Israël en alerte maximale pour la « journée de la colère » ; pas de restrictions sur le mont du Temple
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Israël en alerte maximale pour la « journée de la colère » ; pas de restrictions sur le mont du Temple

Des dizaines de milliers de personnes devraient participer à des manifestations contre la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël

Des manifestants palestiniens lors d’affrontements avec les forces israéliennes près d'un poste de contrôle dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 7 décembre 2017 (ABBAS MOMANI / AFP)
Des manifestants palestiniens lors d’affrontements avec les forces israéliennes près d'un poste de contrôle dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 7 décembre 2017 (ABBAS MOMANI / AFP)

Les forces israéliennes seront en état d’alerte après les prières du vendredi à Jérusalem et en Cisjordanie alors que les Palestiniens ont appelé à une « journée de la colère » afin d’exprimer leur opposition à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président américain Donald Trump.

La police a été déployée en force à Jérusalem mais n’avait pas prévu dans l’immédiat d’imposer des restrictions aux fidèles musulmans concernant l’accès au mont du Temple – ou esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam – pour les prières du vendredi. L’armée a aussi fait appel à de nombreux renforts en Cisjordanie.

Les autorités sécuritaires s’attendent à ce que des dizaines de milliers de personnes participent aux manifestations du vendredi. Selon le site d’information Ynet, l’armée israélienne était particulièrement préoccupée par le fait que des « loups solitaires » pourraient tenter de commettre des attentats terroristes.

Les soldats envoyés en Cisjordanie seront déployés sur de potentielles zones de confrontation durant la journée et se déplaceront ensuite sur les implantations israéliennes durant le Shabbat afin d’y empêcher toute tentative d’attaques.

Tôt ce vendredi matin, des pierres ont été lancées sur plusieurs véhicules le long de la route 443, route principale menant à Jérusalem depuis Tel-Aviv qui traverse la Cisjordanie. Certaines voitures ont été légèrement endommagées, mais aucune blessure n’a été signalée.

Malgré l’alerte, la police a déclaré qu’elle ne prévoyait pas de restreindre l’accès à la prière sur le mont du Temple pour ne laisser entrer que les femmes et les hommes de plus de 60 ans – une mesure courante les jours de tension.

« A l’heure actuelle », aucune limitation de ce type n’est prévue, a déclaré un porte-parole de la police au Times of Israel. « Si nous avons des informations comme quoi des manifestations violentes y seraient organisées, alors une limite d’âge pourrait éventuellement être mise en place », a déclaré Micky Rosenfeld.

« La police et la police aux frontières seront présentes dans toutes les zones et dans tous les quartiers de patrouille afin d’empêcher toute nouvelle propagation de la violence. […] Plusieurs centaines de policiers et de gardes-frontières supplémentaires ont été déployés à l’intérieur et autour de la Vieille Ville [de Jérusalem] », a-t-il ajouté.

Le discours de Trump ce mercredi a suscité la colère chez les Palestiniens et des manifestations à travers la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza ont été organisées ce jeudi.

Des centaines de Palestiniens ont ainsi déjà manifesté contre cette décision, incendiant photos – de Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu – et drapeaux israéliens et américains, scandant leur mécontentement et se heurtant aux troupes.

Des dizaines de Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza auraient été blessés, principalement à la suite d’inhalation de gaz lacrymogène ou par des tirs de balles en caoutchouc – mais aussi par des balles réelles.

Ce jeudi, Ismail Haniyeh, chef du groupe terroriste du Hamas, a appelé à une nouvelle Intifada palestinienne. L’Autorité palestinienne avait annulé jeudi les cours dans les écoles de Cisjordanie, dans une tentative apparente d’inciter davantage de jeunes Palestiniens à aller affronter les troupes israéliennes. Les magasins ont été fermés afin que trois « journées de la colère » soient organisées suite à la décision de Trump.

Après une « évaluation de la situation par l’état-major », l’armée a déclaré qu’elle avait décidé qu’un « certain nombre de bataillons iraient renforcer les effectifs [en Cisjordanie], ainsi que dans les unités de renseignement et de défense territoriale ».

Gadi Eisenkot, chef d’état-major des Forces de défense israéliennes, au centre, rencontre d’autres hauts responsables en Cisjordanie, le 6 décembre 2017 (Armée)

Les militaires n’ont pas précisé le nombre de bataillons supplémentaires envoyés en renfort en Cisjordanie.

Mercredi, la police israélienne a également annoncé qu’elle déploierait des agents dans toute la capitale, y compris sur des sites où la violence éclate régulièrement, comme la porte de Damas, à l’entrée de la Vieille Ville, où une manifestation a déjà eu lieu jeudi.

Affrontements à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem

Selon l’armée, les Palestiniens du sud de la bande de Gaza, vivant près des villes de Rafah et de Khan Younès, ont incendié des pneus et lancé des pierres sur la barrière de sécurité et sur les soldats israéliens situés de l’autre côté.

Les soldats ont d’abord répondu par des tirs de gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc afin de repousser les manifestants. Lorsque les « principaux instigateurs » ont continué à avancer vers la clôture, les soldats ont tiré des coups de semonce. Cela ne les arrêtant pas, ils leur ont tiré dessus, blessant plusieurs personnes, a déclaré un porte-parole de l’armée.

Les médias palestiniens ont rapporté que quatre émeutiers avaient été blessés par balles.

Les agents de la police des frontières pulvérisent un liquide nauséabond sur les manifestants palestiniens lors d’une violente manifestation à Bethléem, en Cisjordanie, le 7 décembre 2017 (Capture d’écran : Al-Mayadeen News)

A Bethléem, des centaines de Palestiniens ont affronté des dizaines d’agents de la police aux frontières, séparés les uns des autres par une longue portion de route déserte.

Les manifestants ont lancé des pierres et incendié des pneus. Les troupes israéliennes, qui avaient revêtu leurs uniformes anti-émeute, ont utilisé un canon à eau qui a tiré du « Skunk » – un liquide nauséabond – sur les manifestants. La foule a également été visée par des tirs de balles en caoutchouc.

Le sol était jonché de pierres éclatées et d’autres détritus. Dans les airs, les gaz lacrymogènes israéliens se mélangeaient à la fumée des pneus palestiniens.

A Bethléem, un Palestinien a été blessé par une balle en caoutchouc et cinq autres ont été soignés pour inhalation de gaz lacrymogènes, a précisé le Croissant-Rouge.

Une grande manifestation a également eu lieu à Ramallah, en Cisjordanie, siège du gouvernement de l’Autorité palestinienne. La Dixième chaîne a rapporté que, dans la foule, certains avaient appelé à incendier les bureaux officiels américains situés dans la ville. D’autres ont brûlé des photos de Trump.

Selon le Croissant-Rouge, quatre émeutiers ont été blessés par balles réelles et deux par balles en caoutchouc. Trois ont souffert d’inhalation de gaz lacrymogènes.

Dans la ville de Tulkarem, huit manifestants palestiniens ont été touchés par des balles en caoutchouc et onze ont été soignés pour inhalation de gaz lacrymogènes, a indiqué le service d’urgence palestinien.

Israël a fermé le point de passage de Gilboa, dans le nord de la Cisjordanie, quand des Palestiniens y ont lancé des pierres lors d’une manifestation, a annoncé le ministère de la Défense.

« La réouverture du passage dépendra de l’évolution de la situation », a ajouté le ministère.

De légers affrontements ont également été signalés dans les villes de Naplouse et de Qalqilya.

A la Porte de Damas, à l’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem, plus d’une centaine de manifestants ont affronté les forces de sécurité – plusieurs bousculades ont ainsi été rapportées. Aucune blessure ou arrestation n’a été signalée.

Dans le camp de réfugiés de Shuafat, une personne a été touchée par une balle en caoutchouc, a indiqué le Croissant-Rouge.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des Palestiniens avaient déjà lancé des cocktails Molotov sur une route près de la ville israélienne de Maale Adumim, en Cisjordanie, ne causant ni blessures ni dégâts. La police aux frontières a par la suite arrêté dix suspects, selon un rapport.

Les émeutiers ont également lancé des cocktails Molotov et des pierres sur des voitures israéliennes sur une route près du village de Rantis, en Cisjordanie, à l’entrée de Ramallah. Aucune blessure n’a été signalée.

Mercredi soir et jeudi matin, plusieurs milliers de Palestiniens ont défilé dans la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas, brûlant des drapeaux américains et israéliens et scandant « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël ».

Le président américain Donald Trump durant sa déclaration concernant Jérusalem accompagné du vice-président américain Mike Pence dans la salle de réception diplomatique de la Maison-Blanche, à Washington, le 6 décembre 2017 (Madel Ngan / AFP)

Dans un discours prononcé ce mercredi à la Maison Blanche, Trump a, malgré les avertissements de ses homologues étrangers, reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël et insisté sur le fait que, après plusieurs années d’échec, une nouvelle approche était impérative afin de régler le conflit.

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