Israël n’est pas la cause des problèmes du Moyen-Orient, selon la stratégie américaine de sécurité
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Israël n’est pas la cause des problèmes du Moyen-Orient, selon la stratégie américaine de sécurité

Le document diplomatique de Trump indique que "les Etats ont de plus en plus trouvé des intérêts communs" avec l'Etat juif ; blâme l'Iran et les djihadistes pour l'instabilité régionale

Le président américain Donald Trump parle de la nouvelle stratégie de sécurité nationale de son administration au Ronald Reagan Building et au International Trade Center à Washington le 18 décembre 2017. (AFP Photo / Mandel Ngan)
Le président américain Donald Trump parle de la nouvelle stratégie de sécurité nationale de son administration au Ronald Reagan Building et au International Trade Center à Washington le 18 décembre 2017. (AFP Photo / Mandel Ngan)

La première stratégie de sécurité nationale du président américain Donald Trump déclare qu’Israël n’est pas la cause profonde de la tourmente au Moyen-Orient, tout en plaçant l’Iran au premier rang des principaux défenseurs du terrorisme parrainé par l’État

Le document – conçu pour servir de cadre à l’approche de l’administration Trump sur le monde – dit que si le conflit israélo-palestinien a longtemps été considéré comme le principal obstacle à la paix et à la prospérité régionales, la montée des groupes terroristes djihadistes et l’Iran montre clairement que ce n’est pas le cas.

« Pendant des générations, le conflit entre Israël et les Palestiniens a été considéré comme le principal obstacle empêchant la paix et la prospérité dans la région. Aujourd’hui, les menaces des organisations terroristes djihadistes et la menace de l’Iran font prendre conscience qu’Israël n’est pas la cause des problèmes de la région. Les États ont de plus en plus souvent trouvé des intérêts communs avec Israël face à des menaces communes », indique le document.

Le texte publié lundi indique également que les Etats-Unis « restent déterminés à aider à faciliter un accord de paix global acceptable pour les Israéliens et les Palestiniens ».

Le document – qui est en préparation depuis 11 mois – est requis par la loi et est conçu pour servir de cadre à la manière dont l’Amérique aborde le monde.

Les stratégies de sécurité nationale précédentes ont été publiées sans grande démonstration et ont servi d’indicateurs, plutôt que pour faire autorité.

Mais dans cette administration sens dessus-dessous, le document a pris une signification supplémentaire. Les Alliés vont maintenant l’observer pour plus de clarté sur les intentions de la puissance économique et militaire prédominante du monde.

Le texte critique l’accord nucléaire iranien et affirme que Téhéran continue de déstabiliser le Moyen-Orient.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu au musée d’Israël à Jérusalem avant le départ de Trump, le 23 mai 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« L’Iran, le principal État sponsor du terrorisme dans le monde, a profité de l’instabilité pour étendre son influence chez ses partenaires et défenseurs, la prolifération des armes et le financement. Il continue de développer des missiles balistiques plus performants et des capacités de renseignement, et il entreprend des cyber-activités malveillantes. Ces activités se sont poursuivies sans relâche depuis l’accord nucléaire de 2015 », peut-on lire.

En ce qui concerne la Russie et la Chine, le document a eu recours à un langage remarquablement mordant pour évoquer Pékin et Moscou en tant que concurrents mondiaux.

« La Chine et la Russie défient le pouvoir, l’influence et les intérêts américains, tentant d’éroder la sécurité et la prospérité américaines », affirme le document, une rupture nette avec l’approche amicale de Trump envers les présidents Xi Jinping et Vladimir Poutine.

Accusant la Chine de chercher à « déplacer les Etats-Unis » en Asie, la stratégie est une litanie de griefs américains, du fait que les Chinois volent des données favorisant la diffusion des « données de leur système autoritaire ».

« Contrairement à nos espoirs, la Chine a étendu son pouvoir au détriment de la souveraineté des autres », selon le document.

Le président américain Donald Trump (L) serre la main avec le président chinois Xi Jinping à la fin d’une conférence de presse au Grand Palais du Peuple à Beijing, le 9 novembre 2017. (AFP Photo / Fred Dufour)empowered Chinese leader met for tough talks on trade and North Korea. / AFP PHOTO / Fred DUFOUR

Les armes nucléaires russes sont considérées comme « la menace existentielle la plus importante pour les États-Unis » et le Kremlin est décrit comme un pouvoir qui « cherche à rétablir son statut de grande puissance et à établir des sphères d’influence près de ses frontières ».

« La Russie vise à affaiblir l’influence des Etats-Unis dans le monde et à nous séparer de nos alliés et partenaires », prévient-il.

Trump s’est étendu sur la nouvelle stratégie – basée sur son slogan « America First » dans un discours prononcé à Washington lundi.

Il a déclaré qu’une nouvelle ère de concurrence était en cours et que les Etats-Unis poursuivraient leur doctrine de campagne « America First » en 2016. Les Etats-Unis, a-t-il dit, coopéreront avec d’autres pays de manière à protéger nos intérêts nationaux.

Trump a également déclaré que les États-Unis « se lèveront pour nous-mêmes et notre pays comme nous ne l’avons jamais fait auparavant ». Il a appelé à rivaliser « avec tous les instruments de notre puissance nationale ».

Guide ou diversion ?

Le texte identifie quatre priorités principales : protéger le pays et le peuple américain ; promouvoir la prospérité américaine ; préserver la paix par la force ; et favoriser l’influence américaine.

Les officiels étrangers à Washington se plaignent souvent qu’il y a effectivement « deux administrations » – l’une au jour le jour dans ses contacts avec le Département d’Etat et le Pentagone, et une autre vient de Trump, souvent via Twitter en 280 caractères ou moins.

Trump et ses conseillers divergent souvent publiquement sur les questions de sécurité fondamentales depuis le Moyen-Orient jusqu’aux pourparlers avec la Corée du Nord.

Le président américain Donald Trump prend la parole lors d’une réunion du cabinet à la Maison Blanche, le 16 octobre 2017. (AFP Photo / Saul Loeb)

Mais il y a peu de preuves que Trump, qui a résisté aux normes à plusieurs reprises dans son ascension fulgurante au pouvoir, s’en tiendra au scénario.

Ses commentaires sur la Russie seront particulièrement surveillés de près. Il a à plusieurs reprises minimisé les préoccupations du Pentagone, du Département d’Etat et de la CIA à propos de l’ingérence de Poutine lors des élections de 2016.

Jusqu’à présent, quatre assistants de campagne de Trump ont fait face à des accusations criminelles à la suite d’une enquête sur une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne de Trump et Moscou.

Héritage de cendres

Depuis son arrivée au pouvoir, Trump travaille à démanteler l’héritage de son prédécesseur Barack Obama sur des questions allant du changement climatique au libre-échange, laissant parfois Washington isolé sur la scène mondiale.

Lundi, le Conseil de sécurité des Nations unies a massivement voté pour approuver une résolution rejetant la récente décision controversée de Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël – un mouvement que Washington a bloqué avec son veto.

La stratégie de sécurité nationale de Trump rompt également avec les alliés sur la menace du changement climatique, évitant carrément le terme et appelant plutôt à la « dominance énergétique ».

« La position centrale de l’Amérique dans le système énergétique mondial en tant que producteur, consommateur et innovateur de premier plan, garantit que les marchés sont gratuits et que les infrastructures américaines sont résilientes et sécurisées », indique le communiqué.

Le président américain Barack Obama rencontre le président élu Donald Trump pour mettre en place la transition, au Bureau ovale à la Maison Blanche, le 10 novembre 2016. (Crédit : AFP/Jim Watson)

Pour accéder au pouvoir dans un message résolument sceptique sur le changement climatique, M. Trump a déclaré en juin qu’il retirerait les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le changement climatique signé par près de 200 pays.

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