Israël en discussion pour adhérer à l’Agence spatiale européenne
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Israël en discussion pour adhérer à l’Agence spatiale européenne

Une coopération est souhaitée et la balle se trouve dans le camp d'Israël, affirme le chef de l'agence en marge de la 13e Conférence internationale sur l'espace à Tel Aviv

Le satellite VENμS et son lanceur sur le site de lancement, en Guyane française, le 31 juillet 2017 (publié avec la permission de l'Agence spatiale israélienne)
Le satellite VENμS et son lanceur sur le site de lancement, en Guyane française, le 31 juillet 2017 (publié avec la permission de l'Agence spatiale israélienne)

Israël et l’Agence spatiale européenne discutent des moyens pour Israël d’adhérer à l’agence dans le cadre d’un « arrangement spécial », a déclaré lundi le directeur général de l’ESA.

« Un Etat membre à part entière signifie, selon notre convention, qu’il s’agit un Etat européen », a déclaré Johann-Dietrich Wörner dans une interview accordé au Times of Israël en marge de la 13e conférence internationale Ilan Ramon sur l’espace à Tel Aviv. « Mais nous discutons maintenant afin d’arriver à un arrangement spécial avec Israël. »

Wörner a déclaré qu’il avait discuté de la question dimanche avec Avi Blasberger, directeur de l’Agence spatiale israélienne, et qu’ils « avaient hâte d’établir ce lien très spécial dès que possible ».

Israël possède de très fortes capacités en matière de télédétection, de télécommunications, de développement technologique et de science, a-t-il dit, « alors pourquoi ne pas les réunir avec nos capacités concernant les lanceurs, les systèmes de navigation, etc ».

Johann-Dietrich Wörner à la 13ème conférence spatiale internationale Ilan Ramon à Tel Aviv, le 29 janvier 2018 (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel).

L’Agence spatiale européenne (ESA) a pour mission de développer les capacités spatiales de l’Europe. Rejoindre cette agence permettrait d’accroître la coopération entre les nations et permettrait à Israël d’intégrer son Conseil et de participer aux programmes, a-t-il dit.

Pour ce faire, Wörner doit obtenir le soutien des 22 états-membres de l’ESA et Israël doit décider du type de partenariat que l’Etat juif désire établir avec l’agence, a-t-il dit.

« Les Israéliens doivent décider de la manière dont ils veulent être liés à l’ESA. Est-ce qu’ils veulent juste un protocole d’accord comme celui que nous avons avec l’Inde, le Japon, ou veulent-ils aller plus loin et instituer un lien institutionnel ? » a-t-il expliqué.

L’ESA a 22 états-membres et tous sont des pays européens. D’autres états européens, comme la Bulgarie, Chypre, la Lituanie et Malte, ont seulement passé des accords de coopération avec l’agence européenne. La Slovénie est membre associée. Le Canada est actuellement le seul pays non-européen à avoir mis en place une convention de coopération avec l’ESA et il participe à certains projets sous les termes de cet accord. L’arrangement avec Israël pourrait être du même type que celui passé avec le Canada, a laissé entendre Wörner.

« La balle est du côté des Israéliens. La prochaine étape viendra de leur côté et là, on verra. Peut-être qu’on pourra faire quelque chose dès cette année », a expliqué Wörner.

La coopération entre les nations est nécessaire dans l’avancée de la recherche spatiale, a-t-il ajouté.

Les technologies spatiales ont la capacité de gérer des défis globaux – depuis le réchauffement climatique jusqu’aux voitures autonomes – et alors que ce secteur de connaissance ne cesse de s’élargir, les industries, les universités et les gouvernements investissent de plus en plus dans la recherche spatiale, qui était dans le passé principalement le domaine des agences spécialisées. Et les gouvernements, autrefois jaloux de conserver leurs technologies spatiales et en concurrence les uns avec les autres, apprennent à coopérer dans ce secteur.

« L’espace peut combler des crises bien terrestres », a ajouté Wörner. Les astronautes américains, russes, japonais et canadiens travaillent ensemble dans l’espace. Israël et la France ont, au mois d’août, lancé le satellite de recherche environnementale Venus.

Un rendu artistique du satellite Venus, premier satellite israélien de recherche environnementale qui devrait s’élancer le 2 août 2017. (Crédit : Agence spatiale israélienne )

Alors que de plus en plus de pays, d’universités et d’industries entrent en lice, les agences spatiales vont cesser d’être le principal catalyseur du secteur pour tenir un rôle « d’activateur, de facilitateur, d’intermédiaire et de négociateur », aidant à répondre aux demandes de technologies.

« Nous ne serons plus les seules maîtres du jeu », a-t- expliqué Wörner.

A LIRE : Découvrez Venus, une merveille de la technologie franco-israélienne

Tandis que dans le passé, il y a environ 50 ans, l’Union soviétique et les Etats-Unis dominaient la scène spatiale, il y a maintenant plus de 70 nations qui investissent dans l’espace et des secteurs industriels qui se consacrent aux missions spatiales.

« L’espace n’est pas considéré aujourd’hui comme une question de vanité nationale mais comme une infrastructure pour le quotidien. Avec l’espace, on peut relever les défis globaux. Et le monde maintenant est en train de changer et en ce qui concerne les pays qui effectuent des missions spatiales, et le rôle des acteurs est en train lui aussi de se modifier. L’industrie, l’université et les agences spatiales font des missions. A l’avenir, il est clair que le rôle des agences spatiales se développera », a dit Wörner.

Israël fait partie d’un club exclusif

Israël est connu comme le cinquième pays le plus puissant en termes de cyber-sécurité, mais un grand nombre de personnes savent qu’Israël est également le septième pays le plus puissant dans le monde en termes de recherche spatiales, a déclaré le professeur Isaac Ben Israel, président de l’Agence spatiale israélienne, dans une interview accordée lundi.

Isaac Ben-Israel (Crédit: autorisation)

« Nous sommes un club très spécial » de pays ayant lancé des satellites dans l’espace, a-t-il noté. Les Etats-Unis, la Russie, l’Union européenne, la Chine, l’Inde et le Japon font tous partie de ce club : « Nous figurons sur la carte », a-t-il ajouté.

Mais contrairement aux Etats-Unis, à la Russie et à l’Europe, qui entreprennent des missions humaines importantes et onéreuses, Israël se focalise dans le secteur des technologies spatiales innovantes, lançant certains des satellites les plus légers du monde à travers le développement de cette même technologie.

Israël a également sa part de start-ups officiant dans le secteur de l’espace, a ajouté Ben Israel, avec des entreprises comme Effective Space Solutions, qui s’intéresse à la logistique spatiale du dernier kilomètre, et Space Pharma, qui a développé un mini-satellite de 30 centimètres pour procéder à des expériences dans l’espace.

Etablir des entreprises communes avec d’autres pays est la seule manière d’avancer, a-t-il estimé, pour permettre de combiner les capacités d’innovation israéliennes avec les capacités de lancement et l’expérience importante acquises par les autres nations.

« Les défis sont énormes », a-t-il déclaré. « Israël n’a pas suffisamment de budget pour la recherche spatiale ».

« Et l’espace est très hostile », a-t-il poursuivi, suggérant que c’est bien là qu’Israël pourrait exceller.

L’Europe a dépensé quelques millions de dollars à développer une machine à Espresso qui fonctionne dans l’espace, a-t-il noté.

« Les machines, sur terre, fonctionnent avec la gravité. Elles ne fonctionnent pas dans l’espace. Les choses les plus simples ne fonctionnent pas. Et c’est là où l’ingéniosité israélienne et son innovation peuvent avoir un avantage », a-t-il dit.

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