Israël menace Unilever de « graves conséquences » après le boycott de Ben&Jerry’s
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Israël menace Unilever de « graves conséquences » après le boycott de Ben&Jerry’s

Pour le Premier ministre, le gel des ventes est "clairement anti-israélien" et aura des répercussions ; Erdan exhorte 35 gouverneurs US à agir contre les "pratiques antisémites"

Le Premier ministre Naftali Bennett prononce des remarques télévisées à l'aéroport Ben Gurion, le 22 juin 2021. (Crédit: Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett prononce des remarques télévisées à l'aéroport Ben Gurion, le 22 juin 2021. (Crédit: Flash90)

Le Premier ministre israélien a menacé mardi le directeur d’Unilever, propriétaire du fabricant américain de glaces Ben & Jerry’s de « graves conséquences » après l’annonce la veille par la compagnie de l’arrêt de la vente de ses produits dans les « territoires palestiniens occupés ».

« Du point de vue de l’Etat d’Israël, cette action aura de graves conséquences notamment sur le plan juridique », a affirmé Naftali Bennett, selon un communiqué de son bureau, précisant qu’il s’était entretenu avec Alan Jope, le patron d’Unilver.

Le Premier ministre israélien considère cette décision « de boycotter Israël comme une action anti-israélienne claire ».

Bennett a dit au PDG d’Unilever, Alan Jope, qu’il prenait « très au sérieux la décision de Ben & Jerry’s de boycotter Israël », selon le communiqué.

Le Premier ministre israélien considère cette décision « de boycotter Israël comme une action anti-israélienne claire ».

« Du point de vue de l’Etat d’Israël, cette action aura de graves conséquences notamment sur le plan juridique », a affirmé Naftali Bennett. Il a ajouté que l’Etat juif « agira vigoureusement contre tout acte de boycott dirigé contre ses citoyens », précise le communiqué.

La conversation a eu lieu après que le géant de la crème glacée a annoncé lundi qu’il ne distribuerait plus ses produits dans les « territoires palestiniens occupés », faisant apparemment référence aux implantations de Cisjordanie, bien qu’il ait promis que les produits resteraient disponibles en Israël.

Dans un communiqué publié lundi, la filiale d’Unilever a déclaré : « Nous pensons qu’il n’est pas compatible avec nos valeurs que les glaces Ben & Jerry’s soient vendues dans les territoires palestiniens occupés ».

« Nous avons un partenariat de longue date avec les détenteurs de notre licence qui fabriquent nos glaces en Israël et les distribuent dans la région », ajoute Ben & Jerry’s, qui a toutefois décidé de ne pas renouveler l’accord de licence qui expire en fin d’année prochaine.

Ben & Jerry’s précise toutefois dans son communiqué qu’il va « rester en Israël », bien que ses produits ne soient plus vendus dans les territoires.

Parallèlement, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis, Gilad Erdan, a envoyé lundi soir des lettres aux gouverneurs de 35 États qui ont adopté des lois contre le boycott d’Israël, leur demandant d’imposer des sanctions à Ben and Jerry’s conformément à leur propre législation.

« Nous ferons comprendre à Ben and Jerry’s International que leur décision scandaleuse aura des répercussions », a déclaré Erdan, dans un tweet comprenant une copie de sa lettre.

Erdan a écrit dans la lettre que le « boycott de centaines de milliers de citoyens vivant en Judée et en Samarie » est « l’adoption de facto de pratiques antisémites et la promotion de la délégitimation de l’État juif et de la déshumanisation du peuple juif. » Il a employé les termes bibliques pour désigner la Cisjordanie.

Erdan a noté qu’il y avait des « répercussions juridiques » à ces décisions basées sur les lois de l’État. Il a demandé instamment que les « entreprises américaines ayant des programmes idéologiques radicaux » ne soient pas autorisées à opérer à l’encontre de la politique américaine. Il a également noté que puisque des Palestiniens font leurs courses et travaillent dans les mêmes supermarchés de Cisjordanie que les Israéliens en Cisjordanie, ils seront également pénalisés.

Il a demandé aux gouverneurs de « s’élever » contre la décision de l’entreprise et de prendre « toute autre mesure pertinente, y compris en relation avec les lois de votre État et les relations commerciales entre Ben and Jerry’s et votre État. »

Gilad Erdan a rappelé que des pressions similaires avaient, en 2018, incité Airbnb à revenir sur une décision similaire contre la collaboration avec les implantations israéliennes en Cisjordanie.

L’ambassadeur israélien Gilad Erdan prend la parole à l’ONU à New York. (Crédit : Shahar Azran/ Mission israélienne auprès de l’ONU)

Uri Kendler, vice-président de Ben & Jerry’s Israël, un licencié du fabricant mondial de crème glacée, a déclaré mardi que cette décision était une capitulation face au mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël.

Kendler a déclaré à la radio 103FM que le mouvement BDS exerçait depuis des années des pressions sur Ben & Jerry’s, que lui-même et d’autres membres de la société israélienne s’efforçaient de contrer.

« Ils ont toujours résisté » à la pression, a-t-il déclaré. « Ils ont fait la différence entre nos activités et les activités politiques en Israël, et ont compris que c’est très compliqué ici. »

« Malheureusement, le BDS les a persuadés », a déclaré Kendler, notant que le lobbying s’était intensifié à la suite du conflit de mai entre Israël et le groupe terroriste du Hamas qui dirige la bande de Gaza.

Le PDG d’Unilever Alan Jope, en décembre 2020. (Capture d’écran YouTube)

Dans une autre interview accordée au radiodiffuseur public Kan, Kendler a déclaré : « Nous avons reçu une demande illégale et illégitime de ne pas vendre dans les implantations et à Jérusalem ».

Israël considère la totalité de Jérusalem comme sa capitale, alors que la plupart de la communauté internationale ne reconnaît pas sa souveraineté à Jérusalem-Est et les Palestiniens aspirent à en faire la capitale de leur futur État.

« Nous avons expliqué que nous ne sommes pas prêts à le faire », a-t-il déclaré. « Après des mois de négociations, ils ont pris une décision unilatérale avec une annonce qui est inacceptable pour nous. »

Kendler a déclaré que les dirigeants de Ben & Jerry avaient été nourris de désinformation par les activistes du BDS. Il a également critiqué le gouvernement pour avoir laissé Unilever poursuivre ses activités dans le pays alors que ses entités boycottent les implantations.

Des pots de glace Ben & Jerry’s en vente à Jérusalem le 19 juillet 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le PDG de Ben and Jerry’s Israël, Avi Zinger, a déclaré à Kan :  » Le fait que [Ben and Jerry’s] ait cédé est une grande réussite pour le BDS. »

Il a déclaré qu’à la lumière de l’atmosphère « insupportable » aux États-Unis, notamment à la suite du conflit de mai entre Israël et le Hamas, « ils ont pensé que s’ils me sacrifient, après 35 ans d’activité, ils auront un peu de calme. »

Mais ce qui inquiète particulièrement Zinger, c’est l’idée que de nombreux Israéliens puissent cesser d’acheter la glace, même si elle est fabriquée localement : « Il est important que les gens fassent la différence entre le produit bleu et blanc [israélien] et l’entreprise internationale. »

Un tollé s’est élevé lundi contre Ben & Jerry’s à la suite de cette annonce.

Bennett a publié une déclaration affirmant que Ben & Jerry’s avait décidé de se positionner comme une « crème glacée anti-israélienne ». « C’est une erreur morale et je crois que cela se révélera être une erreur commerciale également », a déclaré Bennett.

Le ministre des Affaires étrangères, Yair Lapid, a également condamné la décision de Ben & Jerry’s, la qualifiant de « capitulation honteuse devant l’antisémitisme, devant BDS, devant tout ce qui est mauvais dans le discours anti-israélien et anti-juif ».

Le leader du parti Yesh Atid, Yair Lapid, s’exprime au siège du parti à Tel Aviv, lors de la soirée électorale du 23 mars 2021. (Miriam Alster/Flash90)

Cependant, Nadav Tamir, directeur exécutif de J Street, un groupe de pression pro-israélien qui s’oppose aux implantations de Cisjordanie, a déclaré à la radio de l’armée que la réponse d’Israël ne fait qu’encourager davantage d’activités BDS.

« Je suis un peu déçu de la réponse du ministre des Affaires étrangères Lapid », a-t-il déclaré à la station. « La législation contre le BDS est saisie par les libéraux aux États-Unis comme un moyen de faire taire les voix, de porter atteinte à la liberté d’expression, et comme anti-démocratique. »

Bien que l’annonce publiée indique que la société a l’intention de continuer à travailler en Israël – mais pas dans ses implantations – par l’intermédiaire d’un distributeur différent, on ignore si ce sera effectivement le cas. L’annonce a apparemment été publiée par Unilever sans consultation préalable du conseil d’administration de Ben & Jerry’s. Anuradha Mittal, présidente de Ben & Jerry’s, a déclaré à NBC News que la société avait l’intention de publier une autre déclaration. Selon la chaîne, la déclaration prévue ne mentionnait pas l’engagement de continuer à faire des affaires avec l’État juif.

Fondée en 1978, Ben & Jerry’s est une entreprise connue pour ses engagements pour la protection de l’écologie, pour le respect des droits humains ou la question des inégalités.

L’AFP a contribué à cet article.

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