Israël passe à l’offensive avant le rapport de l’ONU sur la guerre à Gaza
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Israël passe à l’offensive avant le rapport de l’ONU sur la guerre à Gaza

L’enquête israélienne sur l’Opération Bordure Protectrice est complète et souvent convaincante

Mitch Ginsburg est le correspondant des questions militaires du Times of Israel

Des fantassins de la brigade Givati de Tsahal autour d'un tunnel dans la bande de Gaza, le 24 juillet 2014. Crédit : Tsahal/Flickr)
Des fantassins de la brigade Givati de Tsahal autour d'un tunnel dans la bande de Gaza, le 24 juillet 2014. Crédit : Tsahal/Flickr)

Comme certains l’ont souligné, il y a deux manières de regarder le conflit israélo-palestinien. Une vision étroite, concentrée sur les 10 000 mètres carrés de la bande de Gaza et d’Israël, montrer une puissance militaire contrôlant une large entité de territoire occupé.

Une vision plus large révèle une minuscule minorité juive, l’une des seules minorités à se développer au Moyen-Orient, qui s’accroche à une bande de terre le long de la côte méditerranéenne.

D’une certaine manière, c’est la différence entre le rapport imminent de l’ONU sur la guerre de 50 jours à Gaza et le travail israélien publié dimanche : l’un se concentrera sur les centaines de morts palestiniens, y compris la mort tragique de près de 500 enfants, et assurera que des crimes de guerre ont été commis.

L’autre rapport reconnaît les morts mais cherche à les intégrer dans le cadre plus large d’un ennemi ciblant des civils et opérant au sein de son propre peuple face à une armée qui prend des mesures pour essayer de limiter la mort d’innocents.

Le rapport israélien de 250 pages est incontestablement conçu avec des éléments de promotion d’Israël, une tentative de défense contre les allégations dans la tactique de longue date de l’armée : la meilleure défense c’est l’attaque.

Par exemple, parmi les dizaines de pages traitant de l’infrastructure légale du Corps MAG de l’armée, le procureur général et la Haute Cour de Justice, il y a une brève mention du fait que, malgré l’efficacité et l’ouverture du système, pas un soldat israélien n’a été accusé de causer une injustifiée ou de tout crime plus grave que du pillage.

Il n’y a pas de recommandation claire de changer des procédures de l’armée.

L’argumentaire central est pourtant cohérent et convaincant ; il souligne le fait qu’Israël a compris que la guerre est de plus en plus combattue dans la sphère de l’opinion publique et que, là aussi, Israël doit se battre pour être clair.

Ironiquement, une conséquence de cette prise de conscience est que si les appels pour des enquêtes extérieures augmentent, le besoin d’enquêtes intérieures rigoureuses baisse.

Cela a aidé à enterrer l’idée d’une commission d’enquête commune entre Israël et la communauté internationale et a joué un rôle dans l’enterrement de l’enquête de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, qui auraient donné de la crédibilité aux déclarations d’Israël.

Le rapport s’ouvre avec une description du Hamas et de son idéologie et affirme qu’Israël, à la recherche des trois jeunes israéliens enlevés en juin 2014, « a essayé d’éviter l’escalade dans la bande de Gaza ».

Le rapport n’insiste pas sur les 10 brigades israéliennes envoyées opérer en Cisjordanie et le difficile démantèlement des infrastructures du Hamas là-bas, une action prise à la lumière de l’enlèvement et de la connaissance, alors tenue secrète, que le Hamas avait l’intention de renverser l’Autorité palestinienne en Cisjordanie à travers une série d’attaques terroristes orchestrées.

Au lieu de cela, le rapport affirme que malgré les efforts diplomatiques d’Israël pour éviter l’escalade, le Hamas et d’autres organisations terroristes ont tiré des mortiers et des roquettes sur les civils israéliens et, lorsque le 7 juillet, l’organisation a tiré plus de 60 projectiles sur Israël, le gouvernement « n’avait plus d’autre choix » que de lancer une offensive aérienne.

« Aucun gouvernement n’aurait pu éviter de réagir devant le nombre croissant d’attaques contre ses citoyens », ont écrit les auteurs du rapport.

Les nombreuses pages rapportant les violations par le Hamas des lois sur les conflits armés fournissent des éléments spécifiques sur la nature connue de la guerre.

La mosquée al-Tawheed à Khuzaa et la mosquée Cheikh Hasnain à Chajaya ont été utilisées comme de dépôts d’armement et des postes de commandements, d’autres minarets ont été utilisés comme des positions de tir pour les tireurs d’élite.

L’hôpital al-Wafa à Shejaiya « a été transformé en poste pour tireurs d’élite, site de lancement de missiles anti-tanks, lieu de stockage d’armes, plateforme pour installation de moyens de surveillance, et couverture pour une infrastructure de tunnels ». Les écoles et les bâtiments de l’ONU ont été utilisés à plusieurs reprises comme des protections pour lancer des roquettes.

Le rapport fournit une vision d’ensemble de la réponse de l’armée face à cette doctrine de combat, expliquant comment Israël a adhéré tout au long du conflit aux principes de distinction, pour distinguer les ennemis des innocents, et de proportion, ce qui exige du parti lançant une frappe sur une cible spécifique que le dommage collatéral ne soit « pas excessif par rapport à l’avantage militaire direct et concret attendu ».

Cela signifie qu’une attaque avec des cibles militaires sans grande importance qui pourrait entraîner la mort de 100 victimes civiles, expliquent les auteurs, « serait considéré comme disproportionnée, tandis que 100 attaques contre des objectifs militaires de la même importance qui pourraient chacune entraîner la mort d’une victime civile seront probablement considérées comme proportionnées ».

Il y a aussi une documentation minutieuse des marchandises transportées d’Israël à Gaza lors de la guerre, 5 637 camions transportant 122 575 tonnes de marchandises, et les efforts fournis pour demander à la population de quitter les zones de combat.

Finalement, le rapport du gouvernement israélien cherche, près d’un an après la guerre, à mettre en lumière la question des pertes civiles. Non seulement il affirme que des 2 215 Palestiniens tués lors de la guerre, 936, soit 44 %, étaient des membres de groupes terroristes, mais aussi les chiffres si souvent cités pendant la guerre, – que 1 500 civils auraient été tués par des soldats israéliens – ont été faussés à dessein par le Hamas.

Le 11 juillet, le ministère de l’Intérieur de Gaza, tenu par le Hamas, a téléchargé des « directives » sur son site internet : « n’importe quel mort ou martyr doit être appelé un civil de la bande de Gaza ou de Palestine, avant que son statut dans le djihad ou son rang militaire ne soit discuté, cite-t-on dans le rapport. N’oubliez pas de toujours ajouter ‘civil innocent’ ou citoyen innocent dans votre description de ceux qui ont été tués par les attaques israéliennes dans la bande de Gaza… Ne publiez pas des photos des commandants militaires. Ne mentionnez pas leurs noms en public et ne louez pas leurs réussites dans des conversations avec des amis étrangers. »

En prenant encore une vue générale, note aussi le rapport, après l’Opération Plomb Durci de 2008-2009, Abu Obeida, le porte-parole des Brigades Izz al-Din al-Qassam du Hamas, avait prétendu que seulement 48 de ses membres figuraient parmi les – plus de -1 110 victimes. Dernièrement, ce nombre a été fortement revu à la hausse par un autre porte-parole du Hamas.

« Ce n’est pas un hasard », note le rapport israélien, si cet aveu, « n’est intervenu qu’après que le Rapport Goldstone a été publié ».

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