Israël serait « déçu » de la décision australienne sur Jérusalem-Ouest
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Israël serait « déçu » de la décision australienne sur Jérusalem-Ouest

Le ministère des Affaires étrangères a émis une réponse réservée suite à la déclaration de Canberra. De hauts-responsables disent que "nous attendions davantage"

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire de cabinet à Jérusalem, le 9 décembre 2018 (Crédit : Oded Balilty / POOL / AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors de la réunion hebdomadaire de cabinet à Jérusalem, le 9 décembre 2018 (Crédit : Oded Balilty / POOL / AFP)

Le ministère israélien des Affaires étrangères a émis samedi soir un communiqué positif, quoique tiède, en réponse à la décision prise par l’Australie de reconnaître Jérusalem-Ouest comme capitale de la nation.

Dans une courte déclaration, le ministère – qui, en raison de l’absence d’un ministre des Affaires étrangères, est directement placé sous l’autorité du Premier ministre Benjamin Netanyahu — n’a pas commenté la reconnaissance en elle-même, se contentant d’affirmer que la décision de Canberra d’ouvrir un bureau commercial et de défense à Jérusalem était « un pas dans la bonne direction ».

Il a également salué le positionnement de l’Australie en faveur des « sanctions contre l’Iran », ainsi que « le soutien apporté à Israël aux Nations unies et dans la lutte contre l’antisémitisme ».

Un haut-responsable israélien a indiqué aux médias en hébreu – sous couvert d’anonymat – que l’Etat juif était déçu de la décision australienne de se limiter à Jérusalem-Ouest dans sa reconnaissance.

« Nous sommes déçus par la décision australienne… Le Premier ministre Scott Morrison n’a fait que la moitié du chemin. C’est un pas dans la bonne direction mais nous attendions davantage », a-t-il confié.

Le responsable a également dit qu’Israël n’était pas satisfait du soutien encore apporté par l’Australie au pacte sur le nucléaire conclu avec l’Iran. Morrison, dans le passé, a fait savoir qu’il était prêt à le ré-examiner.

Contrairement aux Etats-Unis, au mois de décembre dernier, l’Australie n’a pas reconnu tout Jérusalem comme capitale d’Israël. Le pays n’a pas fait part de sa volonté d’y relocaliser son ambassade depuis Tel Aviv, disant qu’une telle démarche serait effectuée après la conclusion d’un accord de paix avec les Palestiniens.

Yuval Rotem, directeur-général du ministère des Affaires étrangères et ancien ambassadeur israélien à Canberra, a émis une réponse plus chaleureuse, écrivant sur Twitter : « Je salue l’annonce de l’Australie de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël, une décision qui reflète le lien historique entretenu par les Juifs avec Jérusalem et une approche pratique de l’avenir du processus de paix dans la région ».

Le ministre de la Coopération régionale Tzachi Hanegbi (Likud) a pour sa part tweeté que « l’Australie est un grand ami d’Israël et nous apprécions énormément cette amitié et la chaleur de nos relations. Mais ‘Jérusalem-Ouest’ et ‘Jérusalem-Est’ n’existent pas. Il n’y a qu’une seule Jérusalem, capitale éternelle et indivisible de l’Etat d’Israël ».

Le président de la Knesset Yuli Edelstein (Likud) a estimé que la déclaration australienne était « difficile à comprendre… C’est tout Jérusalem qui est notre capitale éternelle, pas seulement une partie de la ville ».

Le ministre des Sciences et de la technologie Ofir Akunis (Likud) a remercié Canberra, ajoutant lui aussi que « la ville de Jérusalem toute entière est notre capitale depuis 3 000 ans ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec la ministre australienne des Affaires étrangères Julie Bishop, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 4 septembre 2016. (Crédit : Amos Ben-Gershom/GPO)

Dans un discours prononcé dans la matinée de samedi, Morrison a établi que « le gouvernement australien a décidé que le pays reconnaîtra dorénavant que Jérusalem-Ouest, siège de la Knesset et de nombreuses institutions du gouvernement, est la capitale d’Israël ».

Il a ajouté que cette décision respectait à la fois un attachement à une solution à deux états et les résolutions du Conseil de sécurité adoptées sur le sujet.

Morrison s’est également engagé à reconnaître les aspirations d’un futur état de Palestine, avec Jérusalem-Est comme capitale, lorsque le statut de la ville sera déterminé dans le cadre d’un accord de paix.

Tandis qu’un transfert de l’ambassade n’est pas envisagé dans l’immédiat, Morrison a expliqué que son gouvernement installera un bureau commercial et de défense à Jérusalem et qu’il va également commencer à se mettre en quête d’un site approprié pour sa mission.

« Et nous envisageons de déménager notre ambassade à Jérusalem-Ouest quand ça sera faisable (…) après la conclusion du statut final », a-t-il dit.

Le Premier ministre a ajouté qu’il était dans l’intérêt de l’Australie de soutenir une « démocratie libérale » au Moyen-Orient et il s’en est pris aux Nations unies où, a-t-il continué, Israël est « harcelé ».

Le parti travailliste d’opposition a pour sa part critiqué Morisson qui, selon lui, place « son intérêt avant l’intérêt national ».

« Reconnaître Jérusalem-Ouest comme capitale d’Israël alors que l’ambassade d’Australie est toujours installée à Tel-Aviv, ce n’est qu’un geste pour sauver la face » en conservant le statu-quo, a dit une haute responsable travailliste, Penny Wong, dans un communiqué.

« Il s’agit d’une décision totalement risquée qui n’apporte aucun bénéfice » et place l’Australie « en décalage » avec la communauté internationale, a-t-elle insisté.

Les Palestiniens se sont pour leur part indignés de cette décision. Le haut-responsable Saeb Erekat a estimé que cette initiative était « inconsidérée ».

Erekat, haut-conseiller du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et chef du comité exécutif de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), a dit que cette décision était « l’une de ces politiques nationales mesquines et inconsidérées qui contreviennent à la paix et à la sécurité dans le monde ».

Le négociateur palestinien a également écarté l’affirmation faite par l’Australie que cette reconnaissance de Jérusalem-Ouest aiderait à faire avancer une solution à deux États, disant que Canberra refuse de reconnaître la Palestine en tant qu’Etat, vote contre le droit à l’auto-détermination des Palestiniens et continue à faire des affaires avec les implantations israéliennes en Cisjordanie.

« C’est tout Jérusalem qui reste une question de statut final pour des négociations tandis que Jérusalem-Est, selon le droit international, fait partie intégrante des Territoires palestiniens occupés », a-t-il ajouté.

Saeb Erekat, négociateur en chef palestinien et secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine, s’exprime lors d’une conférence de presse tenue à Jéricho, en Cisjordanie, le 15 février 2017 (AFP / AHMAD GHARABLI)

L’Australie a appelé vendredi à la vigilance ses ressortissants voyageant dans le pays voisin d’Indonésie, pays musulman le plus peuplé au monde, par crainte de représailles, en amont de la décision de la reconnaissance de Jérusalem-Ouest, capitale d’Israël.

Tandis que Julie Bishop, ex-ministre des Affaires étrangères, avait noté au mois de juin que le « gouvernement australien ne transférera pas notre ambassade à Jérusalem », Morrison avait indiqué au mois d’octobre être « ouvert » à l’idée de suivre l’exemple américain.

Mais la déclaration de Morrison avait été considérée par de nombreux Australiens comme une ruse politique. Les critiques l’avaient dénoncée comme étant une tentative de glaner des votes lors d’une élection partielle qui devait avoir lieu à Sydney au mois d’octobre, pour obtenir un siège dans une zone où la communauté juive est nombreuse.

La reconnaissance de Jérusalem devrait par ailleurs aider le Premier ministre australien en difficulté – qui doit faire face à la perspective d’une défaite électorale éventuellement cinglante l’année prochaine – à réunir les électeurs juifs et chrétiens conservateurs, ainsi qu’à gagner l’amitié des membres de l’administration américaine à la Maison Blanche.

Le chef de l’opposition Bill Shorten a déclaré samedi que la reconnaissance de Jérusalem-Ouest en tant que capitale d’Israël sans transfert de l’ambassade représentait un « recul humiliant » par rapport à la campagne électorale du mois d’octobre.

« Ce dont je m’inquiète, c’est que M. Morrison fasse passer son propre intérêt personnel avant l’intérêt national », a confié Shorten aux journalistes.

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