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Israël ne participe pas à la réunion sur l’antisémitisme en Pologne

Si les relations entre la Pologne et Israël sont tendues depuis quelques années, un sénateur polonais veut croire à un réchauffement des liens

Le sénateur polonais Michal Kaminski s'adresse au gala de l'Association juive européenne à Cracovie, le 8 novembre 2021. (Crédit : Yossi Zeliger/EJA)
Le sénateur polonais Michal Kaminski s'adresse au gala de l'Association juive européenne à Cracovie, le 8 novembre 2021. (Crédit : Yossi Zeliger/EJA)

Cracovie, Pologne – Un politicien de l’opposition polonaise a regretté l’adoption d’une loi cet été qui a limité les efforts de restitution de la Shoah, et a dit espérer que les liens entre la Pologne et Israël – gelés par la législation – seront bientôt réparés.

« Personnellement, dès le début, j’étais opposé aux deux législations qui ont fait tant de dégâts aux relations polono-israéliennes », a déclaré Michał Kaminski, sénateur polonais et maréchal adjoint du Sénat avec l’Union des démocrates européens (opposition), au Times of Israel lors d’une interview en début de semaine avant de préciser que « ces législations auxquelles je me suis opposé dans les deux chambres sont très malheureuses ».

Michał Kaminski fait non seulement référence à la législation de juillet concernant les restitutions de la Shoah, mais aussi à une loi de 2018 qui criminalise les déclarations impliquant que la nation polonaise a joué un rôle dans la victimisation des Juifs pendant la Shoah. La loi a ensuite été modifiée de sorte à supprimer la possibilité de poursuites pénales, mais la législation a provoqué d’importantes tensions diplomatiques entre Varsovie et Israël.

La relation s’est davantage dégradée trois ans plus tard, en juillet dernier, avec l’adoption d’une loi qui empêche toute restitution future aux héritiers des biens saisis par les nazis pendant la Shoah. Plusieurs pays ont rappelé leurs ambassadeurs et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a qualifié la loi « d’antisémite et d’immorale ».

La Pologne « s’est transformée en un pays antidémocratique et illibéral qui ne respecte pas la plus grande tragédie de l’histoire humaine », avait déclaré Yair Lapid. Ce à quoi la Pologne a répondu en qualifiant le comportement d’Israël “d’infondé et d’irresponsable ».

Michał Kaminski – ancien ministre et ancien membre du Parlement européen – a laissé entendre que les liens entre Israël et la Pologne ne seraient pas irrémédiablement endommagés, et a affirmé que le soutien à Israël était une question bipartisane à Varsovie.

« En termes de soutien à Israël sur la scène internationale, l’opposition polonaise est absolument du même côté que le gouvernement polonais. Nous soutenons Israël en tant qu’État, nous soutenons la lutte d’Israël contre le terrorisme, et nous soutenons Israël en tant que démocratie stable au Moyen-Orient », a-t-il déclaré.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (à gauche) prend la parole lors d’une cérémonie à Rabat, le 11 août 2021. Le président polonais Andrzej Duda (à droite) arrive pour un sommet de l’OTAN à Bruxelles, le 14 juin 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO ; Kenzo Tribouillard/Pool via AP)

Michał Kaminski a noté que la Pologne était toujours l’un des plus fervents partisans d’Israël au sein de l’Union européenne, et a suggéré que le désaccord était motivé par des besoins de politique intérieure des deux parties, chose qu’il a qualifié de « malheureuse ».

« La Pologne est toujours un pays dans lequel l’attitude envers l’État d’Israël est absolument indiscutable », a-t-il dit au Times of Israel en marge d’une conférence sur l’antisémitisme organisée à Cracovie par l’Association juive européenne.

Trois mois après le gel des liens entre Jérusalem et Varsovie, il y avait peu de signes de dégel à la conférence en Pologne, mais un optimisme prudent survient désormais.

Un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré au Times of Israel que toute amélioration des liens « dépend essentiellement de la Pologne », ajoutant que : « La crise est due à la loi. Pour régler le problème, ils devraient s’y attaquer. »

Alors que des politiciens, des ministres et des parlementaires d’un large éventail de pays ont participé à la conférence, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France, la Hongrie, la Slovénie, les Pays-Bas et même le Congo, pas un seul représentant du gouvernement ou du Parlement israélien n’était présent. Le seul Israélien inscrit à l’ordre du jour de la conférence était le rabbin Yisrael Meir Lau, ancien grand rabbin et actuel président de Yad Vashem.

Dans un message vidéo diffusé lors du dîner de gala de la conférence, le Premier ministre Naftali Bennett a souligné que « les Juifs ne devraient pas lutter seuls contre l’antisémitisme » et a déclaré que l’antisionisme était la « manifestation moderne » de l’antisémitisme.

Un représentant du gouvernement polonais – Wojciech Kolarski, secrétaire d’État à la chancellerie du président – devait initialement assister à la conférence mais a annulé pour des raisons non précisées. Son bureau n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Des milliers de nationalistes polonais marchent vers l’ambassade des États-Unis, à Varsovie, en Pologne, le 11 mai 2019, pour protester contre la pression exercée par Washington pour indemniser les Juifs dont les familles ont perdu des biens pendant la Shoah. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

Au lieu de cela, un conseiller du président Andrzej Duda a lu une lettre du président lors de la conférence, qui soulignait la nécessité de se souvenir de « tous les Polonais » aux côtés des victimes juives de la Shoah, et soulignait que « la Pologne contemporaine est un pays sûr et amical » pour les Juifs.

Les responsables de l’EJA ont déclaré avoir invité le ministre israélien de la Culture, Chili Tropper, à assister à la conférence, mais que celui-ci avait refusé. Le bureau de Chili Tropper a déclaré que son agenda était trop chargé pour lui permettre d’y assister.

Les organisateurs de la conférence ont suggéré que les représentants du gouvernement israélien ne souhaitaient pas participer à la conférence à cause de l’incertitude du calendrier des votes de budget finalement achevés la semaine dernière.

Alex Benjamin, le directeur de l’EJA, a déclaré au Times of Israel que la crise des liens entre Israël et la Pologne « a peut-être fait partie de l’équation » pour les responsables israéliens qui ont choisi de ne pas assister à la conférence.

Mais il a ajouté qu’il y avait « des choses qui transcendent les désaccords politiques », et que pour Israël, « de telles considérations et de telles querelles diplomatiques sont insignifiantes lorsqu’il s’agit d’honorer les morts d’Auschwitz et les discussions sur l’antisémitisme ».

Michał Kaminski s’est entretenu avec le Times of Israel immédiatement après avoir pris la parole lors d’un dîner de gala au rassemblement de l’EJA à Cracovie, lundi. Considéré comme un ami proche d’Israël et de la communauté juive d’Europe, ses remarques publiques ont fait écho à l’équation de Naftali Bennett entre antisémitisme et antisionisme : « Combattre l’antisémitisme et se tenir aux côtés d’Israël et de son peuple – nous menons le même combat. »

Le sénateur polonais a déclaré au Times of Israel que, même s’il comprend l’indignation des Juifs et des Israéliens face à la législation sur la restitution, il ne pense pas qu’elle visait spécifiquement les cas des survivants et des victimes de la Shoah.

« La législation sur les droits de propriété est dirigée dans 85 à 90 % des cas, non pas contre les Juifs, mais contre les citoyens polonais. Je comprends la colère du peuple juif, des politiciens israéliens, d’un côté, j’ai voté contre la loi. Mais pour être honnête, cette loi n’est pas dirigée contre les Juifs en tant que tels », a-t-il déclaré.

Artur Hofman, le chef de l’organisation culturelle juive polonaise TSKZ, dépose une gerbe à Auschwitz, le 9 novembre 2021. (Crédit : Yossi Zeliger/EJA)

Varsovie affirme que la loi renforcera la sécurité juridique sur le marché immobilier, mais les opposants affirment qu’elle est injuste pour ceux qui ont des revendications légitimes, notamment les survivants de la Shoah et leurs proches.

La loi fixe une date limite de 10 à 30 ans pour la contestation des décisions administratives passées concernant la restitution des biens perdus pendant la Seconde Guerre mondiale. Les détracteurs de la loi estiment qu’elle empêchera effectivement les Juifs de réclamer les biens saisis avant et pendant la Shoah.

La Pologne est le seul pays de l’Union européenne qui n’a pas adopté de législation nationale complète pour restituer ou indemniser les biens privés confisqués par les nazis ou nationalisés par le régime communiste.

Artur Hofman, président du groupe culturel TSKZ, la plus grande organisation juive polonaise, a déclaré au Times of Israel que, si la loi est problématique, l’indignation ignore des questions plus locales.

« Je sais que tout le monde, en Israël, aux États-Unis, demande de l’argent provenant de propriétés en Pologne. Mais les Juifs polonais sont comme des jouets dans ce jeu. Personne ne nous demande notre avis », a affirmé Artur Hofman au Times of Israel avant de souligner que des bâtiments culturels ayant appartenu à la communauté juive de Varsovie avaient été saisis par le gouvernement et n’avaient jamais été restitués.

Il a affirmé que les fonds de restitution demandés par des organisations aux États-Unis et en Israël étaient rarement distribués aux survivants de la Shoah, et que l’argent devrait plutôt rester dans la communauté juive polonaise et servir à des projets de commémoration et d’éducation.

« Il devrait rester ici pour l’histoire, pour payer l’entretien des cimetières et des lieux spéciaux, mais aussi pour des livres et des films documentaires », a-t-il déclaré avant de prédire que le gel entre Israël et la Pologne « va changer » car « il doit changer ».

Soulignant les résultats du vote de la Pologne à l’ONU sur les questions liées à Israël, il a conclu « qu’Israël n’a pas beaucoup d’amis, et la Pologne est un véritable ami d’Israël ».

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