Israël frappe des cibles iraniennes en Syrie pour « envoyer un message »
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Israël frappe des cibles iraniennes en Syrie pour « envoyer un message »

L'armée a visé une base de commandement iranienne près de l'aéroport de Damas en réponse à une tentative d'attaque à la frontière ; l'armée est en état d'alerte en cas de riposte

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

La défense aérienne syrienne répond aux missiles israéliens présumés visant le sud de Damas, la capitale, le 20 juillet 2020. (Autorisation : AFP)
La défense aérienne syrienne répond aux missiles israéliens présumés visant le sud de Damas, la capitale, le 20 juillet 2020. (Autorisation : AFP)

L’armée israélienne a mené mercredi des attaques aériennes de représailles contre des cibles iraniennes en Syrie, après la découverte d’explosifs le long de la frontière de facto dans le nord de l’État hébreu.

Elle dit avoir voulu envoyer un message à l’Iran pour lui intimer l’ordre de quitter le pays, et notamment la zone frontalière, après une tentative d’attaque dans le plateau du Golan qui a été déjouée cette semaine.

Huit avions ont visé des cibles en Syrie, en partie près de Damas et en partie près de la frontière du Golan, en représailles aux efforts iraniens de placer des mines anti-personnel destinées aux soldats israéliens, a fait savoir Hidai Zilberman, porte-parole de l’armée.

Des explosifs avaient été installés dans une zone-tampon contrôlée par Israël au sud du plateau du Golan, mais du côté syrien de la clôture de sécurité.

Selon le porte-parole, les frappes visaient des sites contrôlés par la Force Qods, une unité d’élite des Gardiens de la révolution iraniens chargée des opérations extérieures en Syrie. De plus, l’aviation israélienne a bombardé une base militaire syrienne et plusieurs batteries syriennes anti-aériennes qui ont tiré en leur direction.

Zilberman a déclaré aux journalistes que les frappes de représailles sont à la fois un message adressé à la République islamique, pour montrer que « nous ne laisserons pas l’Iran s’implanter, et encore moins précisément au niveau de la frontière », ainsi qu’à la Syrie, tenue pour responsable parce qu’elle autorise Téhéran à maintenir une présence dans le pays.

Israël « considère le régime syrien comme responsable de toutes les actions perpétrées contre son territoire et continuera à opérer lorsque nécessaire contre la présence iranienne en Syrie », a mis en garde l’armée.

Le porte-parole a rappelé qu’Israël avait déjà tenté de faire passer ce message en août après de précédentes tentatives de bombardements à la frontière, mais le message semblait « ne pas avoir été reçu ».

Trois mines anti-personnel placées dans le territoire israélien à la frontière israélo-syrienne, dans le plateau du Golan et découvertes le 17 novembre 2020. (Crédit : armée israélienne)

« Ce que l’Iran et la Syrie ont fait : ils ont placé des engins explosifs improvisés près de la ligne Alpha pour frapper les troupes israéliennes. Ce que nous avons fait : nous venons de frapper des cibles de la Force iranienne Qods et des forces armées syriennes en Syrie », a écrit l’armée israélienne dans un communiqué.

Les forces israéliennes ont notamment ciblé le « quartier général iranien », un « site secret » accueillant des « délégations de hauts responsables iraniens », la 7e division de l’armée syrienne et des batteries de missiles sol-air, a précisé son porte-parole Jonathan Conricus lors d’une conférence téléphonique.

« Nous espérons que le message est bien clair et qu’il est inacceptable pour le régime syrien de permettre, de tolérer et de faciliter l’usage par les forces iraniennes de la Syrie comme rampe de lancement pour des attaques contre Israël », a ajouté M. Conricus, précisant que les frappes s’étendaient de la frontière à la périphérie de Damas.

Des soldats israéliens près de la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan, le 3 janvier 2020. (Crédit : Basel Awidat/Flash90)

Zilberman a fait savoir que l’armée se préparait à des ripostes iranienne et syrienne, et que le Dôme de fer et autres systèmes de défense aérienne étaient en état d’alerte.

Israël considère que la présence de l’armée iranienne en Syrie est une menace inacceptable et agira militairement contre ses actions.

Tsahal a indiqué avoir frappé « des installations de stockage, des quartiers généraux et des complexes militaires ». « Des batteries de missiles sol-air syriens ont été touchées », est-il ajouté dans un communiqué.

Zilberman n’a pas révélé la nature des huit cibles de l’attaque de l’aube, mais a déclaré qu’elles comprenaient : une base militaire utilisée par l’Iran pour diriger ses forces dans le pays, située juste à côté de l’aéroport international de Damas ; une caserne secrète utilisée par de hauts commandants iraniens en Syrie, qui sert également à accueillir des délégations en visite de Téhéran, au sud-est de Damas ; une base de la 7e division militaire syrienne, qui coopère largement avec l’Iran et des batteries mobiles de missiles surface-air syriens.

Selon le porte-parole, l’armée savait qu’il y avait des officiers iraniens dans les baraquements au moment de la frappe, mais ne les a pas spécifiquement ciblés ni les endroits où ils se trouvaient.

L’agence de presse officielle syrienne Sana avait annoncé peu après qu’au moins « trois militaires » avaient été tués dans ces frappes de « l’ennemi sioniste » qui ont aussi provoqué des « dégâts matériels ».

Selon une « source militaire » citée par Sana les batteries de la défense antiaérienne syrienne ont été activées pour contrer les frappes israéliennes, « abattant un certain nombre de missiles ».

Le Corps des Gardiens de la révolution n’a pas fait état de victimes.

Mais selon un bilan fourni par une ONG, il s’agirait au moins de dix combattants, dont trois officiers de la défense antiaérienne syrienne et des paramilitaires étrangers, qui ont trouvé la mort dans les frappes menées par Israël mercredi en Syrie.

Parmi ces dix morts figurent cinq paramilitaires « probablement de nationalité iranienne, qui appartiennent à la Force Qods », mais aussi deux combattants de milices pro-Iran, originaires d’un pays arabe, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), sans pourvoir préciser s’il s’agissait de Libanais ou d’Irakiens.

Les analystes rejettent généralement les allégations régulières d’interceptions du régime syrien comme étant fausses et non fondées. Zilberman a déclaré que l’armée était encore en train d’examiner les résultats de l’attaque, de sorte qu’il ne pouvait pas dire définitivement si cette affirmation était vraie, mais que si l’armée syrienne avait réussi à abattre tous les missiles entrants, c’était « extrêmement marginal si cela se produisait ».

L’État hébreu reconnaît rarement les frappes qu’il effectue, mais il le fait lorsqu’il dit répondre à des attaques spécifiques sur le territoire israélien.

Selon Israël, les engins explosifs découverts près de la frontière de facto, côté israélien, avaient été « placés par une équipe syrienne menée par des forces iraniennes ».

Trois mines anti-personnel placées dans le territoire israélien à la frontière israélo-syrienne, dans le plateau du Golan et découvertes le 17 novembre 2020. (Crédit : armée israélienne)

Selon Zilberman, les trois mines de type Claymore ont été placées le long de la frontière par des ressortissants syriens vivant à la frontière, sur ordre du Corps des Gardiens de la révolution islamique. Elles ont été découvertes dans une zone-tampon contrôlée par Israël au sud du plateau du Golan mais du côté syrien de la clôture de sécurité, où l’armée patrouille régulièrement.

Les militaires ont déclaré surveiller le secteur depuis des mois dans l’attente d’une telle attaque. Une tentative similaire d’installer des explosifs avait été déjouée dans la zone au cours de l’été.

Au cours de cet incident, les soldats avaient tué quatre hommes armés qui avaient traversé la frontière et étaient entrés sur le territoire israélien depuis la Syrie. Ils avaient implanté des dispositifs explosifs à l’intérieur d’un avant-poste israélien inutilisé.

Zilberman a dit que l’armée ignore quand ces mines ont été plantées, mais il semblerait que cela remonte à plusieurs semaines. L’armée enquête pour savoir comment des agents iraniens ont pu passer inaperçus et placer ces bombes.

Une équipe d’ingénieurs de combat a procédé aux opérations de déminage nécessaires mardi matin.

Zilberman a ajouté que l’armée avait fait appel à la force onusienne de maintien de la paix, chargée de faire respecter le cessez-le-feu entre Israël et la Syrie pour éviter que de telles attaques se reproduisent.

Israël a effectué des centaines de frappes aériennes et de missiles sur la Syrie depuis le déclenchement de la guerre dans ce pays en 2011, ciblant les forces iraniennes et les troupes du groupe terroriste du Hezbollah libanais déployées en territoire syrien, ainsi que les troupes gouvernementales syriennes.

Israël et la Syrie, qui sont toujours techniquement en guerre, sont séparés par une frontière de facto au niveau du plateau du Golan, qu’Israël occupe depuis la fin de la Guerre des Six jours en 1967.

L’AFP a contribué à cet article.

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