Israël transfère le contrôle de trois centrales électriques à Ramallah
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Israël transfère le contrôle de trois centrales électriques à Ramallah

Ces infrastructures, en Cisjordanie, viennent s'ajouter à une première centrale palestinienne installée à Jénine ; elles amélioreront l'approvisionnement électrique de la région

Un nouveau poste électrique, en Cisjordanie, dont Israël a transféré le contrôle aux Palestiniens. (Crédit : COGAT)
Un nouveau poste électrique, en Cisjordanie, dont Israël a transféré le contrôle aux Palestiniens. (Crédit : COGAT)

Après des années de retard, Israël a transféré le contrôle de trois centrales électriques à l’Autorité palestinienne en Cisjordanie au cours du dernier mois, a annoncé le bureau de liaison militaire avec les Palestiniens dans la journée de mardi.

Ramallah a salué la nouvelle, disant que cela permettrait d’avancer vers la résolution de la crise de longue haleine qui touche plus globalement l’approvisionnement en électricité en Cisjordanie. Les pannes électriques sont monnaie courante dans le quotidien des Palestiniens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, en raison d’une dépendance énergétique à Israël presque totale et d’un réseau médiocre.

Ces trois centrales ont été construites par la Compagnie électrique israélienne (IEC), avec un financement de la Banque d’investissement européenne. Elles viennent s’ajouter à une autre installée à Jénine, qui a été officiellement placée sous le contrôle de l’AP – et en grande pompe – en 2017.

Selon un rapport rendu public en 2017 par la Banque mondiale, les Palestiniens reçoivent environ 99 % de leur électricité de l’IEC. La Jordanie, pour sa part, assure un modeste approvisionnement en électricité aux secteurs proches de sa frontière en Cisjordanie.

Ces nouvelles centrales n’approvisionnent pas eux-mêmes les Palestiniens en électricité. Elles visent à résoudre un problème bien distinct : celui que le réseau électrique manque depuis longtemps des infrastructures nécessaires pour distribuer de manière efficace l’électricité.

Ces postes électriques transforment une électricité haute tension en basse tension – et vice versa – en fonction des besoins. La haute tension est privilégiée pour la transmission de l’électricité via les fils électriques sur de longues distances, tandis que la basse tension est utilisée pour la distribution de l’électricité dans les foyers.

L’IEC a fait savoir que ces centrales permettront une meilleure circulation dans les câbles et la distribution d’une électricité de meilleure qualité aux habitations des Palestiniens de Gaza.

Dans un communiqué, le ministre de l’Énergie, Yuval Steinitz, a affirmé que les implantations juives en Cisjordanie profiteraient également de ces nouvelles centrales, qui permettront de soulager le réseau électrique.

Alors que l’AP ne se coordonne plus officiellement avec Israël – en signe de protestation contre le projet de Netanyahu d’annexer certaines parties de la Cisjordanie (un projet dorénavant mis en suspens), il n’y a pas eu d’inauguration en grandes pompes des deux centrales comme cela avait été le cas à Jénine en 2017. Les responsables palestiniens ayant négocié l’arrangement n’ont même pas mentionné Israël, choisissant plutôt de faire part de leur appréciation à l’égard de « toutes les parties ».

« Nous saluons l’esprit de partenariat et de coopération qui a prévalu entre toutes les parties pour garantir la réussite de cette avancée notable vers une résolution totale de la crise de l’électricité », a commenté le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, lors d’une réunion gouvernementale, lundi soir.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammad Shtayyeh lors d’une conférence de presse à l’Association de la presse étrangère dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 9 juin 2020. (Abbas Momani/Pool Photo via AP)

Deux des centrales – l’une à Hébron, et l’autre dans une ville située aux abords de Naplouse – seront gérées par la compagnie chargée de l’électricité palestinienne, la PETL, qui appartient à l’État. La troisième, qui se trouve près de Qalandiya, sera prise en charge par la JDECo, la compagnie d’électricité de la région de Jérusalem.

Au moment où celle de Jénine avait été officiellement inaugurée en 2017, les trois autres devaient arriver et être mises en fonctionnement rapidement. Mais cela aura finalement pris des années.

« Tous les problèmes techniques n’avaient pas été résolus en 2017. Une déclaration de principe seulement avait été signée, avec des termes généraux. De plus, l’accord commercial opérationnel a pris plus de temps en raison de la situation diplomatique et du manque de contacts entre les Israéliens et les Palestiniens », a commenté un porte-parole de la Compagnie de l’électricité israélienne, qui a refusé d’expliquer précisément à quoi été due l’avancée récente.

L’Autorité des ressources nationales et énergétiques de l’AP et la PETL n’ont, pour leur part, pas répondu à nos demandes de commentaires.

Yuval Steinitz (avec une cravate rouge), ministre de l’Energie, et Rami Hamdallah, Premier ministre de l’AP, inaugurent le premier poste auxiliaire électrique de l’AP, en compagnie de Yoav Mordechai, à la tête du COGAT, derrière Steinitz, et de Yiftach Ron Tal, qui dirige la Corporation électrique israélienne, tout à droite, dans la région de Jénine, le 10 juillet 2017. (Crédit : Yossi Weiss)

« L’installation et l’exploitation de ces trois centrales électriques, en Judée et Samarie, va améliorer de manière spectaculaire l’approvisionnement en électricité des communautés juives et arabes », a indiqué Yuval Steinitz, utilisant le nom biblique des territoires de Cisjordanie.

« C’est une initiative importante et pleine de sens qui permet de créer un peu plus d’égalité entre la qualité des infrastructures en Cisjordanie et celle du reste de la terre d’Israël », a-t-il ajouté.

Ces améliorations pourraient être particulièrement ressenties à Jérusalem-Est, où c’est la JDECo – et non l’IEC – qui distribue la plus grande partie de l’électricité aux résidents palestiniens. Ces derniers connaissent des pannes régulières, en particulier pendant les vagues de chaleur estivales et au cours de l’hiver.

La nouvelle infrastructure électrique de Qalandiya — qui a été installée juste derrière la barrière de sécurité qui entoure la capitale – a une capacité de 100 mégavolts, selon les responsables israéliens. Comme la JDECo distribue également l’électricité à Bethléem et à Ramallah, ces secteurs devraient voir également les pressions sur le réseau se relâcher.

« La mise en fonctionnement de la centrale électrique de Qalandiya implique que nous ne connaîtrons plus ces coupures irritantes », a promis Hisham al-Omari, l’un des dirigeants de la JDECo, dans un communiqué.

La médiocrité des infrastructures est néanmoins loin d’être la seule inquiétude de la JDECo. L’IEC a coupé l’approvisionnement en électricité à la JDECo à plusieurs occasions au fil des ans, habituellement en raison de dettes énormes qui se sont accumulées et qui s’élèveraient à des centaines de millions de dollars.

Les nouvelles centrales n’empêcheront pas nécessairement ce type de coupure qui, parfois, ont entraîné des pannes pour des dizaines de milliers de Palestiniens.

Au mois de janvier, la JDECo a conclu un accord avec l’IEC en s’engageant à payer environ 220 millions de dollars de ses dettes grâce à un prêt accordé par un consortium de banques palestiniennes et arabes. Mais alors que l’Autorité palestinienne est actuellement aux prises avec une crise fiscale majeure et que de nombreux Palestiniens rencontrent des difficultés pour payer leurs factures, la JDECo pourrait bien également devoir affronter des problèmes financiers – ce qui pourrait entraîner de nouveaux conflits avec l’IEC.

Un réseau électrique palestinien et indépendant d’Israël pourrait ne pas encore voir le jour avant des années. La proposition de la construction, à Jénine, d’une centrale électrique qui répondrait à environ 50 % des besoins en électricité de la population palestinienne ne s’est pas encore concrétisée. Alors que, selon les projections, elle aurait dû pouvoir commencer à alimenter la Cisjordanie en 2020, ses principaux parrains anticipent dorénavant une date de début d’exploitation à l’horizon 2023.

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