Israël et les kippas en peau de crocodile à 1 400 dollars
Rechercher

Israël et les kippas en peau de crocodile à 1 400 dollars

Ces kippas vendues à Jérusalem ont suscité la fureur des militants des droits des animaux avant d'être saisies par l'Autorité de la nature et des parcs

Eli Mordechai montre une kippa en peau de crocodile dans sa boutique 'Cinquième quart' de la Vieille ville de Jérusalem, le 12 septembre 2017 (Crapture d'écran  :  Facebook via JTA)
Eli Mordechai montre une kippa en peau de crocodile dans sa boutique 'Cinquième quart' de la Vieille ville de Jérusalem, le 12 septembre 2017 (Crapture d'écran : Facebook via JTA)

JTA — Pendant quelques jours, les kippas en peau d’animal exotique ont tout d’abord fait sensation en Israël.

Des locaux et des journalistes curieux se sont précipités dans un magasin judaïque situé dans la Vieille Ville de Jérusalem pour s’émerveiller devant ces kippas de luxe en crocodile, en python et en cuir de vache. Une édition en peau d’autruche devait par ailleurs être exposée dans les jours qui suivaient.

Mais le battage médiatique s’est rapidement avéré proportionnel aux réactions violentes de l’opinion publique.

Le gouvernement a confisqué les kippas, considérées comme des produits issus d’animaux sauvages illégalement importés.

« L’inspecteur est venu après que nous ayons eu ces réactions très, très négatives », dit le manager du magasin, Shaun Nathan. « Je comprends le problème, je le comprends, mais il y a eu aussi toutes ces réactions démentes et ridicules. Les gens nous téléphonaient et menaçaient de mettre le feu à la boutique ».

Tout a commencé lorsque de jeunes garçons inscrits dans les yeshivot locales se sont arrêtés au magasin, le 4 septembre. Impressionnés par le nouvel arrivage de kippas, l’un d’entre eux a publié des photos sur Facebook. Le jour suivant, des journalistes et des équipes de télévision étaient sur les lieux.

Le propriétaire du magasin, Eli Mordechai, a vaillamment montré ses kippas, vendues dans des boîtes en bois de chêne au prix de 1 400 dollars chacune, avec même une pince à cheveux incorporée. Mordechai s’est vanté de détenir là un accessoire indispensable pour les Juifs pratiquants et soucieux d’adopter le style d’un oligarque russe.

« Ces kippas sont nées du désir d’offrir aux gens qui vivent dans le monde du luxe et des marques une kippa adaptée à leur style de vie », a-t-il déclaré au journal israélien Yedioth Aharonoth.

« Une personne qui porte un costume Gucci d’une valeur de 10 000 dollars ne va pas se présenter en portant une kippa venue d’on ne sait où à 50 dollars ».

La kippa en peau de python de David Roytman, au centre, entre des kippas en peau de crocodile dans une vitrine de son magasin de Jérusalem le 21 août 2017 (Crédit : Facebook via JTA)
La kippa en peau de python de David Roytman, au centre, entre des kippas en peau de crocodile dans une vitrine de son magasin de Jérusalem le 21 août 2017 (Crédit : Facebook via JTA)

Les kippas sont typiquement fabriquées à partir de tissu, de fil de coton, de velours ou de cuir.

Le Yedioth a noté que ces kippas étaient fabriquées à partir d’animaux non casher. Mais Mordechai a assuré au journal que contrairement aux phylactères, à la mezouzah ou aux rouleaux de Torah, les kippas peuvent être conçues à partir de n’importe quel matériau conformément à la loi juive.

Toutefois, l’indignation ne provient pas des Juifs les plus stricts mais bien des artisans des droits des animaux. Israël est un foyer de militantisme des droits des animaux, un pays où 13 % de la population dit être végétarienne ou vegan.

Si aucune organisation majeure n’a semblé se saisir de cette cause, ce sont des milliers de commentateurs en ligne qui ont fulminé contre la vente de ces kippas. Certains ont blâmé le judaïsme, d’autres ont dit qu’il s’agissait d’une violation de la religion.

« Une hypocrisie honteuse et méprisable. Même les objets religieux ont une limite », a ainsi écrit une femme sur Facebook. « Dieu n’a jamais dit dans la Bible que les violences contre les animaux étaient une bonne chose, et il s’agit indubitablement d’un abus ».

L'extérieur du magasin vendeur de kippas en peaux d'animaux exotiques à Jérusalem (Autorisation : Fifth Quarter via JTA)
L’extérieur du magasin qui vend des kippas en peaux d’animaux exotiques à Jérusalem (Autorisation : Fifth Quarter via JTA)

Des coups de fil agressifs ont été passés à la boutique. Nathan a expliqué que la première personne à avoir appelé après que l’information sur la vente des kippas est apparue, une femme âgée et vegan, a poliment expliqué que tous les profits générés par ces kippas ne sauraient être à la hauteur du coût moral de cette opération commerciale. Mais très rapidement, les coups de téléphone sont devenus hostiles, a-t-il dit, et certains ont menacé de violences.

Certains critiques ont même créé un lien entre les kippas et le conflit israélo-palestinien, a-t-il ajouté. L’un d’entre eux a notamment déclaré que « ces gens se livrent à un nettoyage ethnique des enfants, alors pourquoi se préoccuperaient-ils donc d’un python ? »

Alerté apparemment par la couverture médiatique, un inspecteur de l’Autorité de la nature et des parcs israélienne s’est rendu au magasin le 7 septembre et a saisi les kippas ainsi que des mézouzah en peau de crocodile qui avaient été fabriquées par le même producteur. Il a expliqué que ces produits avaient été importés sans les tests et l’autorisation préalables nécessaires pour les produits dérivés d’animaux sauvages.

Malgré toutes ces histoires, la boutique n’avait stocké qu’une seule kippa de chaque modèle et deux mézouzah et n’en avait vendues aucune, a dit Nathan. Il a ajouté qu’il attendait un plus grand approvisionnement de ces produits, avec notamment des sacs pour phylactères en peau d’autruche.

Les kippas avaient été placées dans une vitrine en verre avec des produits attractifs pour les touristes juifs. Le magasin organise des conférences gratuites d’éducation et des ateliers de travail sur certains des objets de culte qu’il vend – comme cet aquarium rempli d’escargots bleus qui, selon certains, étaient à l’origine de la teinture turquoise utilisée pour les vêtements juifs de l’ancien temps.

« A la base, nous nous efforçons de mettre en lumière le judaïsme et la vie juive à travers les arts et les créations judaïques », a précisé Nathan. « Nous présentons ainsi des objets particuliers pour faire venir les touristes ».

David Roytman posant avec des kippas en peau d'animaux exotiques dans son magasin de Moscou, le 13 juillet 2017 (-Crédit : Facebook via JTA)
David Roytman posant avec des kippas en peau d’animaux exotiques dans son magasin de Moscou, le 13 juillet 2017 (-Crédit : Facebook via JTA)

C’est David Roytman, un Israélien né en Ukraine spécialisé dans les « objets de culte juifs de luxe », qui a créé les kippas. Il dit qu’il a conçu son premier « prototype » en 2015, et note qu’il en a fabriqué une également en peau de raie.

« Les gens dépensent des milliers de dollars en montres et en chaussures de luxe et ils portent sur la tête quelque chose qui ne ressemble à rien », s’exclame-t-il. « Mon idée, c’était de faire une kippa respectable ».

Mordechai a indiqué au Yedioth que son magasin a été le premier à présenter les kippas et Roytman a précisé que ses produits ont été « exclusivement exposés » au magasin judaïque Hazorfim de Tel Aviv, ainsi qu’à New York, Toronto, Londres et dans des villes européennes et d’Asie centrale. Elles sont également en vente sur la Toile.

Roytman a indiqué ne rien pouvoir faire pour aider la boutique de Nathan à obtenir une autorisation, ajoutant qu’il espérait toutefois que leur partenariat puisse reprendre son cours une fois les questions administratives résolues.

Il a écarté d’un revers de main l’indignation des défenseurs des animaux, estimant qu’il trouvait « ridicule » de s’insurger de cette manière contre des kippas au vu des autres problèmes que la région doit affronter – « Mais c’est Israël ».

Nathan a expliqué envisager différemment les choses.

Si la décision finale reviendra à Mordechai, Nathan a exprimé qu’il est préférable que le magasin sorte d’un commerce qui tue les animaux pour fabriquer des kippas destinées aux oligarques – en particulier au vu des tensions générées en termes de relations publiques.

« Si j’y réfléchis à nouveau aujourd’hui, ce n’est pas un produit sympa. Vraiment pas », a-t-il dit. « Cela nous a amené beaucoup d’attention et des gens en achèteront sûrement. Mais nous ne voulons vraiment pas prendre part à ce commerce ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...