Israël inaugure un nouveau terminal au port de Haïfa, un atout pour l’économie
Rechercher

Israël inaugure un nouveau terminal au port de Haïfa, un atout pour l’économie

Exploité par une firme chinoise, le terminal accueillira des navires de 400 mètres ; Merav Michaeli estime que cette installation facilitera l'importation et fera baisser les prix

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Vue de la baie de Haïfa dans le nord d'Israël, le 24 avril 2018. (Crédit :  Yossi Zamir/Flash90)
Vue de la baie de Haïfa dans le nord d'Israël, le 24 avril 2018. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Israël a officiellement inauguré mercredi un nouveau terminal portuaire dans la baie de Haïfa, le premier de deux terminaux portuaires privés récemment construits qui devraient alimenter la concurrence, réduire les coûts d’importation et représenter un atout pour l’économie israélienne. La quasi-totalité du commerce international d’Israël s’effectue par voie maritime et le port de Haïfa est la plaque tournante la plus fréquentée du pays, gérant environ la moitié du fret.

La société d’État chinoise Shanghai International Port Group (SIPG) a remporté l’appel d’offres en 2015 pour exploiter l’installation de transport maritime commercial pendant 25 ans, un arrangement qui a suscité la controverse en Israël et à l’étranger. La proximité du projet avec les sous-marins israéliens, entre autres, a suscité des inquiétudes en matière de sécurité, surtout après que des rapports ont révélé que ni le cabinet ni le Conseil de sécurité nationale n’avaient eu leur mot à dire sur l’accord. Le projet a également suscité l’ire des États-Unis, qui amarrent parfois des navires militaires à Haïfa.

Le nouveau terminal de Haïfa, construit par deux sociétés israéliennes, permettra aux grands navires d’environ 400 mètres de long transportant quelque 18 000 conteneurs chacun d’accoster en Israël, a déclaré le ministère des Transports dans un communiqué mercredi, et fournira des services de déchargement et de chargement, réduisant ainsi leur temps de séjour au port.

Israël, qui a pu accueillir des navires plus petits transportant plusieurs milliers de conteneurs, a connu de graves embouteillages dans les ports maritimes, entraînant une hausse des prix des marchandises, qu’il s’agisse de produits ménagers, de matières premières ou de pièces automobiles.

Les retards coûtent à l’économie israélienne environ 700 millions de shekels chaque mois, selon un reportage de la Treizième chaîne diffusé il y a deux semaines.

Le terminal de la baie de Haïfa était en construction depuis six ans, pour un investissement de 1,7 milliard de dollars qui comprend des infrastructures et des technologies de pointe, a déclaré Yitzhak Blumenthal, PDG de la société publique Israel Ports Company. Dans une déclaration faite mercredi, il a qualifié l’ouverture du nouveau terminal de « l’un des projets d’infrastructure les plus importants pour l’avenir d’Israël ».

« Il s’agit d’un port technologique moderne, dont l’ouverture va révolutionner l’économie et avoir un impact sur nous tous, des industriels aux consommateurs, car il permettra de réduire le coût de la vie », a déclaré Blumenthal.

L’ouverture du terminal privé stimulera la concurrence entre les trois ports maritimes internationaux d’Israël – Haïfa, Ashdod et Eilat – qui rivaliseront pour « améliorer et rationaliser le niveau des services portuaires en Israël, contribuer à répondre aux besoins de l’économie, garantir la capacité d’Israël à accueillir de grands navires et permettre à Israël de se préparer aux changements qui se produisent dans l’industrie du commerce maritime », a-t-il ajouté.

La ministre des Transports, Merav Michaeli, a déclaré qu’Israël « se lançait maintenant dans une nouvelle aventure : tenir la promesse du port de la Baie, et bientôt du port du sud [à Ashdod], d’accélérer le développement économique d’Israël, d’accroître les exportations et le commerce, de combler les écarts sociaux et de faire baisser les prix ».

Le ministre des Transports, Merav Michaeli, s’exprime par vidéo lors de l’inauguration du nouveau terminal portuaire de Haïfa, le mercredi 1er septembre 2021. (Crédit : Raanan Cohen)

Un an après qu’Israël a normalisé ses relations avec les EAU et le Bahreïn, ouvrant ainsi le commerce entre Israël et le Golfe, Michaeli a déclaré que le terminal était une occasion de « renforcer nos capacités régionales en matière de commerce maritime » et de les exploiter « non seulement pour la prospérité locale, mais aussi pour la réalisation d’opportunités et une véritable contribution à nos voisins du Moyen-Orient ».

La ministre des Transports a brossé un tableau dans lequel le port « servira bientôt non seulement au développement économique et à l’emploi, mais deviendra plus propre, en tant que lieu de loisirs, de culture et de divertissement qui apporte fierté et plaisir à tous les résidents de Haïfa et des environs, comme on le voit couramment dans les grandes villes portuaires du monde entier ».

Le PDG du SIPG Israël, Miao Qiang, a déclaré que l’ouverture du port de la baie « sera très prometteuse pour l’économie israélienne » et « positionnera Israël comme un État portuaire de premier plan pour toute la région. »

Infrastructures et investissements chinois en Israël

Les entreprises chinoises s’occupent de grands projets d’infrastructure et de transport en Israël. Elles ont notamment remporté les appels d’offres pour la construction et l’exploitation d’un terminal privé à Ashdod, ainsi que pour l’exploitation de celui inauguré mercredi à Haïfa. Les entreprises chinoises construisent également une section clé du système de tramway de Tel Aviv et participent aux appels d’offres pour la construction de lignes supplémentaires.

Ouvriers chinois pendant la cérémonie d’inauguration des travaux du tramway de Tel Aviv, le 19 février 2017. (Crédit : Flash90)

Dan Catarivas, directeur général du commerce extérieur et des relations internationales à l’Association des fabricants d’Israël, a déclaré au Times of Israël lors d’une interview téléphonique que les entreprises chinoises gèrent de grands projets d’infrastructure dans le monde entier, en particulier des projets maritimes, et il s’attend à voir davantage de ces entreprises répondre à des appels d’offres pour des projets supplémentaires en Israël également.

Face aux doutes des États-Unis, Catarivas a déclaré que les gouvernements israéliens ont « assez bien » réussi à naviguer dans les eaux géopolitiques ces dernières années.

« Israël est un petit pays qui est très dépendant du commerce. Les États-Unis sont son allié le plus important, mais il doit aussi veiller à ses propres intérêts. Il y a un consensus fondamental sur le fait que la rivalité entre les États-Unis et la Chine est une réalité incontournable et qu’elle nous accompagnera pendant de nombreuses années », a déclaré Catarivas, qui a également été le premier conseiller économique d’Israël à Pékin il y a plus de 30 ans.

Sur fond de guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, qui a connu des hauts et des bas ces dernières années sous les administrations Trump et Biden, Israël et la Chine ont vu leurs relations se réchauffer et les innovations israéliennes susciter un intérêt accru, notamment dans les domaines de la technologie médicale, de la robotique, de la technologie alimentaire et de l’intelligence artificielle.

Mais la pression américaine a eu un impact. On lui impute notamment le « fléchissement » des investissements chinois, après un pic atteint en 2018, selon un rapport de l’Institut d’études de sécurité nationale publié plus tôt cette année. Parmi les autres raisons, on peut citer : un changement de priorités chez le géant asiatique et de nouvelles restrictions sur la sortie des capitaux de Chine ; la propagation de la pandémie ; et un changement du climat d’investissement en Israël à l’égard des entreprises chinoises en raison de la pression américaine. Les investissements chinois en Israël représentent moins de 10 % des investissements de capitaux étrangers en Israël, « loin derrière les investissements provenant des États-Unis et de l’Europe », indique le rapport.

Participants à une table ronde à la conférence GoForIsrael à Tel Aviv, le 3 décembre 2019. (Dror Sithahkol)

Les principales préoccupations de Washington résident dans le double usage potentiel, où diverses technologies auraient des applications à la fois civiles et militaires. Parallèlement, Israël a mis en place des réglementations visant à empêcher la vente de technologies militaires sensibles à la Chine (et à d’autres pays), à la suite d’un accord conclu dans les années 1990, dans le cadre duquel Israël a dû renoncer à la vente de systèmes radar aéroportés avancés à la Chine en raison de la vive opposition des États-Unis.

Selon Catarivas, Israël connaît clairement les limites à ne pas franchir. L’accord relatif au nouveau terminal de Haïfa était une décision commerciale et, en toute franchise, une « affaire réglée ».

Le nouveau terminal est un projet « très bien accueilli », en particulier par les importateurs et les experts, et devrait accroître considérablement la concurrence. « Il y a eu une crise dans les ports et un besoin urgent d’augmenter la capacité », a déclaré Catarivas.

Le port sud d’Ashdod, en cours de construction par la société contractante China Harbor, basée à Pékin, pour un investissement approximatif de 3,3 milliards de shekels, devrait ouvrir plus tard cette année.

La privatisation du port de Haïfa

Plusieurs enchérisseurs internationaux se préparent maintenant à acquérir d’autres sections du port de Haïfa dans le cadre d’une transaction massive qui devrait être conclue d’ici la fin de l’année.

Des groupes d’investissement israéliens, européens, indiens et émiratis sont en concurrence pour cette transaction, dont la valeur est estimée à 600 millions de dollars, a rapporté Reuters le mois dernier.

Les entreprises devraient soumettre des offres officielles en octobre, selon le rapport, citant des « sources ayant connaissance du dossier ». Les autorités annonceront probablement un gagnant avant la fin de l’année, et le transfert de propriété aura lieu au début de l’année prochaine.

Le gouvernement israélien a voté l’année dernière en faveur de la privatisation du port de Haïfa dans le but de stimuler la concurrence et de réduire les coûts.

Parmi les candidats figurent la société israélienne Shipyards Industries, qui s’est associée à DP World de Dubaï dans le cadre de cette initiative. Shipyards Industries et DP World ont également discuté de l’exploration d’une route maritime directe entre le gigantesque port Jebel Ali de Dubaï et Eilat.

La société britannique DAO Shipping, qui s’est associée à la société israélienne Generation Capital et à la société londonienne Lomar, est également en lice. Adani Ports, une entreprise indienne, s’est associée au groupe israélien Gadot, et un quatrième soumissionnaire travaille avec l’entreprise israélienne Shafir Engineering, rapporte Reuters.

L’année dernière, dix-huit demandes ont été déposées pour l’acquisition, ce qui indique un haut niveau d’intérêt pour le projet.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...