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Israël met fin à de lucratifs programmes américains de formation médicale

Les universités perdront une source importante de revenus mais cette mesure vise à remédier à la future pénurie de places pour les étudiants israéliens

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Un étudiant se familiarise avec la médecine d'urgence à la Medical School for International Health (MSIH) à l'hôpital Soroka. (Crédit : Avec l'aimable autorisation de la MSIH)
Un étudiant se familiarise avec la médecine d'urgence à la Medical School for International Health (MSIH) à l'hôpital Soroka. (Crédit : Avec l'aimable autorisation de la MSIH)

Israël a annoncé la fermeture de trois programmes américains lucratifs de formation médicale dans des universités israéliennes, afin de libérer de la place pour les étudiants locaux, le pays étant confronté à une pénurie de médecins.

Dans le cadre de ces programmes, des ressortissants étrangers – principalement des Américains, mais pas exclusivement – étudient la médecine en anglais tout en vivant en Israël, puis s’inscrivent pour leur Clinicat aux États-Unis.

Cette mesure, qui a été approuvée par le Conseil de l’enseignement supérieur, le ministère de l’Éducation et le ministère de la Santé, devrait permettre d’augmenter le nombre d’étudiants en médecine israéliens de 130 par an, à partir de 2023. Elle intervient après qu’Israël a cessé de reconnaître les diplômes de médecine d’un certain nombre de pays, principalement d’Europe de l’Est, en raison de problèmes de qualité, ce qui entraîne une pénurie imminente de médecins.

« Cette mesure contribuera à répondre aux besoins croissants de l’État d’Israël, dans le cadre de notre programme global visant à augmenter considérablement le nombre d’étudiants en médecine », a déclaré la ministre de l’Éducation, Yifat Shasha-Biton, dans un communiqué.

Trois universités proposent actuellement des programmes accrédités par les États-Unis : l’université de Tel Aviv, l’université Ben Gurion de Beer Sheva et le Technion – Institut israélien de technologie à Haïfa.

Dans le cadre de ces programmes, les ressortissants étrangers étudient la médecine en anglais tout en vivant en Israël et s’inscrivent ensuite pour des Clinicats aux États-Unis. Dans certains cas, après avoir terminé leur Clinicat, les étudiants reviennent en Israël pour pratiquer la médecine, mais la majorité reste aux États-Unis ou au Canada.

La mesure entrera en vigueur au début de l’automne 2023 ; les étudiants actuellement inscrits seront autorisés à terminer leurs études.

Bien que le ministère de Shasha-Biton et le Conseil de l’enseignement supérieur aient présenté la fermeture des programmes américains comme une avancée majeure dans la lutte contre la pénurie imminente de médecins, ils ont omis de mentionner les coûts de la fermeture de ces programmes, dont certains existent depuis plusieurs décennies.

Les études de médecine représentent actuellement une importante source de revenus pour les trois universités israéliennes qui les proposent. Les frais de scolarité des programmes américains – environ 40 000 dollars par an – sont plus de dix fois supérieurs à ceux des programmes médicaux israéliens, qui s’élèvent à environ 11 000 shekels par an.

Pour compenser cette perte, le gouvernement subventionnera les universités à hauteur de 58 000 shekels par an pour chaque étudiant israélien supplémentaire accueilli (cela reste bien en dessous de ce qu’elles recevraient des programmes, désormais annulés).

Le complexe Sackler Health and Sciences de l’université de Tel Aviv. (Crédit : Capture d’écran Google Street View)

En termes moins quantifiables, l’arrêt de ces programmes ferme également une voie importante des relations entre Israël et la diaspora. Grâce à ces programmes, des milliers de médecins américains – Juifs pour la plupart, mais pas seulement – ont passé un temps considérable en Israël, apprenant à connaître le pays et développant des liens profonds avec celui-ci et sa population.

Bien qu’il n’ait pas été tout à fait clair si son bureau avait été consulté en amont sur la question, le ministre des Affaires de la Diaspora, Nachman Shai, a déclaré qu’il soutenait cette initiative.

« Je pense que c’était la bonne décision à prendre. Aujourd’hui, nous avons de nombreux moyens de promouvoir les relations entre Israël et les Juifs de la diaspora, tels que les multiples programmes éducatifs de Masa et Taglit », a déclaré Shai par l’intermédiaire d’un porte-parole, en faisant référence à de courts voyages axés sur les loisirs.

« Je crois que dans ce cas, il est approprié d’augmenter le nombre de places disponibles pour les citoyens israéliens dans les écoles de médecine, au lieu de ne leur donner d’autre choix que de partir étudier à l’étranger et peut-être de ne pas revenir chez eux », a-t-il ajouté.

Au fil des ans, un certain nombre d’études nationales et internationales ont mis en garde contre une pénurie imminente de médecins en Israël, car ceux qui atteignent l’âge de la retraite ne sont pas remplacés assez rapidement.

Selon un rapport de l’OCDE de 2019, près de 60 % des médecins israéliens sont formés à l’étranger, ce qui est bien supérieur à la moyenne de 18 % au sein de l’OCDE. Cette situation s’est encore aggravée car Israël a limité le nombre de pays dont les programmes médicaux sont reconnus par le Conseil de l’enseignement supérieur.

« La pénurie de ressources humaines dans le système de santé est un problème national qui a été négligé pendant des années, et aujourd’hui, la plupart des étudiants en médecine étudient à l’étranger. Ces places sont nécessaires pour les étudiants israéliens et non pour les étudiants étrangers qui ne prévoient pas forcément de travailler par la suite dans le système de santé israélien », a déclaré le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz, dans un communiqué.

La fermeture des programmes américains ne permettra pas de remédier entièrement à la pénurie de médecins qui se profile en Israël, ni de réduire considérablement le nombre d’étudiants en médecine israéliens inscrits à des programmes à l’étranger. Cependant, Horowitz a déclaré que des plans étaient également en cours pour augmenter le nombre de places disponibles dans les programmes médicaux israéliens par d’autres moyens.

« Cela fait partie d’un effort plus large que nous déployons pour nous attaquer à la racine du problème », a déclaré le ministre de la Santé.

La pénurie a généralement été attribuée à l’incapacité d’accueillir les étudiants en médecine dans les hôpitaux, et non dans des salles de classe.

L’année prochaine, les écoles de médecine israéliennes pourront accueillir un peu moins de 1 000 nouveaux étudiants, soit 70 de plus que l’année précédente.

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