Israël-Maroc: « trahison » pour l’Iran, « manoeuvres » de déstabilisation pour Alger
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Israël-Maroc: « trahison » pour l’Iran, « manoeuvres » de déstabilisation pour Alger

Les deux pays alliés ont fustigé la reprise des relations en recourant à un vocabulaire utilisant les tropes de la propagande anti-israélienne ; Oman salue l'annonce

Ali Akbar Velayati, haut-conseiller du Guide suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei. (Crédit : AP Photo/Ebrahim Noroozi)
Ali Akbar Velayati, haut-conseiller du Guide suprême iranien, l'Ayatollah Ali Khamenei. (Crédit : AP Photo/Ebrahim Noroozi)

L’Iran a condamné la reprise des relations israélo-marocaines.

« La récente normalisation des liens entre le Maroc et les sionistes n’est pas une nouveauté » dans la mesure où, « au cours des dernières décennies, [Rabat] a maintenu des relations ouvertes ou secrètes » avec Israël, écrit Ali Akbar Velayati, conseiller diplomatique du guide suprême iranien dans un communiqué publié vendredi soir.

« Ce qui est nouveau dans cette annonce […] c’est l’accord conclu entre la triade Amérique – Maroc – régime sioniste, par lequel la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental est reconnue par les Etats-Unis en échange, par le Maroc, d’une trahison de l’islam et de la cause palestinienne, d’un coup de poignard dans le coeur des Palestiniens et de la vente de l’honneur des musulmans à l’internationale sioniste », ajoute le texte.

Rabat a confirmé jeudi que le Maroc allait « reprendre les contacts officiels […] et les relations diplomatiques dans les meilleurs délais avec Israël ».

Cette déclaration avait suivi un tweet du président américain sortant, Donald Trump, annonçant que deux « grands amis » des Etats-Unis, « Israël et le Royaume du Maroc, [avaient] accepté de reprendre complètement leurs relations diplomatiques ».

Le président Donald Trump prononce un discours dans l’East Room à la Maison Blanche, pendant la nuit électorale, le 4 novembre 2020. (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

M. Trump a également déclaré reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, région toujours considérée comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif du conflit opposant depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis.

Ennemis de plus de 40 ans, la République islamique et les Etats-Unis n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1980. Téhéran et Rabat entretiennent de longue date des relations compliquées.

Alger dénonce des « manoeuvres » de déstabilisation et Israël

L’Algérie a elle dénoncé samedi des « manœuvres étrangères » visant à la déstabiliser et pointé du doigt Israël.

« Il y a des manœuvres étrangères qui visent à déstabiliser l’Algérie. Il y a maintenant une volonté de ‘l’entité sioniste’ (ndlr : Israël) de se rapprocher de nos frontières », a accusé le Premier ministre algérien, Abdelaziz Djerad, dans la première réaction de son pays à la décision américaine.

Abdelaziz Djerad, Premier ministre algérien. (Capture d’écran YouTube)

L’annonce surprise jeudi du président sortant, Donald Trump, de reconnaître la souveraineté marocaine sur l’ancienne colonie espagnole disputée, en échange de l’engagement de Rabat à normaliser ses relations avec Israël, a été aussitôt rejetée par les indépendantistes du Front Polisario soutenus par l’Algérie.

« Le conflit du Sahara occidental est une question de décolonisation qui ne peut être résolue qu’à travers l’application du droit international », a réaffirmé samedi, dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères, soulignant que la décision américaine était « sans effet juridique ».

Parmi ceux qui ont salué ces relations, Oman est le seul à ne pas avoir de relations diplomatiques avec Israël. Ces derniers mois, Mascate a été considérée comme un candidat potentiel et a même envoyé son ambassadeur à la cérémonie de signature des accords d’Abraham à la Maison Blanche en septembre. Cependant, les dirigeants du pays – comme ceux de l’Arabie Saoudite – ont insisté sur le fait que leur engagement envers l’État palestinien est sacro-saint.

Néanmoins, le ministère des Affaires étrangères d’Oman a publié jeudi une déclaration saluant « la reconnaissance par les Etats-Unis du Sahara occidental comme faisant partie du Maroc et l’annonce du Roi Mohammed VI sur la normalisation avec Israël ».

Mascate a exprimé l’espoir que ce nouvel accord « renforcera les efforts en vue d’une paix durable et juste au Moyen-Orient ».

Le Polisario se dit « en état de guerre de légitime défense » depuis que le Maroc a envoyé le 13 novembre des troupes à l’extrême sud du territoire pour chasser un groupe de militants indépendantistes sahraouis qui bloquait la seule route vers la Mauritanie.

Cette route a été construite en violation de l’accord de cessez-le-feu de 1991 signé sous l’égide de l’ONU après 15 ans de combat, selon le Polisario qui n’a pas exclu « l’extension des batailles au territoire marocain ».

La question du statut du Sahara occidental, toujours considéré comme un « territoire non autonome » par l’ONU en l’absence d’un règlement définitif, oppose depuis des décennies le Maroc aux indépendantistes sahraouis.

Le Polisario, qui réclame un référendum d’autodétermination, prévu par l’ONU, tandis que le Maroc, qui contrôle plus des deux tiers de ce vaste territoire désertique, propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté.

Les négociations menées par l’ONU et impliquant le Maroc et le Polisario avec l’Algérie et la Mauritanie en tant qu’observateurs sont suspendues depuis mars 2019.

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