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Yom HaZikaron

Israéliens et Palestiniens assistent à la cérémonie conjointe de Yom HaZikaron

Lors de l'événement controversé, des familles en deuil racontent l'histoire de leurs proches disparus et appellent à la paix et à la fin de "l'occupation" israélienne

Alors qu'Israël marque Yom Hazikaron pour les soldats morts au combat, une cérémonie conjointe commémorative à la mémoire des victimes du conflit israélo-palestinien qui dure depuis des décennies, à Tel Aviv, le 3 mai 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Alors qu'Israël marque Yom Hazikaron pour les soldats morts au combat, une cérémonie conjointe commémorative à la mémoire des victimes du conflit israélo-palestinien qui dure depuis des décennies, à Tel Aviv, le 3 mai 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Lorsque la sirène solennelle et perçante donnant le coup d’envoi de Yom Hazikaron en Israël a retenti à Beit Jala mardi soir, Palestiniens et Israéliens se sont réunis dans une petite maison de la ville palestinienne et se sont immobilisés en signe de respect.

L’assemblée faisait partie de la cérémonie commémorative conjointe annuelle controversée organisée par le Parents Circle et le groupe de gauche Combattants pour la paix, à laquelle ont participé des familles palestiniennes et israéliennes endeuillées et qui appelle à la réconciliation et à la paix.

Près d’un millier Israéliens ont assisté à la cérémonie dans un théâtre bondé de Tel Aviv, tandis que plusieurs dizaines de Palestiniens et d’Israéliens se sont rassemblés à Beit Jala, qui se trouve juste au nord de Bethléem. Les organisateurs ont déclaré que plus de 200 000 personnes ont suivi la cérémonie, qui a été retransmise en direct sur Internet en arabe, en hébreu et en anglais.

Boma Inbar, un Israélien de Neve Monosson, a raconté en larmes à la foule de Tel Aviv comment il a perdu son fils Yotam lors d’une opération militaire au Liban en 1995.

« Ils avaient été envoyés pour une opération au mauvais endroit, au mauvais moment, avec le mauvais véhicule et dans une zone qui n’avait pas été contrôlée. Yotam a été tué trois jours avant mon anniversaire, et depuis, je ne le fête plus », a confié Inbar.

Le meilleur ami de Yotam, Eitan, poussé par le chagrin de sa mort, s’est ensuite suicidé, a déclaré Inbar. Il a été enterré à côté de Yotam dans le nord de Tel Aviv.

« Je me demande combien de temps cela va durer, que des enfants des deux camps soient tués sans que cela n’apporte la paix dans notre région », a déclaré Inbar.

Comme de nombreux orateurs de la cérémonie, Inbar a déclaré que « l’occupation » des Palestiniens par Israël alimentait le cycle de la violence entre les deux peuples.

« Cela me fait mal que la sacralisation des pierres et des terres, qui ne nous appartiennent pas en fin de compte, ait la priorité sur la sanctification de la vie », a déclaré Inbar. « Mettez fin à l’occupation, mettez fin à l’occupation, mettez fin à l’occupation. »

La cérémonie commémorative conjointe est controversée depuis sa création. Plusieurs députés de la coalition – dont Ibtisam Maraana du parti travailliste et Mossi Raz du parti Meretz – ont assisté à l’événement, suscitant des critiques de la droite.

« C’est une honte de s’asseoir avec des terroristes. Cela montre que la gauche a perdu son chemin et qu’elle n’a pas la force de se battre pour la voie juste », a déclaré le chef du parti sioniste religieux, Bezalel Smotrich.

Une vingtaine de manifestants se sont rassemblés devant le théâtre de Tel Aviv en scandant « Mort aux gauchistes » et en traitant les participants de « nazis ! Salauds ! »

« Nous ne les laisserons pas observer un jour de commémoration pour les terroristes », a déclaré Adir, 16 ans, qui a refusé de donner son nom de famille.

Ismail Khatib, 56 ans, père palestinien endeuillé, a parlé de son fils Ahmad, 12 ans, qui a reçu une balle dans la tête d’un soldat israélien à la fin de la seconde Intifada. Il a succombé à ses blessures à l’hôpital Rambam de Haïfa.

« Mon âme a été déchirée. Moi, ta mère et tes frères – nos vies ne sont plus et ne seront plus jamais les mêmes », a déclaré Khatib, un habitant du camp de réfugiés de Jenin.

Alors qu’Israël marque Yom Hazikaron pour les soldats morts au combat, des personnes assistent à une cérémonie commémorative en l’honneur des victimes du conflit israélo-palestinien qui dure depuis des décennies, à Tel Aviv, le 3 mai 2022, (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Après la mort d’Ahmad, un médecin a informé Khatib que les organes d’Ahmad pourraient être utilisés pour sauver la vie d’autres patients gravement malades. Khatib a accepté, donnant ainsi la vie à six enfants juifs à l’hôpital. Il a dit que c’était « l’une des décisions les plus difficiles que j’ai prises dans toute ma vie ».

« Quand je les ai vus rire et courir, j’ai senti qu’Ahmad était encore vivant », a déclaré Khatib.

Yuli Novak, militante de la gauche dure, a déclaré qu’elle se sentait « plus israélienne que n’importe quel autre jour » lorsque la sirène solennelle de Yom Hazikaron retentit. En même temps, elle a critiqué Israël pour son « apartheid » et sa « ségrégation ».

« En ce jour – face à une violence incompréhensible et bouleversante – nous avons l’occasion de reconnaître que, même si nous sommes tous victimes de la même réalité, nous, les Israéliens, travaillons à préserver cette réalité par la force », a déclaré Novak, qui dirigeait auparavant l’association de gauche Breaking the Silence, avant de renoncer totalement au sionisme.

Le groupe d’activistes de gauche Combattants pour la paix et le Parents Circle – Families Forum, une organisation populaire d’Israéliens et de Palestiniens endeuillés, organisent depuis 2006 la cérémonie annuelle pour Yom HaZikaron.

Des Palestiniens et des diplomates se rassemblent à Beit Jala, une ville de Cisjordanie près de Bethléem, pour assister à la cérémonie conjointe israélo-palestinienne du Yom Hazikaron, le mardi 3 mars 2022 (Crédit : Ghassan Bannourah)

Lors de la dernière cérémonie, quelque 10 000 sympathisants s’étaient réunis à Tel Aviv en 2019. En 2020 et 2021, la majorité avait dû assister à la cérémonie en ligne en raison des restrictions liées au coronavirus.

Les détracteurs israéliens accusent la cérémonie de légitimer le terrorisme et d’assimiler les soldats israéliens tombés au combat à ceux qui les ont attaqués.

Ses partisans disent qu’elle représente un effort de la part de ceux qui ont le plus perdu dans le conflit pour donner un sens à la mort de leurs proches en se détournant de la violence.

« Ce conflit a causé de la douleur et de la souffrance à tant de familles des deux côtés. Mais à travers cette douleur et cette souffrance, nous pouvons trouver de la compassion les uns pour les autres – et une façon de le faire est de commémorer ensemble ces moments de perte », a déclaré Sven Kuhn von Burgsdorff, l’envoyé de l’Union européenne auprès des Palestiniens, qui a assisté à l’événement à Beit Jala.

L’événement est également controversé du côté palestinien : certains Palestiniens estiment que la cérémonie assimile les soldats israéliens aux Palestiniens opprimés. D’autres rejettent tout dialogue avec les Israéliens.

« Ils parlent de l’occupant israélien alors que le Palestinien qui est mort est un résistant ou un martyr », a déclaré Ahmad al-Hilu, un Palestinien de Jéricho qui a assisté à la cérémonie de Beit Jala.

Mais pour lui, « tous les Israéliens et les Palestiniens qui sont touchés ou qui meurent dans ce conflit sont des victimes. »

Alors qu’Israël marque Yom Hazikaron pour les soldats morts au combat, des personnes assistent à une cérémonie commémorative en l’honneur des victimes du conflit israélo-palestinien qui dure depuis des décennies, à Tel Aviv, le 3 mai 2022,. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Nasreen Abu al-Jadian, résidente de Gaza, a fait écho au même message. Cette mère de trois enfants a perdu son fils, son mari et sa belle-mère dans une frappe aérienne israélienne pendant la guerre de 2012 entre Israël et le Hamas.

« La violence engendre la violence. Et la plus grande perte est celle de la vie », a déclaré Abu al-Jadian.

Carrie Keller-Lynn a contribué à cet article.

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