Israël : le président Rivlin, stratège politique malgré lui
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Israël : le président Rivlin, stratège politique malgré lui

L'ancien ministre de 80 ans, avocat de formation, tente de sortir son pays de l'impasse dans laquelle il se trouve depuis les législatives du 17 septembre

Le président Reuven Rivlin participe au service funéraire de l'ancien président décédé de la Cour suprême israélienne Meir Shamgar, à la Cour suprême de Jérusalem, le 22 octobre 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Le président Reuven Rivlin participe au service funéraire de l'ancien président décédé de la Cour suprême israélienne Meir Shamgar, à la Cour suprême de Jérusalem, le 22 octobre 2019. (Hadas Parush/Flash90)

Sourire débonnaire et airs de grand-père bienveillant, le président israélien Reuven Rivlin était apparemment destiné à n’avoir qu’une fonction honorifique comme ses prédécesseurs, mais la crise politique en cours l’a propulsé sur le devant de la scène.

L’ancien ministre de 80 ans, avocat de formation, tente de sortir son pays de l’impasse dans laquelle il se trouve depuis les législatives du 17 septembre – les deuxièmes en six mois – qui n’ont pas désigné de vainqueur clair.

Les résultats particulièrement serrés du scrutin n’ont en effet pas permis au Premier ministre sortant Benjamin Netanyahu, chef du Likud, ni à son rival centriste Benny Gantz du parti kakhol lavan d’obtenir une majorité leur permettant de former une coalition.

Lundi, après 25 jours d’âpres négociations, M. Netanyahu a remis son mandat à Reuven Rivlin après avoir échoué à former un gouvernement. Le président a annoncé son intention de mandater M. Gantz pour qu’il tente à son tour de former un gouvernement.

Surnommé Rouvi, Reuven Rivlin, populaire ancien président du Parlement, pousse pour la formation d’un gouvernement d’union nationale réunissant MM. Netanyahu et Gantz. Il a affirmé à maintes reprises qu’il ferait tout pour éviter l’organisation d’une troisième élection.

Le président Reuven Rivlin à sa résidence officielle à Jérusalem pour un événement célébrant Souccot, le 17 octobre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

« Il y a des moments dans la vie d’un peuple, lors desquels le président doit, dans le cadre de son rôle officiel, intervenir », a-t-il déclaré le 3 octobre lors de la première réunion du Parlement après les législatives.

Pour extirper le pays de l’impasse politique, M. Rivlin a proposé un compromis : une rotation selon laquelle Benjamin Netanyahu serait le premier à occuper la fonction de Premier ministre, mais serait remplacé par M. Gantz dès sa probable inculpation pour corruption d’ici la fin de l’année.

Ses efforts n’ont pour le moment pas donné de résultats.

« C’est la première fois depuis 1949 que le président a un rôle aussi significatif », note Denis Charbit, professeur de sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël, près de Tel Aviv.

« Le président a dû endosser un rôle moins automatique : jusque là, il enregistrait. C’est la première fois qu’il a à prendre position sur des résultats aussi serrés », analyse M. Charbit.

En 1984, une élection serrée avait abouti, sous l’égide du président de l’époque, à la formation d’un gouvernement d’union, mais la situation politique actuelle est beaucoup plus compliquée, estiment des analystes.

Le président Reuven Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et des leaders de parti lors d’une photo de groupe pendant la cérémonie de prestation de serment des députés lors de la 22e Knesset de Jérusalem, le 3 octobre 2019. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Comme Benjamin Netanyahu, Reuven Rivlin est issu du Likud, imprégné du sionisme dit « révisionniste », un mouvement nationaliste qui souhaite la création d’un « Grand Israël » s’étendant de la Méditerranée au fleuve Jourdain, et excluant la création d’un Etat palestinien.

Mais malgré des opinions politiques proches de celles de M. Netanyahu, le président entretient des relations notoirement mauvaises avec le Premier ministre.

« Malgré tout ce qu’on a pu dire sur leur franche hostilité, Rivlin s’est conduit en vrai gentleman », en proposant un compromis incluant MM. Gantz et Netanyahu, estime Denis Charbit.

La célèbre émission satirique « Eretz Nehederet » (sorte de « Guignols de l’Info » israéliens) caricature régulièrement M. Rivlin en politicien bedonnant et rigolard, qui assène à coup de plaisanteries ses quatre vérités au monde politique, au premier rang duquel Benjamin Netanyahu.

Mais dans la réalité, le président a été très prudent face aux démêlés juridiques du Premier ministre, qui pourrait être mis en examen pour corruption dans les prochaines semaines.

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz (à gauche), le président Reuven Rivlin (C) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) se rencontrent à la résidence du Président à Jérusalem, le 25 septembre 2019. (Amos Ben Gershom/GPO)

M. Rivlin « n’a pas d’autre choix que d’essayer de faire en sorte que (MM.) Gantz et Netanyahu partagent le pouvoir », a récemment écrit Anshel Pfeffer, analyste politique du quotidien de gauche Haaretz.

Favorable à la colonisation des Territoires palestiniens, cet ancien des renseignements militaires plaide parallèlement pour le rapprochement avec les Arabes israéliens, descendants des Palestiniens restés sur leur terre après la création d’Israël en 1948, et qui représentent environ 20 % de la population d’Israël.

En 2018, il avait demandé des amendements au projet controversé de loi dite de « l’Etat-nation », défendue par M. Netanyahu, qui avait été finalement voté et qui consacre Israël comme Etat juif.

En mars dernier, il avait affirmé lors d’une conférence qu’Israël devait être un « Etat démocratique et juif, et pas démocratique juste pour les Juifs ».

« Le devoir » de Reuven Rivlin est aussi, a estimé Anshel Pfeffer en citant les divisions de la société israélienne, « de mettre un terme à l’ère Netanyahu en limitant au maximum le traumatisme national ».

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