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Le fils de l’envoyé japonais ayant sauvé des Juifs finalement entré en Israël

L'entrée du fils de Chiune Sugihara, qui a sauvé des milliers de Juifs pendant la Shoah, était refusée alors qu'il était invité à une cérémonie ; la situation a été débloquée

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le diplomate japonais Sugihara Chiune qui a aidé à sauver des milliers de Juifs lorsqu'il était consul impérial du Japon en Lituanie, pendant la Seconde guerre mondiale. (Crédit : Domaine public  via Wikimedia Commons)
Le diplomate japonais Sugihara Chiune qui a aidé à sauver des milliers de Juifs lorsqu'il était consul impérial du Japon en Lituanie, pendant la Seconde guerre mondiale. (Crédit : Domaine public via Wikimedia Commons)

Israël a finalement permis l’entrée sur son territoire du fils de Chiune Sugihara et de ses proches, qui doivent assister, le 11 octobre, à l’inauguration d’une place portant le nom de son père à Jérusalem. Ce diplomate japonais avait sauvé des milliers de Juifs des nazis.

L’entrée de Nobuki Sugihara, le fils de Chiune, âgé de 72 ans, avait été refusée sur la base de documents relatifs aux restrictions liées à la pandémie jusqu’à ce que la situation se débloque finalement hier, grâce à l’intervention de responsables israéliens.

L’homme, qui avait demandé un visa d’entrée en Israël le 28 septembre à l’ambassade israélienne de Bruxelles, avait auparavant reçu pour réponse : « L’examen de votre demande révèle que votre dossier ne répond pas aux critères permettant l’octroi d’une autorisation d’entrée dans le pays en cette période de pandémie de COVID-19. »

Sugihara avait tenté de se porter à nouveau candidat mais l’État juif n’autorise pas de nouveau dépôt de candidature à un visa dans les quinze jours ayant suivi un rejet.

Mais, l’intervention rapide de responsables israéliens jeudi – dont le directeur du département de liaison de la division consulaire du ministère des Affaires étrangères Ziv Bilaus, le porte-parole de l’ambassade d’Israël au Japon Ronen Medzini, le responsable des relations internationales de l’Agence juive Yigal Palmor et le PDG de Yad Vashem Dani Dayan – a permis à l’homme de surmonter les obstacles bureaucratiques.

Eyal Siso – qui siège au comité interinstitutionnel des exceptions d’entrées dans le pays – a finalement signé le document d’entrée.

Altea Steinherz, une résidente de Jérusalem dont le grand-père Itche Topola a été sauvé par Sugihara, a déclaré vendredi au Times of Israel être soulagée que « l’injustice et l’embarras soient maintenant derrière nous ».

La famille Chiune Sugihara en vacances pendant son service au ministère japonais des Affaires étrangères en Europe. (Autorisation : Nobuki Sugihara)

Steinherz a passé toute sa journée de jeudi au téléphone après avoir été informée par Sugihara que sa demande avait été initialement refusée. Certains des responsables avec lesquels elle s’est entretenue n’ont d’abord pas examiné la situation dans son ensemble, a-t-elle déclaré, demandant si Sugihara avait un parent au premier degré dans le pays – un critère clé d’entrée pour un voyageur standard.

Cette impasse n’a été résolue que quand les fonctionnaires ont compris l’importance historique et morale d’organiser l’entrée de Sugihara.

« Il n’y a aucun doute sur l’importance morale et la valeur de cet événement, qui élève miraculeusement les actions de cet homme pour avoir sauvé la vie de tant de Juifs », a écrit Ziv Bilaus à Steinherz après l’approbation des visas.

Quatre autres membres de la famille et proches – Esin Ayirtman, Haruka Sugihara, Oliver Van Loo et Philippe Bergonzo –, qui ont tous reçu deux doses de vaccin contre la COVID-19 et qui ont soumis leurs documents de vaccination, avaient initialement vu leurs demandes d’entrée rejetées, avant qu’elles ne soient elles aussi acceptées.

Chiune Sugihara rencontre l’ancien ministre des Affaires religieuses Zerah Warhaftig, qui a reçu un visa de transit de la part de Sugihara pendant la Seconde Guerre mondiale. (Crédit : Yad Vashem)

La cérémonie, organisée par la municipalité, doit avoir lieu en date du 11 octobre à 16 heures en présence du maire de Jérusalem, Moshe Lion, et de l’ambassadeur japonais au sein de l’État juif, Koichi Aiboshi. L’intersection entre Kolitz Road et Panama Street, deux rues du quartier d’Ir Ganim, deviendra officiellement la place Chiune Sugihara.

Vendredi, dans une publication Facebook, la famille Sugihara a remercié le Premier ministre Naftali Bennett, Dayan et Steinherz.

Le refus initial résultait d’un désaccord sur une question : qui était censé gérer les documents de quarantaine et d’assurance maladie de Sugihara.

Avraham Cimerring, un homme d’affaires de Jérusalem dont le père a été sauvé par Sugihara, avait indiqué jeudi que Nobuki avait tout simplement refusé de transmettre les documents nécessaires et l’assistance qu’il lui proposait pour remplir les papiers correctement.

« C’est une honte », avait commenté Cimerring, qui a été à l’origine de l’idée de donner le nom de Sugihara à la place, évoquant la conduite de Nobuki Sugihara.

Nobuki Sugihara, au centre, à Jérusalem lors de la cérémonie au cours de laquelle son père Chiune a été désigné Juste parmi les nations en 1985. (Autorisation : Nobuki Sugihara)

Sugihara n’avait pas nié que des documents manquaient mais avait néanmoins insisté sur le fait qu’il était de la responsabilité de la municipalité de prendre en charge son entrée sur le territoire.

« J’ai transmis tous les documents, sauf deux », avait expliqué Sugihara. « L’un d’entre eux était un engagement à me mettre en quatorzaine si j’étais positif à la COVID-19. C’est l’hôte qui doit apporter des garanties, ce n’est pas l’invité. »

Sugihara avait souligné qu’il n’avait ni amis ni famille en Israël chez lesquels il pourrait se placer à l’isolement et qu’il considérait que ce problème devait être pris en charge totalement par la ville de Jérusalem.

L’autre document manquant était relatif à l’assurance santé.

« C’est l’hôte de la cérémonie qui aurait dû faire la demande pour nous », a insisté Sugihara, soulignant qu’il pensait que la ville n’avait aucunement l’intention de le laisser entrer dans le pays.

Nobuki Sugihara avait affirmé avoir du mal à croire que l’État juif puisse l’écarter de la cérémonie en raison de deux documents manquants.

« Vous savez que mon père a émis des visas de transit au Japon pour tous ceux qui le demandaient, indépendamment du fait qu’ils avaient une assurance santé, indépendamment du fait qu’ils avaient, ou non, un endroit où séjourner au Japon », avait-il déclaré avant que son dossier ne soit finalement accepté.

Photo d’illustration : Des élèves de l’école primaire Mir Yeshiva de Shangaï, qui ont fui l’Europe, pendant la Seconde Guerre mondiale, grâce à un visa émis par le diplomate japonais Chiune Sugihara. (Autorisation : Famille Bagley)

Au cours de son passage bref, en 1939 et 1940, au poste de vice-consul du Japon à Kovno (une ville devenue aujourd’hui Kaunas, en Lituanie), Sugihara aurait octroyé jusqu’à 3 500 visas de transit à des réfugiés juifs et à leurs familles qui avaient fui la Pologne occupée par les nazis avant l’invasion par l’Allemagne de la Lituanie, qui était alors indépendante.

Avec ces visas et grâce à un mécanisme d’aide complexe d’autres consuls, entreprises et individus, 10 000 Juifs, selon les estimations, ont pu être sauvés en quittant l’Europe.

Les actions de Sugihara ont été reconnues par Israël en 1984 et il a été désigné Juste parmi les nations. Il a ensuite été reconnu à titre posthume par le Japon en l’an 2000.

Aujourd’hui, Sugihara est salué dans le monde entier comme une personnalité s’étant opposée à ses supérieurs, n’obéissant par aux ordres d’un Japon refermé sur lui même dans le but de sauver des Juifs – même si les historiens et Nobuki affirment que ce récit relève en partie du mythe.

Une autre cérémonie doit être également organisée par le KKL-JNF (Fonds national juif) pour inaugurer un jardin portant le nom de Sugihara.

Amanda Borschel-Dan a contribué à cet article.

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