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Israël nomme la toute première femme juge dans un tribunal islamique

Hana Khatib de Tamra a 'fait éclater un autre plafond de verre' en devenant la première femme qadi ou juge religieux, a déclaré la ministre de la Justice s Ayelet Shaked

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, le président Reuven Rivlin, et le président de la cour d'appel islamique, le qadi Abed Alhakim Samara, donnent son certificat à la toute première femme nommée au poste de juge islamique , Hana Mansour Khatib, à la résidence du président le 15 mai 2017 (Crédit :  Mark Neyman/GPO)
La ministre de la Justice Ayelet Shaked, le président Reuven Rivlin, et le président de la cour d'appel islamique, le qadi Abed Alhakim Samara, donnent son certificat à la toute première femme nommée au poste de juge islamique , Hana Mansour Khatib, à la résidence du président le 15 mai 2017 (Crédit : Mark Neyman/GPO)

Le président Reuven Rivlin et la ministre de la Justice Ayelet Shaked ont investi dans ses fonctions, lundi à Jérusalem, la toute première femme juge – ou qadi – qui intégrera donc le système des tribunaux islamiques du pays, ainsi que trois autres qadis régionaux.

« C’est le témoignage des changements positifs qui surviennent dans le statut de la femme », a expliqué Rivlin, alors qu’il saluait Hana Mansour Khatib, avocate de la ville de Galilée de Tamra spécialisée dans le droit de la famille et dans la loi islamique.

« C’est le témoignage de la compréhension inéluctable qu’il est de notre devoir de nous assurer que la moitié de la population du monde doit assumer une part égale dans la détermination et la mise en oeuvre de politiques et de lois dans toutes les sphères de l’existence. Aujourd’hui, je me permets d’exprimer l’espoir que la nomination de la toute première femme aux fonctions de juge religieux ouvrira la porte à un grand nombre d’autres femmes et pas seulement au sein de la communauté musulmane ».

Rivlin a noté que le gouvernement avait espéré nommer des femmes qadis l’année dernière, mais que cela n’avait pas été possible. Tous les qadis doivent réussir un examen écrit rigoureux et suivent un processus de sélection au niveau de la Commission ministérielle chargée de la nomination des juges de la charia.

Pour la toute première fois cette année, trois femmes ont été retenues pour occuper des postes de qadis, mais Khatib a été la seule formellement nommée. Sa candidature a été acceptée à l’unanimité le 25 avril 2017 par les neuf membres de la Commission.

Sa nomination a créé la controverse notamment dans les cercles religieux musulmans et juifs de la ligne dure. Quelques jours après cette désignation, des religieux musulmans, avec à leur tête le chef-adjoint de la branche Nord du mouvement islamique en Israël, Sheikh Kamal Khatib, ont critiqué Shaked et lui ont demandé de « ne pas intervenir dans les affaires de l’islam ».

Shaked a noté lundi qu’il y a déjà des femmes juges dans les tribunaux islamiques en Indonésie, en Malaisie, en Jordanie et en Egypte. L’Autorité palestinienne a pour sa part déjà nommé sa première qadi en 2009.

« Nous faisons éclater un nouveau plafond de verre », a indiqué Shaked au public composé de membres des familles des nouveaux qadis, de leurs soutiens et de juristes.

« Depuis la résidence présidentielle de Jérusalem, une ville qui parle aux trois religions, nous envoyons un message aux jeunes filles partout dans le monde : Allez-y, impliquez-vous, faites des études, visez l’excellence. Le ciel est votre ultime limite et ne laissez personne vous dire autre chose ».

Les nouveaux qadis ou juges religieux posent pour une photo à la résidence du président le 15 mai 2017 en présence du président Reuben Rivlin et de la ministre de la Justice Ayelet Shaked. (Crédit : Mark Neyman/GPO)
Les nouveaux qadis ou juges religieux posent pour une photo à la résidence du président le 15 mai 2017 en présence du président Reuben Rivlin et de la ministre de la Justice Ayelet Shaked. (Crédit : Mark Neyman/GPO)

« C’est vraiment une grande victoire et cela montre comment les tribunaux peuvent soutenir l’égalité pour les femmes », a expliqué Khatib à l’issue de la cérémonie, alors qu’elle était assaillie par ses amis et ses soutiens. « Avec les trois autres qadis, nous allons oeuvrer dans le cadre des règles de la charia de manière à pouvoir remplir toutes les procédures de la loi islamique ».

L’insistance mise par Khatib sur le respect des règles et des lois de la charia vise à tenter de réfuter les partisans de la ligne dure qui affirment que les femmes ne peuvent occuper les fonctions de juge religieux.

« Je ne suis pas un mufti mais l’avis des savants est que, dans la loi islamique, une femme ne devrait pas être nommée comme qadi,” avait déclaré Sheikh Khatib après la nomination. « Je pressens ici un accord politique intervenu dans le système des tribunaux islamiques ».

D’autres avaient toutefois exprimé leur désaccord.

« Nous acceptons les opinions différentes mais durant le processus électoral, nous avons convenu à l’unanimité qu’il était acceptable religieusement pour les femmes d’occuper des fonctions de qadi », a dit le Qadi Iyad Zahalka, qui a été promu durant la cérémonie du poste qu’il occupait dans la région de Jérusalem à la cour d’appel nationale islamique . « [La désignation de Khatib] est une étape historique, c’est l’islam dans lequel nous croyons », a-t-il ajouté. « Avec l’installation d’une femme qadi, nous nous prouvons à nous-mêmes que l’islam est basé sur les mêmes valeurs que notre humanité, sans différence de races ou de sexe parce que la religion doit être au service de l’humanité ».

Les tribunaux islamiques ont été utilisés pour gérer des affaires religieuses et familiales depuis l’empire ottoman et ils ont été officiellement intégrés dans l’état d’Israël en 1948. La campagne visant à nommer une femme qadi avait commencé il y a 22 ans, en 1995, avec une coalition de groupes de femmes appelé le Groupe de travail pour l’égalité dans la loi du statut personnel.

Hana Mansour Khatib, première femme qadi, ou juge religieux, avec sa famille lors de sa cérémonie d'investiture à la résidence présidentielle de Jérusalem le 15 mai 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)
Hana Mansour Khatib, première femme qadi, ou juge religieux, avec sa famille lors de sa cérémonie d’investiture à la résidence présidentielle de Jérusalem le 15 mai 2017 (Crédit : Melanie Lidman/Times of Israel)

Les parlementaires ultra-orthodoxes se sont traditionnellement opposés à la désignation de femmes juges dans le système de la justice islamique, soucieux que cela puisse établir un précédent pour obliger le système de la justice rabbinique à nommer également des femmes juges.

Dans les tribunaux rabbiniques comme dans ceux de la charia, les femmes peuvent être avocates ou « toanot » (requérantes). Mais les femmes ne peuvent être juges dans un tribunal rabbinique.

Yaakov Kelman, chef de l’Association des juges rabbiniques, a expliqué que le système rabbinique ne prendrait jamais en compte la candidature d’une femme pour un poste de juge.

« Selon la halakha et les interprétations de la Torah, il n’est pas permis aux femmes de servir comme juges religieux », a-t-il commenté. « Il y a beaucoup de mitzvot [commandements] attestant ce que les femmes ne peuvent pas faire, ce qui les empêche de devenir juge un jour ».

Il a noté que tandis que Khatib avait également affronté des critiques au sein de la communauté musulmane, celles de la communauté juive envers la présence d’une femme juge dans les tribunaux rabbiniques risqueraient d’être bien plus féroces.

« 99 % de la communauté orthodoxe s’opposerait à [une femme juge dans un tribunal rabbinique], cela serait un chaos absolu », a-t-il ajouté.

Au mois de décembre 2015, tous les partis ultra-orthodoxes s’étaient opposés à un projet de loi qui aurait exigé que la commission de sélection prenne en considération les candidates au cours des processus de désignation des juges.

Kelman avait indiqué que les ultra-orthodoxes ne craignent pas en définitive que l’état vienne les contraindre à nommer une femme juge dans un tribunal rabbinique, mais qu’ils s’inquiètent qu’une telle démarche ne soit utilisée contre eux. « Ils sont inquiets pour l’impact politique », avait-il estimé. « Ils sont inquiets de ce que les gens pourraient dire : ‘Regardez les musulmans, même s’ils sont plus extrémistes que nous, même eux nomment des femmes aux postes de juges. »

Shaked a également souligné le fait qu’au cours des deux dernières années, le nombre de qadis a presque doublé en passant de neuf à 17, ce qui a permis de réduire les retards dans le traitement des affaires des musulmans se tournant vers la justice. Il y a maintenant neuf tribunaux islamiques dans tout Israël, dont deux nouveaux qui ont apparu dans les villes de Taybeh et Sakhnin.

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