Israël, nouveau « Dreyfus des nations », déplore Joël Rubinfeld
Le fondateur de la Ligue belge contre l’antisémitisme affirme que la mécanique de l'affaire Dreyfus — accusation obsessionnelle, soupçon systématique et culpabilité présumée — s'applique désormais à l'échelle d'un État
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Dans un récent entretien accordé au Gatestone Institute, Joël Rubinfeld, président fondateur de la Ligue belge contre l’antisémitisme (LBCA), développe une thèse : depuis les massacres du 7 octobre 2023, l’État d’Israël a succédé au capitaine Dreyfus sur le banc des accusés. Selon lui, nous assistons à un « procès permanent » fait à l’État juif qui n’est plus seulement jugé pour ses actes, mais pour son essence même.
Rubinfeld affirme que la mécanique de l’affaire Dreyfus — accusation obsessionnelle, soupçon systématique et culpabilité présumée — s’applique désormais à l’échelle d’un État.
Il identifie un véritable écosystème agissant comme procureur dans ce procès : des agences de l’ONU, des rapporteurs internationaux, ainsi que de grandes ONG comme Amnesty International, Human Rights Watch ou Oxfam. Pour lui, ce réseau militant, universitaire et médiatique utilise le langage des droits de l’Homme pour masquer une hostilité de principe envers l’État juif.
Le président de la LBCA porte un regard sévère sur les manifestations pro-palestiniennes. Il estime que si ces mouvements étaient réellement préoccupés par le sort des Palestiniens, ils dénonceraient d’abord le Hamas, qu’il qualifie de « poison » et de « cauchemar » pour son propre peuple. Il rappelle à cet égard que le Hamas n’a pas organisé d’élections depuis sa victoire législative en 2006.
Bruxelles et l’antisémitisme comme « atout électoral »
L’un des points les plus polémiques de l’analyse de Rubinfeld concerne la situation politique en Belgique, et particulièrement à Bruxelles. Il dénonce un glissement vers une arithmétique électorale cynique où les responsables politiques opposeraient les 30 000 Juifs du pays aux quelques 900 000 citoyens de confession musulmane.
Selon lui, cette dynamique démographique a transformé l’antisémitisme — sous sa forme contemporaine d’antisionisme radical — en un véritable « atout électoral » pour certains élus.
Ce nouvel antisémitisme ne se réclame plus du nazisme, mais passe désormais par la diabolisation d’Israël et l’assimilation de Gaza à Auschwitz dans une logique inversée proprement écœurante.
Rubinfeld s’inquiète ouvertement de la pérennité de la présence juive en Belgique. Représentant à peine 0,25 % de la population, la communauté serait déjà entrée dans une phase d’exode. Il prédit que si la tendance actuelle se poursuit, la population juive belge pourrait chuter de 30 000 à moins de 10 000 personnes d’ici 2050.
Le mécanisme de la « haine de soi »
Enfin, l’entretien aborde la question des Juifs qui rejoignent le camp des détracteurs d’Israël. Rubinfeld mobilise le concept de « haine de soi juive » (théorisé par Theodor Lessing) pour expliquer ce qu’il perçoit comme un mécanisme psychologique de survie.
Face à une hostilité sociale grandissante, certains chercheraient à se dissocier de leur héritage pour être acceptés, une stratégie qu’il compare au réflexe d’un enfant tentant de complaire à un parent violent.
« Au fond d’eux-mêmes, explique-t-il, je pense qu’ils savent que cette rupture équivaut à une capitulation : ils quittent le judaïsme pour échapper à la pression, pour gagner en respectabilité sociale… Mais à partir de ce moment-là, les Juifs qui restent — ceux qui continuent d’affirmer leur identité malgré les attaques — deviennent pour eux un miroir insupportable. »
En guise de conclusion, pour Joël Rubinfeld la question n’est plus de savoir si la critique d’Israël est légitime, mais de reconnaître quand elle devient le « masque acceptable d’un nouvel antisémitisme ».
Pour lui, l’État juif est jugé « pour ce qu’il est » et il souligne l’urgence d’une prise de conscience face à ce qu’il considère comme une faillite morale et politique de l’Europe.
Joël Rubinfeld est membre fondateur et président de la Ligue belge contre l’antisémitisme et président de la Coalition juive pour le Kurdistan. Il a été président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique, vice-président du Congrès juif européen et coprésident du Parlement juif européen.
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