaient de certains pays.

Lundi, les Palestiniens ont comblé cette lacune en exigeant que toute personne venant de l’étranger se confine pendant deux semaines.

Vue générale du hall de départ presque vide du côté palestinien du point de passage de la frontière avec la Jordanie dans la ville de Jéricho en Cisjordanie, le 10 mars 2020. (FLASH90)

Les échanges commerciaux entre Israël et la Cisjordanie vont se poursuivre, selon les médias israéliens.

Mardi, l’Autorité palestinienne faisait état de 41 cas confirmés de coronavirus en Cisjordanie.

Deux Palestiniens ayant voyagé récemment à l’étranger ont été infectés par le nouveau coronavirus, a indiqué Ibrahim Milhem, porte-parole du Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammed Shtayyeh, dans un communiqué publié sur le site officiel d’information de l’AP, Wafa.

Les autorités sanitaires palestiniennes précisent que 37 cas ont été recensés à Bethléem et 4 dans d’autres endroits. L’état de 20 d’entre eux a commencé à s’améliorer, ont-elles fait savoir.

Bethléem fait l’objet d’un cordon sanitaire strict depuis le début du mois, après qu’un groupe de touristes grecs y a apparemment transmis le virus aux employés d’un hôtel. Bennett a prolongé le bouclage de Bethléem lors d’une annonce lundi, selon les médias israéliens.

Ibrahim Milhem a déclaré que l’une des personnes nouvellement infectées, qui se trouvait en Allemagne, a été mise en quarantaine à Jéricho, selon les informations de Wafa.

Il a précisé que l’autre personne était en quarantaine à Ramallah, sans mentionner l’endroit d’où il venait de voyager.

Des personnes portant des masques visitent l’église de la Nativité, vénérée comme le lieu de naissance de Jésus-Christ, dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 5 mars 2020. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Deux cas ont également été signalés dans la ville de Tulkarem, au centre de la Cisjordanie, qui jouxte Israël, et lundi, des responsables ont dit aux habitants de cette ville de rester chez eux pendant 24 heures.

Des responsables palestiniens ont récemment fait savoir que le président de l’AP, Mahmoud Abbas, âgé de 85 ans et touché par des problèmes de santé liés à son âge, ne reçoit plus d’invités par mesure de précaution contre le virus, et ne rencontre que quelques très proches collaborateurs. La plupart des membres de son équipe ont été invités à travailler depuis leur domicile.

Mardi, Israël comptait 324 personnes atteintes du Covid-19, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement a annoncé depuis le week-end de nouvelles mesures strictes qui ont entraîné l’arrêt d’une grande partie de l’économie, exhortant les Israéliens à rester chez eux autant que possible. Seuls les services essentiels, comme les supermarchés et les cliniques ainsi que de petites entreprises, sont censés rester ouverts

Israël avait déjà imposé certaines restrictions aux Palestiniens entrant en Israël, en interdisant toute personne de plus de 50 ans et en fermant le passage d’Erez avec Gaza. En temps normal, des milliers de Palestiniens ayant une habilitation de sécurité sont titulaires d’un permis de travail permanent en Israël.

L’Autorité palestinienne a également annoncé des mesures de grande envergure visant à stopper la propagation du virus, fermant des écoles, des sites touristiques et d’autres entreprises au début du mois de mars, lorsque les premiers cas ont été signalés en Cisjordanie.

Un policier israélien devant un point de passage fermé entre Jérusalem et Bethléem, le vendredi 6 mars 2020. La fermeture qui a débuté vendredi a fait suite à la détection de sept cas de COVID-19 parmi les Palestiniens de la ville, les premiers dans les territoires palestiniens. Israël a également annoncé le bouclage de Bethléem, concernant les Israéliens, les Palestiniens et les touristes. (AP Photo/Mahmoud Illean)

On s’attend à ce que les économies israélienne et palestinienne connaissent des déficits massifs en raison des restrictions de circulation et d’activité, bien que la situation financière palestinienne soit considérée comme plus grave. Même avant la crise, les responsables avaient averti ces dernières années que l’économie palestinienne était au bord de l’effondrement.

Des Israéliens portant un masque facial dans la crainte du coronavirus se promènent dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 16 mars 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Lundi, le ministre des Finances de l’AP Shukri Bishara a rencontré son homologue israélien Moshe Kahlon et lui a demandé qu’Israël débloque des centaines de millions de shekels de taxes dont il a privé Ramallah en guise de sanction contre les versements de l’Autorité palestinienne à destination des prisonniers de sécurité et de leurs familles, mais aussi des terroristes blessés et les familles des terroristes tués, a fait savoir le ministère des Finances de l’AP dans un communiqué

Bishara a expliqué que la gestion des fonds, constitués des revenus fiscaux qu’Israël collecte au nom des Palestiniens chaque mois, « contribuerait à aider le Trésor palestinien à adopter les mesures liées à la santé pour faire face » au coronavirus, d’après le communiqué.

Israël s’oppose fermement aux paiements des prisonniers de sécurité et autres, avançant l’argument qu’ils incitent à la violence contre les Israéliens. Les responsables politiques basés à Ramallah affirment qu’ils cherchent à fournir une aide sociale aux familles palestiniennes et à compenser ce qu’ils décrivent comme un système de justice militaire injuste.

Lundi, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne a également révélé que le Koweït avait donné 5,5 millions aux Palestiniens pour lutter contre l’épidémie.

La semaine dernière, Abbas a déclaré que l’émir du Qatar Tamim bin Hamad Al Thani avait donné à Ramallah du matériel médical d’une valeur totale d’environ 10 millions de dollars dans ce même but.

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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