Israël interdit finalement l’entrée sur son territoire à deux élues américaines
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Israël interdit finalement l’entrée sur son territoire à deux élues américaines

Le Premier ministre a longuement expliqué les raisons pour lesquelles Rashida Tlaib et Ilhan Omar n'entreront pas en Israël

Le dirigeant du Shas, Aryeh Deri, assiste à une campagne électorale dans la ville de Tibériade, au nord du pays, le 18 mars 2019. (David Cohen/Flash90)
Le dirigeant du Shas, Aryeh Deri, assiste à une campagne électorale dans la ville de Tibériade, au nord du pays, le 18 mars 2019. (David Cohen/Flash90)

Le ministre de l’Intérieur, Aryeh Deri, a finalement déclaré dans un communiqué officiel qu’Israël refuserait l’entrée aux femmes du Congrès américain Rashida Tlaib et Ilhan Omar.

Ilhan Omar et Rashida Tlaib, deux membres de l’aile gauche du Parti démocrate américain, devaient atterrir ce weekend à Tel-Aviv afin de visiter les Territoires palestiniens, mais le ministère israélien de l’Intérieur a décidé de leur interdire l’entrée en Israël, estimant que leur visite s’inscrivait dans le cadre « d’activités de boycott anti-israélien », selon le communiqué.

« La décision a été prise avec l’accord du Premier ministre Benjamin Netanyahu, du ministre des Affaires étrangères, Israël Katz, et du ministre des Affaires stratégiques, Gilad Erdan », a indiqué son bureau en fin d’après-midi.

« La décision a été prise après que le ministre Deri eut constaté qu’elles étaient des avocates du boycott, par conséquent leur entrée sur le territoire devrait être refusée conformément à la loi. »

« L’État d’Israël respecte le Congrès américain dans le cadre de l’alliance étroite entre les pays, mais il est inconcevable que l’entrée soit accordée à ceux qui cherchent à nuire à l’État d’Israël même pendant leur visite. »

« Le ministre Deri a souligné que si une demande était présentée au nom de Mme Tlaib pour rencontrer les membres de sa famille pour des raisons humanitaires, sous réserve des engagements nécessaires, il en tiendrait compte. »

Plus tôt dans la journée, le président américain Donald Trump avait déclaré que si Israël les laissait entrer en Israël, il s’agirait d’une « faiblesse » de la part de l’État hébreu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a expliqué sa décision dans un communiqué diffusé par son bureau.

« Il n’y a aucun pays sur Terre qui respecte l’Amérique et le Congrès américain plus que l’État d’Israël », a déclaré le Premier ministre.

Il ajoute : « Israël est ouvert à tous les critiques et à toutes les critiques, à une exception près : la loi israélienne qui interdit aux personnes appelant au boycott et boycottant le pays, tout comme dans d’autres démocraties qui interdisent l’entrée à ceux qui, à leur avis, le feront dans le but de nuire à leur nation. »

« Les États-Unis se sont comportés de la sorte à l’égard d’un membre israélien de la Knesset et d’autres personnalités publiques du monde entier », note Netanyahu.

« Il y a quelques jours, nous avons reçu l’itinéraire de leur voyage, qui précise qu’elles ont planifié une visite dont le seul but était de soutenir les boycotts et de nier la légitimité d’Israël. Par exemple, elles ont appelé leur destination ‘Palestine’ et non pas ‘Israël’ et contrairement à tous les membres démocrates et républicains du Congrès, elles n’ont cherché à rencontrer aucun responsable israélien, qu’il soit issu du gouvernement ou de l’opposition. En outre, l’organisation qui finance leur voyage est Miftah, qui est un fervent partisan du BDS et qui compte parmi ses membres des individus qui expriment leur soutien au terrorisme mené contre Israël. »

Rashida Tlaib, représentante américaine d’origine palestinienne, et sa collègue Ilhan Omar « détestent Israël et tous les Juifs, et il n’y a rien qui puisse être dit ou fait pour les faire changer d’avis », avait affirmé le président américain sur Twitter.

« La décision israélienne d’interdire aux élues du Congrès Rashida Tlaib et Ilhan Omar de visiter la Palestine est un acte d’hostilité scandaleux contre le peuple américain et ses représentants », a déclaré dans un communiqué Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

« Que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sous la pression de Donald Trump, refuse l’entrée (en Israël et dans les Territoires palestiniens) de deux représentantes de l’Etat américain, représente un affront », a écrit Omar dans un communiqué.

Rappelant qu’il relevait de ses attributions d’élue à la Chambre d’effectuer des visites de contrôle dans les pays bénéficiaires de l’aide américaine, Ilhan Omar a taxé la décision des autorités israéliennes d’ « insulte aux valeurs démocratiques », provenant « de façon ironique de la ‘seule démocratie’ du Moyen Orient ».

Ce refus d’entrée est « une réponse glaçante adressée à une visite de responsables d’un pays allié », a-t-elle ajouté.

Le puissant lobby américain pro-Israël Aipac a ainsi pris nettement ses distances avec l’annonce des autorités israéliennes.

« Nous désapprouvons le soutien des représentantes Omar et Tlaib au mouvement anti-Israël et anti-paix BDS, mais nous pensons également que tout membre du Congrès devrait être en mesure de se rendre chez notre allié démocratique Israël pour le découvrir en personne », a affirmé sur Twitter l’Aipac.

L’American Jewish Committee (AJC), l’une des plus anciennes organisations de défense de la cause juive, a aussi estimé dans un communiqué que « visiter Israël » était « nécessaire pour mieux comprendre ce pays dynamique et les défis sécuritaires très réels auxquels il est confronté ».

Tout en dénonçant les intentions prêtées aux deux élues, qui n’envisageaient pas selon cette organisation d’écouter le point de vue israélien durant leur visite, l’AJC a ajouté qu’Israël n’avait pas fait acte de « sagesse ».

« Les conséquences de l’interdiction d’entrée faite à deux membres du Congrès risquent d’être plus graves, aux Etats-Unis, que le choix inverse », a ajouté l’organisation.

Tandis que les responsables républicains se montraient très discrets, le patron des Sénateurs démocrates Chuck Schumer a affirmé que l’interdiction était « un signe de faiblesse, pas de force » de la part d’Israël.

« Aucune société démocratique ne devrait craindre un débat ouvert », a-t-il ajouté, appelant l’Etat hébreu à revenir sur sa décision. Selon lui, celle-ci nuira aux relations israélo-américaines et réduira le soutien des Américains à l’État juif.

David Friedman, ambassadeur des États-Unis en Israël, a lui publié un communiqué dans lequel il a déclaré « soutenir et respecter » la décision d’Israël.

« Le mouvement BDS contre Israël n’est pas une liberté d’expression, a déclaré Friedman. Il s’agit plutôt d’une guerre économique conçue pour délégitimer et finalement détruire l’État juif. Israël a légitimement adopté des lois interdisant l’entrée de militants du BDS dans les circonstances présentes et a parfaitement le droit de protéger ses frontières contre ces militants, de la même manière qu’il interdirait l’entrée à des armes plus conventionnelles au sein de ses frontières. »

À l’instar du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Friedman a reproché à Omar et à Tlaib de « limiter [leur] voyage à des tournées organisées par les activistes les plus virulents du BDS. Ce voyage est purement et simplement rien d’autre qu’un effort visant à alimenter la machine BDS, que ces femmes du Congrès, Tlaib et Omar, soutiennent avec vigueur. »

Le président Trump a été critiqué pour sa prise de position contre les élues du Congrès – alors même que le département d’Etat américain affirme sur son site internet œuvrer à « la liberté de voyager » en Israël « pour tous les ressortissants américains, quelle que soit leur origine ».

« On ne peut pas mieux démontrer que Trump veut détruire les bases bipartisanes de la relation américano-israélienne », a réagi l’ex-ambassadeur des Etats-Unis en Israël Dan Shapiro (2011-2017).

« Les amis de première classe ne traitent pas des représentants des Etats-Unis comme des citoyens de seconde classe », a renchéri l’ex-maire démocrate de Chicago Rahm Emanuel, accusant Donald Trump et Benjamin Netanyahu d’avoir « tous les deux tort ».

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