Israël risque-t-il vraiment d’être exclu de la FIFA ?
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Israël risque-t-il vraiment d’être exclu de la FIFA ?

La motion palestinienne au congrès de la FIFA du 29 mai aura besoin d'une majorité des trois quarts pour passer

Les joueurs de l'équipe nationale de football d'Israël s'entraînant à Tel-Aviv, le 4 septembre 2013. (Crédit photo: Flash90)
Les joueurs de l'équipe nationale de football d'Israël s'entraînant à Tel-Aviv, le 4 septembre 2013. (Crédit photo: Flash90)

TEL AVIV (JTA) – Les batailles diplomatiques d’Israël se sont déplacées sur le terrain du football.

Le 29 mai, l’organisme qui régit le football mondial, la FIFA, va voter pour ou contre la suspension d’Israël des compétitions internationales.

Les 209 pays membres de la FIFA voteront sur une motion présentée par la Fédération palestinienne de Football, réclamant la suspension d’Israël en vertu d’allégations selon lesquelles Israël entrave le football palestinien et ne respecte pas le droit international.

Voilà ce que veulent les Palestiniens. Comment Israël se défend-il ? Comment tout cela risque de se terminer ?

Les Palestiniens réclament la liberté de mouvement pour les joueurs et l’élimination des équipes des implantations

La Fédération Palestinienne de Football (PFA), prétend qu’Israël empêche ses joueurs de se rendre à des matchs. Les forces de sécurité israéliennes ont bloqué des joueurs et des entraîneurs souhaitant se rendre à des matchs internationaux, et n’ont pas autorisé aux joueurs de circuler entre la Cisjordanie et Gaza. Susan Shalabi, la directrice du département international de la PFA, a dit à JTA que six joueurs de premier plan ont été empêchés de se rendre à un match en 2010.

Israël, a ajouté Shalabi, empêche également l’Autorité palestinienne de construire des terrains de football. Depuis 2009, a-t-elle dit, Israël a bloqué l’introduction de matériaux de construction pour un terrain de football dans la ville de Beit Lahiya, dans la bande de Gaza.

« Les décisions de laisser quelqu’un entrer ou sortir étaient arbitraires », a déclaré Shalabi mardi à JTA. « Il y a toujours eu des prétextes de sécurité de la part de l’occupation israélienne pour refuser à quelqu’un de venir. »

La PFA affirme également que les équipes de football des implantations ne devraient pas être autorisées à jouer dans la ligue d’Israël, car sont situées sur le territoire palestinien. Les cinq équipes concernées sont celles de : Maale Adumim, Ariel, Kiryat Arba, la vallée du Jourdain et Givat Zeev.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le président de la FIFA Sepp Blatter le 19 mai 2015 (Capture d'écran: YouTube / IsraeliPM)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre le président de la FIFA, Sepp Blatter, le 19 mai 2015. (Capture d’écran: YouTube / IsraeliPM)

Si la motion palestinienne passe, Israël serait interdit de football international

Le football est le sport le plus populaire en Israël, et bien qu’Israël n’ait été qualifié qu’une seule fois pour la Coupe du monde, en 1970, les équipes de football israéliennes voyagent fréquemment à l’étranger pour disputer des matchs.

Venant dans le sillage de tentatives croissantes de boycotts économique, universitaire et culturel d’Israël, l’exclusion de la compétition sportive internationale la plus populaire au monde serait un coup dur pour l’Israélien moyen.

Israël a réagi par du lobbying sur les gouvernements étrangers et par des menaces 

Le ministère des Affaires étrangères d’Israël a fait du lobbying auprès des gouvernements pour s’opposer à la motion – en avançant qu’il s’agissait d’un conflit politique sans rapport avec le ballon rond.

Shlomi Barzel, la responsable de la communication au sein de la Fédération israélienne de football (IFA), a dit à JTA qu’Israël voyait l’initiative comme un moyen pour Jibril Rajoub, un important dirigeant de l’AP et chef de la PFA, de porter atteinte à la réputation internationale d’Israël.

« Même le plus grand ennemi d’Israël dans le monde comprend que c’est politique », a déclaré Barzel à JTA. « Ce n’est pas pertinent. »

Barzel affirme que toutes les allégations des Palestiniens concernaient les forces de sécurité d’Israël, pas ses équipes de football. Il a affirmé que seulement 1 % des footballeurs palestiniens se voient refuser des déplacements. Quand Israël s’oppose à une sortie, ajoute-t-il, c’est parce que le joueur en question est connu pour présenter un risque sécuritaire.

En ce qui concerne les équipes des implantations, Barzel déclare que tant qu’Israël considérera les implantations comme relevant de son territoire souverain, les équipes seraient autorisées à jouer dans les ligues israéliennes.

En 2013, Netanyahu a rencontré le président de la FIFA, Sepp Blatter, pour lui fournir des preuves photographiques que les organisations terroristes palestiniennes utilisaient des terrains de football pour lancer des roquettes sur Israël.

Ce n’est pas la première fois que les deux camps s’affrontent sur le football

Les responsables sportifs palestiniens pestent depuis longtemps contre les restrictions israéliennes sur leurs équipes.

En 2012, le chef de la délégation olympique palestinienne a exprimé à JTA des plaintes semblables sur la liberté de mouvement. Il y a deux ans, Blatter a convoqué une réunion avec les responsables des fédérations de football israélienne et palestinienne et a créé une task force pour résoudre le problème.

Les pourparlers ont conduit à une proposition de la FIFA en 2013 – exigeant que la PFA avise les autorités palestinienne et israélienne des déplacements de joueurs 35 jours à l’avance, puis donnant deux semaines de plus pour changer le cas échéant leur liste de joueurs. Mais la proposition n’a pas réussi à résoudre le différend.

En 2014, Rajoub a menacé de présenter une motion pour suspendre Israël du Congrès de la FIFA de cette année à Sao Paolo, au Brésil. Mais il a reculé après que la FIFA a décidé de continuer à travailler sur une résolution, nommant le dirigeant du football chypriote Costakis Koutsokoumnis pour examiner la question.

Shalabi a déclaré que les Palestiniens ne retireraient leur motion que si Israël respectait les exigences de la PFA. Elle a dit que la Fédération de football d’Israël devrait critiquer les restrictions de sécurité israéliennes quand elles interfèrent avec le football palestinien.

Barzel soutient la politique de sécurité d’Israël, mais a déclaré qu’Israël souhaite poursuivre les négociations dans le cadre de la FIFA. Il a ajouté qu’Israël a proposé à plusieurs reprises un match entre les équipes nationales israélienne et palestinienne parce qu’Israël croit que « le football peut connecter les peuples ».

Le président de la FIFA veut conclure un accord pour empêcher le vote

Blatter est en visite cette semaine en Israël et dans les territoires palestiniens, il rencontre Netanyahu et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas séparément dans l’espoir de trouver une solution.

Blatter souhaite trouver un terrain d’entente sur la question. Il s’oppose à la suspension d’Israël et, comme Israël, soutient la poursuite des négociations. Mais il a également écrit dans le numéro du 15 mai du magazine hebdomadaire de la FIFA qu’Israël doit faire des concessions aux Palestiniens.

« Une solution est seulement une proposition réaliste lorsque les intéressés sont prêts à concéder quelque chose et à contribuer à l’égalité », a-t-il écrit. « La responsabilité à cet égard est en Israël, en raison de son infrastructure exceptionnelle, de sa ligue de football entièrement fonctionnelle et professionnelle et du contexte économique. »

Rotem Kamer, le directeur de la fédération israélienne, a déclaré mardi qu’Israël avait approuvé cette année plus de 95 % des demandes palestiniennes pour les déplacements des joueurs entre Gaza et la Cisjordanie et à l’étranger. Dans une conférence téléphonique avec des journalistes étrangers, il a déclaré que la fédération palestinienne tenait son homologue israélienne « en otage dans une lutte contre le gouvernement ».

Netanyahu a salué Blatter pour s’être opposé à la politisation du sport. « Le sport est un véhicule de bonne volonté entre les nations. La seule chose qui pourrait détruire la FIFA est de la politiser. Vous politisez une fois avec Israël, puis vous politisez avec tout le monde, et cela va mener à la destruction d’une grande institution », a déclaré M. Netanyahu.

Blatter a été cité mardi soir, après ses entretiens avec Netanyahu, comme étant confiant que le problème serait résolu.

« Le football est plus qu’un jeu. Le football a le pouvoir de connecter les peuples. Le football a le pouvoir de construire des ponts. Le football doit unir les peuples et non diviser les peuples. »

Mais il a aussi informé les journalistes qu’il n’a pas le pouvoir de retirer la question de l’ordre du jour du congrès de la FIFA. Blatter a déclaré qu’il allait transmettre le message de Netanyahu aux responsables du football palestinien, et ce serait à eux de décider de la façon de répondre.

« Nous sommes ici à (l’hôtel) King David et je me sens un peu à Camp David », a dit Blatter. « Ce qu’ils feront avec ce message, ça dépendra d’eux, mais je vais le faire, et essayer jusqu’à ce que le Congrès de la FIFA soit ouvert – dans exactement 10 jours – d’éviter une telle situation », a ajouté Blatter.

Barzel pense que les efforts de Blatter vont aboutir, mais Shalabi s’est dite « pessimiste ».

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